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Hugo Verlomme, écrivain de l'Océan

La mer est sa muse. Elle lui a inspiré de nombreux romans comme "Mermere" ou "L'Homme des vagues", dont il publie la suite au printemps "Le Fantôme des plages". Ses voyages en cargo sont connus de tous. Mais qui est vraiment Hugo Verlomme ?

Par Emilie
Hugo Verlomme, écrivain de l'Océan

Hugo Verlomme

Hugo Verlomme

Mango-Surf : Peux-tu te présenter en quelques lignes pour ceux qui ne te connaissent pas encore !

Hugo Verlomme : Je suis né à Paris, port de mer, et j'ai passé mes étés sur les plages d'Hossegor. J'ai couru mes premières vagues en 1967. Mes deux passions: la mer et l'écriture. Il faut aller au bout de ses rêves, accomplir ses passions, utiliser ses talents. J'ai commencé par être journaliste (Combat, Quotidien de Paris, Nouvelles Littéraires), puis j'ai un peu voyagé, puis j'ai écrit des livres. Plus de vingt, romans ou documents, la plupart en rapport avec les vagues, l'Océan.

En 1976, j'ai publié le premier livre sur le surf en France: "Cowabunga, Surf saga", un collector. Depuis, bien de l'eau a coulé sous mes palmes. On me connaît pour un roman-culte: "Mermere"; un roman-jeunesse: "L'Homme des vagues" (dont la suite, "Le Fantôme des plages" sort au printemps chez Gallimard-Jeunesse) et un livre unique en son genre: "Le Guide des voyages en cargo et small ships". De mon bureau, je vois les vagues de Capbreton. Je pratique le bodysurf en évitant au maximum la combi. Aujourd'hui je suis journaliste au magazine (papier) "Thalassa" (www.thalassa-magazine.com), je viens de publier un livre à rebrousse-poil sur l'environnement: "La Guerre du pochon, Paradoxes pour un écocitoyen"), je suis aussi éditeur aux Editions Yago (Capbreton), fondées par la romancière Yaël König (www.editions-yago.com)

Mango-Surf : La mer est le thème central de tes livres. Peux-tu nous dire d'où te vient cette passion ?

H.V : A l''ge de 6 mois, je barbotais déjà dans les baïnes d'Hossegor, à La Gravière, qu'on appelait alors "la plage sauvage". Dans les années 1950-60, Hossegor n'était pas du tout connu, c'était un "bout du monde" et les plages étaient réellement sauvages, pleines de trésors à glaner pour le beach-comber que j'étais, pleines de vie (marsouins, poissons, crabes, coquillages, puces de mer, insectes, etc.) et surtout très peu fréquentées. Se lancer dans les rouleaux était une aventure. Avec mes cousins, nous avons écumé les plages, pêché, nagé, plongé, surfé, navigué, une peu partout. Et puis le surf est arrivé, d'abord lentement, puis massivement, et tout a changé. Mais ma passion de la mer est intacte et je l'ai fréquentée aussi bien du pont des voiliers ou des cargos, qu'aux côtés de dauphins ou de baleines. Ma grande fascination restent les vagues, sur lesquelles j'ai écrit des milliers de pages, notamment dans mon dernier roman: "L'Eau est là ", prémonitoire du tsunami.

Mango-Surf : Quel regard portes-tu sur l'évolution du surf ?

H.V : Il y a quelques années, aux débuts du surf, lorsque deux gars avec une planche s'apercevaient sur une plage ou dans l'eau, ils allaient l'un vers l'autre pour sympathiser. Le surf était encore lié à une certaine idéologie un peu rebelle, un peu nature. Aujourd'hui le surf est une mode montante que plus rien ne peut arrêter. Je regrette que les grosses boîtes de surf pleines aux as n'aient pas plus rebondi sur les vraies valeurs du surf: esprit subverif, amour (et donc protection) de la nature et la mer en particulier. Porter des bermudas, faire du surf, ne garantit pas qu'on applique ce genre de valeurs. Aujourd'hui le surf devient un phénomène de masse, avec des crétins et des génies. Ce qui est regrettable c'est la méconnaissance totale de l'océan et surtout des règles "tribales" de respect mutuel à l'eau. Les spots deviennent surpeuplés à l'année. On ne peut pas reprocher aux nombreux nouveaux-venus de vouloir se mettre à l'eau, j'ai moi-même contribué à faire connaître cet univers. On peut s'en réjouir et s'en désoler à la fois. Ce qui est important, c'est l'attitude.

Mango-Surf : Penses-tu que les surfeurs se sentent véritablement concernés par les problématiques environnementales (dégradation des écosystèmes marins, des vagues...) ?

H.V : Le surf est avant tout un sport individuel et individualiste. Il est difficile de fédérer des surfers, individus passionnés, dévoués à leur art, esclaves des vagues, ils n'hésiteront pas entre une manif et une belle session. L'environnement les concerne lorsqu'il les touche directement. Et encore! J'ai vu des gars surfer dans des vagues polluées à la fois par les boues draguées du port de Capbreton et par les boulettes du Prestige! Et pourtant, de mon point de vue, les surfers sont des vigies de l'océan, "sismographes des temps futurs" disait le futurologue Alvin Toffler. Notre futur passe par l'océan. L'eau monte et les terres rétrecissent, c'est indubitable. Nous devons progressivement revenir à la mer, nous océaniser, réapprendre à la connaître, la protéger, car elle EST notre futur: 71% de la planète. Tout surfer devrait se transformer en guerrillero pacifique qui "pense globalement et agit localement", en messager de l'océan auprès de ceux qui le connaissent mal.

Mango-Surf : Toi qui es un voyageur au long cours, peux-tu nous énumérer tous les pays que tu as traversé ?

H.V : Pour moi, le voyage n'est pas dans la destination mais plutôt dans le chemin parcouru. Le voyage ne consiste pas à arriver, mais à parcourir le chemin, il faut savourer ce moment magique où l'on se déplace entre A et B. J'ai vécu plusieurs années au Canada, en Colombie Britannique. Pour y aller, je prenais le bateau et le train. Aller à Montréal par la mer, signifie par exemple traverser l'Atlantique, voir des icebergs, les Grands Bancs, Terre Neuve, les Bouches du Saint-Laurent avec foisonnement de cétacés, bélougas, orques, baleines bleues, puis passer sous le pont de Québec. De ces voyages par mer est né mon "Guide des voyages en cargo et small ships", unique au monde. J'ai aussi fondé une agence de voyage maritime, www.mer-et-voyages.com. Je ne suis pas tant que ça un grand voyageur mais j'ai écumé une bonne partie de l'Hémisphère Nord à bord de navires variés, trains, bus, comme je le raconte dans un journal de voyage délirant et psychédélique, écrit en 1972, sur la route vers l'Orient extrême: "Détour", un livre qui vient de sortir aux Editions Yago. Bus de hippies en Afghanistan, cargo vers Goa, trains bondés dans une Inde étouffante, bus suicidaires au Népal, cargo chinois parfumé au baume du tigre vers Hong Kong, paquebot pris dans une queue de typhon au large du Japon, puis un retour en Transsibérien, sur les traces de Blaise Cendrars... Tels sont les ingrédients du voyage, racontés dans "Détour" www.editions-yago.com.

Mango-Surf : Qu'est-ce qui rythme tes journées en ce moment ? As-tu des projets en vue ?

H.V : Quand l'eau descend en-dessous de 15°, je deviens un peu frileux. J'en profite pour écrire beaucoup et aller plus souvent à Paris, une ville que j'aime, plus aquatique qu'on ne pourrait le croire. Sinon, d'avril à novembre, ma journée parfaite c'est écriture et bodysurf. Plus je pratique et plus j'aime cette technique très fine qui permet de tuber même dans les petites vagues. Je réalise des dossiers pour Thalassa Magazine, je publie des livres chez Yago et j'en écris d'autres. C'est une vie intense et active, comblée par la proximité de l'océan.

Mango-Surf : Quel est celui qui t'as le plus envoûté ? Et pour quelles raisons ?

H.V : C'est toujours le livre qu'on est en train d'écrire qui est le plus envoûtant, les personnages prennent corps et prennent vie. Une fois publié, le livre appartient aux lecteurs et il m'arrive de les oublier. Le roman que j'écris est top-secret mais je peux dire qu'il n'est pas centré sur la mer (pour une fois!).

Mango-Surf : Quelque chose à ajouter ?

H.V : J'ai écrit un livre ("La Guerre du pochon, Paradoxes pour un écocitoyen") pour montrer qu'il fallait se méfier de la pensée unique. Là il s'agit d'environnement, c'est dangereux et cela amène à des aberrations comme une loi qui va rendre obligatoires les sacs biodégradables (en réalité mauvais pour l'environnement) dès 2010 sur le territoire français. Méfions-nous des idées reçues dans tous les domaines et sortons du clivage droite-gauche qui n'a aucun sens. Autre chose qui me tient à coeur: notre anti-américanisme stupide, c'est une très mauvaise façon de raisonner que de confondre l'administration Bush et le peuple américain. Ne nous trompons pas d'ennemi. Réfléchissons sur les grands problèmes de société en défendant bec et ongles les principes de la laïcité dans la République. A ce titre, une association fait un travail remarquable pour nous aider à sortir de la pensée unique et mieux comprendre les enjeux internationaux autour du Moyen-Orient: www.primo-europe.org

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