Matías Díaz raconte sa première victoire mondiale à l'Itacoatiara Pro
Dans ce septième épisode de Beyond the Tour, le bodyboardeur chilien Matías Díaz revient sur son parcours hors norme qui l'a mené à décrocher son premier podium IBC au Brésil, après dix ans de sacrifices et de persévérance.
Il était seul dans sa chambre d'hôtel, à Niterói, quelques heures après la remise du trophée. L'Itacoatiara Pro, champion. Et là, dans le silence qui suit le bruit, les souvenirs ont commencé à remonter. Sans son frère Nicolás et son associé Gonzalo Gil qui l'ont poussé à sauter le pas, rien de tout ça n'aurait eu lieu. Pas de finale. Pas de trophée. Rien.
Après la cérémonie, je me suis retrouvé seul dans ma chambre. Et j'ai commencé à repenser à tous les sacrifices. Ce voyage, je n'avais pas prévu de le faire. J'ai acheté mon billet trois jours avant, un vendredi pour un lundi.
Dix ans à attendre son tour
Matías Díaz a commencé à bodyboarder à Iquique, au nord du Chili, parce que ses trois frères aînés, Sergio, Maxi et Nicolás, le faisaient déjà. La famille a quitté Tocopilla pour Iquique, et là, il a compris que le bodyboard c'était autre chose. Des écoles, des compétitions régionales, des championnats nationaux, une ville entière qui vit avec une planche sous le bras.
La révélation vient en 2011, aux Îles Canaries. Quatrième place aux ISA World Championships en junior. Juste à côté du podium, mais suffisamment proche pour décider : c'est ça, pour le reste de sa vie. Il passe par les circuits AB et APB, puis rejoint l'IBC. Les années s'accumulent, les expériences aussi. Ce qui ne vient pas, c'est le résultat. Pendant dix ans.
La finale, décryptée
À Itacoatiara, dans les heats qui précèdent la finale, Díaz bat un Marocain classé septième mondial, puis Ethan Capdeville, qui l'avait éliminé à deux reprises par le passé. La troisième fois, c'est la bonne, comme on dit au Chili. En demi-finale, il sort Amaury Lavernhe, le double champion du monde sous drapeau espagnol, qui l'avait lui aussi sorti du tableau au Brésil les années précédentes.
Face à Tristan Roberts en finale, Díaz fait un choix simple : les gauches. Roberts cherche ses droites. Chacun son terrain. Les dix premières minutes décident tout. Deux air reverses propres, une avance confortable et ensuite juste la gestion. Pas de relâchement, pas de drama. Du bodyboard calculé.
Iquique, l'usine à champions
Quand on lui demande pourquoi le Chili produit autant de riders de niveau mondial, Díaz a une réponse toute faite : Iquique est un cas à part. Trente-cinq kilomètres de côte, quinze à vingt vagues accessibles à pied les unes des autres. La ville a une école municipale gratuite, équipement fourni et des championnats à tous les niveaux dès le plus jeune âge. Des riders comme Gabriel Brantes ou Juan Antonio Fitcher ont ouvert la voie. Díaz en est la nouvelle preuve vivante, le troisième Chilien à remporter l'Itacoatiara Pro après Alan Muñoz et Moisés.
On ne sait pas ce qui peut arriver demain. On peut seulement se préparer pour saisir les opportunités quand elles se présentent.
Pour sa part, il n'a rien laissé au hasard. Cours du soir à l'Universidad Arturo Prat, de 19h à 22h, pour décrocher son diplôme d'ingénieur commercial. Le reste de la journée, l'océan. Avec son associé Gonzalo Gil, il a cofondé l'Inverted Store à Iquique, une boutique bodyboard qui expédie dans tout le Chili et en Amérique du Sud. La prochaine étape : une académie, pour transmettre tout ce qu'il a appris sur le circuit à ceux qui veulent y croire.