Teahupoʻo
Zoom sur Teahupoʻo
Au bout de la route qui longe la côte sud-ouest de Tahiti Iti, le bitume s'arrête net face à la passe de Hava'e. C'est là que déroule Teahupo'o, « Chopes » pour les intimes, une vague qui porte le nom du village : le « mur de crânes », souvenir d'une vieille légende de clans rivaux. Ambiance... Selon le récit recueilli par l'historien Peva Levy, la vague s'appelait autrefois Pererure, « la toupie », dans un district alors nommé Hui. Venue de Raiatea pour un concours de surf prévu dans le shore break, près de la rivière, une fille de chef, Vehiatua, aurait préféré nager jusqu'à la passe pour s'offrir les vagues du large. La première à les surfer ! Pour l'ère moderne, le Tahitien Thierry Vernaudon revendique la première vague en 1985. Dans la foulée, les bodyboardeurs hawaïens Mike Stewart et Ben Severson apprivoisent à leur tour le tube.
La première compétition, le Black Pearl Horue Pro, se court en 1997 et sacre un certain Andy Irons, 18 ans. L'élite débarque en 1999 : Mark Occhilupo y bat Damien Hobgood en finale, en route vers son premier titre mondial. Le 17 août 2000, Laird Hamilton se fait tracter par Darrick Doerner dans une montagne d'eau restée dans l'histoire comme la Millennium Wave. La photo de Tim McKenna fait la une de Surfer avec ce titre : « Oh my god ». Huge ! Le spot devient le jardin de Kelly Slater, cinq fois vainqueur entre 2000 et 2016, tandis que les filles y courent de 2000 à 2006 avant un retour attendu en 2022. Le 27 août 2011, la houle frôle les 10 mètres pendant le Billabong Pro et les autorités décrètent le premier Code Rouge... Nathan Fletcher se glisse quand même au lineup et rafle sur ces bombes le Ride of the Year des Billabong XXL. Aux Jeux olympiques de 2024, Kauli Vaast, qui vit à deux pas du spot, décroche l'or face à l'Australien Jack Robinson. À la maison !
Reste la vague, une gauche de reef hors norme. Les houles de sud et de sud-ouest sentent le fond à quelques centaines de mètres du récif, se dressent sur un plateau d'une dizaine de mètres, puis la lèvre, très épaisse, plonge dans un creux qui descend bien en dessous du niveau de la mer. De quoi donner l'impression de surfer plus bas que l'océan lui-même. Trois zones de takeoff se partagent le lineup : le peak sud, le plus engagé ; le peak sud-ouest, le plus fréquenté ; l'elbow ouest, où le tube prend des airs de backdoor. Dès 6 pieds, le West Bowl se réveille, surtout quand le swell tire à l'ouest. Grâce à la passe voisine, la vague garde sa forme jusqu'à 20 ou 25 pieds et ferme rarement. La bonne fenêtre court d'avril à octobre, avec un pic en août, quand les grosses houles remontent de l'océan Austral. Le récif, dur comme du béton, réclame un engagement total. Depuis Papeete, comptez une heure à une heure et demie de route, puis le bateau-taxi depuis la marina.
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