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Jeff Bernard ou le surf comme catalyseur de conscience environnementale

Titus & Jeff
Titus & Jeff

Surf, éducation et environnement sont les trois moteurs de la vie de Jeff. Fondateur de Surfconseil, ce girondin d'origine nous livre sa vision du surf et de la vie. Tour à  tour philosophe, éveilleur de conscience ou éducateur, venez à  sa rencontre !

Mango-Surf : Bonjour Jeff ! On connaît Surfconseil, mais on connaît moins l'homme qui se cache derrière ce projet. Peux-tu nous en dire un peu plus sur toi ?

Jeff Bernard : Je tente de communiquer plus sur Surfconseil que sur moi-même... ? C'est peut-être dans l'intention de préserver mon intimité, mon intégrité ou ma liberté d'être. J'ai 34 ans. J'ai eu le privilège de grandir entre forêt, lac, dune et océan dans le village de Carcans (Gironde), avec des parents très attachés à  la dimension humaine, environnementale et aux sports de pleine nature. Je profite tôt de la nature, du jeu dans les vagues et de multiples activités sportives. Le surf est vécu simplement. La plage est le thé'tre de toutes les histoires.

A 16 ans, ma famille vit l'éclatement d'un divorce. A 19 ans, le décès de ma mère me propulse vers un retour à  la source (l'océan). J'arrête mes études « génie civil, architecture » et entre en formation Brevet d'Etat de Surf à  l'UCPA Bombannes pour vivre ma légende personnelle entre saison d'enseignement du surf, responsable d'activité (Surf UCPA, rencontre du grand public) et de multiples voyages « micro budget, maxi aventure » sur notre belle planète aux milles facettes. L'équipement est plutôt minimaliste : une board, un sac à  dos et un sourire. Je préfère voyager seul ou à  deux maximum. Même si j'aime partager de grandes émotions, je pense que le vrai voyage se passe seul...(à  méditer).

Sur le plan « formation », j'ai passé mon Brevet d'Etat Surf 2nd degré (entraînement du haut niveau et formation de cadres) avec une promo ultra motivée et une ambiance inoubliable catalysée par l'envie de faire évoluer notre discipline et de s'offrir une période de réflexion, d'échange et d'ouverture. C'est dans ce cadre d'examen que j'ai mis en place un module de formation « surf et développement durable » dédié aux formateurs et aux éducateurs « surf ». Je suis passé également par l'ESTIA (école supérieure des technologies industrielles avancées) pour obtenir le Master 2 « Ingénierie des Projets et des Produits Sports de Glisse » (management, gestion de projet, gestion des entreprises, communication, marketing).

Au delà , de mon job (Surfconseil) et du surf qui remplissent ma vie, je me régale dans pleins d'autres activités comme la musique (guitare, chant), le tire à  l'arc traditionnel, la Cesta punta* qui est un sport hallucinant. (*Cesta Punta, discipline de la pelote basque) ou un bon bouquin ou une bonne escapade en pleine nature. J'aime être en mouvement et partager de bonnes énergies.

M-S : En 2004, tu crées Surfconseil. Qu'est-ce qui t'as motivé pour monter une entreprise dans le milieu de la glisse ?

J. B. : Ma Passion a été et reste encore le moteur de mes projets dans le monde de la Glisse. Dès 2003, sorti du Master, j'ai eu des sollicitations par différentes entreprises du secteur. Alors pour officialiser ses services et les développer j'ai donc monté l'entreprise Surfconseil en mars 2004. Je propose alors de l'enseignement du surf, de la formation et du conseil dans le domaine du surf (produits ou projets).

M-S : Quels sont tes objectifs ? Sur quels secteurs te positionnes-tu ?

image2J. B. : Mes objectifs sont d'être en accord avec moi-même, de développer des projets intelligents tournés vers les générations futures et qui répondent aux véritables enjeux de nos sociétés dites modernes, aussi de redorer le surf de son blason originel et de promouvoir la Vie et la conscience environnementale par la petite fenêtre de l'enseignement du surf et de la formation.

Surfconseil est dédiée au surf, à  l'éducation et à  l'environnement. Je me positionne sur des secteurs très diversifiés comme le milieu scolaire, universitaire, la radio, occasionnellement la TV, la presse spécialisée et aussi via certaines marques de surf. J'ai mis en place un programme intitulé « Planet Surf Education » dédié à  la sensibilisation, à  la conscience et à  l'éveil environnemental.

Ce programme propose deux volets. Le premier volet est l'enseignement du surf et de l'océan, avec un projet pédagogique dans lequel l'homme et l'environnement sont au centre. L'élève découvre l'environnement au même titre que le surf. Il doit percevoir la richesse et la fragilité de son terrain de jeu et de lui-même en travaillant sur diverses dimensions telles que le mouvement, l'équilibre, la respiration, la fluidité, l'écoute de son corps et le dépassement de soi. Chaque séance lui apprend à  observer, à  ressentir, à  comprendre et à  prendre les bonnes décisions. Le second volet est la formation « éveil environnemental » dans le cadre de l'Education à  l'Environnement pour un Développement Durable (EEDD). Avec le surf en toile de fond, les interventions se veulent ludiques et conviviales. Elles sont dispensées en milieux scolaires, universitaires, en centre de formation ou à  la demande d'entreprises et d'associations. Je participe également à  certaines formations pour Surfrider Foundation Europe.

M-S : L'environnement et le développement durable occupent une place importante dans ton projet. Serais-tu le Nicolas Hulot du surf ?

J. B. : Je prends Nicolas Hulot très au sérieux dans le rôle d'animateur TV qui présente au grand public la beauté et la fragilité de notre planète. Je trouve son discours de plus en plus éveillé. Pour ma part, plus le temps passe et plus je ressens l'envie d'aller à  l'essentiel, de ne pas entrer dans la course folle de cette société du « toujours plus » ou de « la quête du profit illimité », mais plutôt de m'ouvrir et d'élargir ma conscience pour aller vers des solutions valables pour tous.

L'éducation à  l'environnement est essentielle pour rendre les individus responsables et leur permettre de construire eux-mêmes, pour les générations futures, un avenir viable et agréable. Le surf peut jouer un rôle important en terme de sensibilisation, d'éducation à  l'environnement et d'éveil. Sa grandeur résulte dans la rencontre entre l'homme et ce milieu océanique hostile chargé de vie et de message pour la vie. Le surfeur est une véritable sentinelle du littoral. Il est le témoin privilégié de l'évolution du milieu, de l'érosion, des pollutions permanentes, des changements climatiques et du manque de responsabilité de l'homme à  l'égard de la vie. Dans mon approche pédagogique, j'essaie de mettre le surf au service d'un regard autant émerveillé (poétique), que philosophique et scientifique (météorologie, océanographie, géologie) permettant de comprendre l'équilibre environnemental, l'impact de l'homme sur le milieu et d'éveiller les consciences.

Plus de 400 000 initiations au surf sont réalisées chaque année en France. Les éducateurs sont un lien pédagogique précieux entre le grand public et l'environnement (l'océan, le littoral). Les enjeux environnementaux ne sont plus à  démontrer au jour d'aujourd'hui, il est urgent d'agir chacun chez soi et surtout « chacun sur soi » car souvent les barrières son dans nos coeurs. L'heure est venu de prendre conscience de notre inconscience. Je reste très positif, j'ai confiance en l'avenir et en la vie... J'ai réalisé en 2008 plus de 1500 sensibilisations, au travers de très belles rencontres avec des gens de tous les horizons. Je remercie de ce fait, tous ceux qui ont poussé vers l'avant l'aventure Surfconseil. Que 2009 trouve ses énergies...

M-S : Plus sérieusement, d'où te viens cette passion pour l'océan et la nature ?

image3J. B. : Une Passion est par définition bien ancrée au plus profond de nous-même, alors difficile de dire l'origine exacte. D'ordre plus pragmatique, j'ai grandi dans les choses simples et naturelles, aussi je suis très sensible au rythme réel (universel), la lune, les marées, le vent, les saisons. J'aime aller à  la rencontre du vent, de la terre, des arbres, de l'océan et des montagnes. Cet ensemble d'éléments naturels nous enseigne notre dimension profonde et cultive notre intuition. Comme ces grandes rencontres, j'aime découvrir les gens qui mettent en avant leur sensibilité, leur tolérance et leur spontanéité.

Je suis curieux de vérité et de la véritable grandeur des choses. Alors, je garde les yeux ouverts et le surf est une leçon d'ouverture du regard sur ce qui nous entoure, n'est ce pas ? Pour terminer ma réponse je te cite une phrase connue d'un vieil Indien Sioux dénommé Black Elk : « La terre est notre aïeul et elle est sacrée. Chaque pas qui est fait sur elle devrait être une prière ».

M-S : Quel regard portes-tu sur l'industrie du surf d'un point de vue environnemental ? Penses-tu qu'il y a eu une réelle prise de conscience ou que le surf business surfe sur la vague verte ?

J. B. : L'industrie du surf comme toute forme d'industrie n'a pas obtenu ses lettres de noblesses par son respect de l'environnement, ni par sa conscience environnementale. Alors que tout repose sur ce rêve et cette réalité : « le surf », rencontre océane et expérience ultime. Bien heureusement les mentalités changent, les gens commencent à  réfléchir différemment, les normes et le management environnemental arrivent doucement dans le secteur de l'industrie. Il y a de vrais projets poussés par des individus convaincus par cette obligation d'agir vite et bien. Les idées ne manquent pas.

Il est aussi évident que de nombreuses entreprises utilisent l'image environnementale uniquement pour leur marketing. De toute évidence, le système entier est en train d'être remis en question. L'homme ou l'économie de marché, qui doit être au service de qui ? Nous allons devoir opérer à  des transformations psychosociales pour intégrer les nouveaux changements imposés par les faits.

M-S : Tu fais également beaucoup de sessions de formation auprès d'un public très large. Qu'est-ce que tu en retires et que penses-tu apporter aux autres lors de vos échanges ?

J. B. : Plus je rencontre de publics jeunes ou moins jeunes et plus ma confiance se renforce et mes convictions se galvanisent. Il y aura toujours des gens hermétiques à  la remise en question et des personnes qui pensent qu'un petit geste ne pèse rien. D'un autre côté, je témoigne que de plus en plus de gens souhaitent agir et réalisent que la solution est en chacun de nous.

Lors de mes interventions avec les enfants, je suis impressionné de leur bon sens et de leur réactivité. Leur énergie et leurs idées sont des rayons de soleil. Je pense que l'éducation à  l'environnement est une clé fondamentale du changement de paradigme. Au coeur de mes rencontres éducatives prédominent deux intentions fortes : la conscience et le lien. Mes interventions évoluent chaque fois, car je suis moi-même en réflexion, en suivi d'information et en quête d'éveil.

M-S : Surfconseil, c'est aussi une école de surf. Qu'est-ce qui la différencie des autres ?

image4J. B. : L'individu et l'environnement sont au centre du projet pédagogique. Je propose des cours de mars à  décembre basé sur Biarritz, dans un esprit de découverte, de variation et de valorisation de l'ensemble du littoral « basco-landais ». Je mets en avant et valorise « la rencontre », avec les individus qui constituent le groupe, avec l'éducateur l'entraîneur (moi-même), avec l'océan et rencontre avec soi-même. Voilà  ce que propose le surf, un véritable rendez-vous. Je mets donc l'accent sur la dimension culturelle du surf, sur la connaissance de l'océan et sur le rapport au corps (entretien, préparation, yoga, respiration, nutrition, activités complémentaires). Sur le plan technique je leur propose un plan de progression individuel qui peut évoluer le long des rencontres. Chacun doit connaître et comprendre son matériel. Hors des cours de surf, j'essaie de rassembler mes élèves dans des formats de rencontres ultra-simples (repas, soirée) dès que possible dans un cadre naturel agréable. Je fais la promotion de la simplicité, de la convivialité et du respect à  l'égard de la vie.

M-S : Tu as d'ailleurs commencé comme moniteur à  l'UCPA il me semble...

J. B. : Oui, j'ai bossé presque 10 ans pour l'UCPA. Ca a été très formateur dans la gestion de grands groupes, le management d'équipe, le fonctionnement en général et la responsabilisation. J'en garde d'excellents souvenirs. J'y ai appris à  construire mon équilibre entre ma Passion du surf et mon métier d'éducateur.

M-S : Pourquoi avoir choisi de lancer Surfconseil à  Biarritz ? Tu n'étais pas tenté par d'autres régions ou d'autres horizons ?

J. B. : Nous ne sommes que des oiseaux de passage. Ce qui se passe à  Biarritz aurait pu se passer ailleurs, dans un autre format. Biarritz est une ville très agréable hors saison, c'est aussi ultra fonctionnel pour mes activités autant professionnelles que personnelles. C'est un bon « focal point » pour vivre le surf en France et pouvoir facilement naviguer entre les spots de roche qui tiennent la grosse houle et les « beach break » des Landes. Une grande partie de ma famille est des Pyrénées, aussi je prends souvent le temps de partir marcher en montagne pour me ressourcer loin du monde et voir l'océan de plus haut.

M-S : En tant que consultant spécial pour mango-surf (rires), peux-tu nous confier ta vision du surf dans 10 ans ?

J. B. : La question est délicate. A la vitesse où vont les choses, on peut s'attendre à  tout. Le surf dans dix ans...soit en 2019 ! J'ai plus d'interrogations que de certitudes...

Le tableau pourrait être noir : la santé atteinte par une qualité de l'eau catastrophique, les fermetures officielles de nombreuses plages suite aux nouvelles réglementations européennes sur les taux de pollutions, l'arrivée de nouvelles maladies, une surpopulation des spots qui fera arrêter les surfeurs passionnés d'aujourd'hui, des conflits entre pratiquants, des courants océaniques inhabituels participant à  l'arrivée massive de méduses très agressives pour l'homme, de plus en plus d'imprévisibilité météorologique amenant des houles venant défigurer le littoral et l'habitat du front de mer. Les écoles de surf travailleront avec une nouvelle clientèle chinoise, indienne et Russe (...ah bon ??). Certains surfeurs auront des écrans tactiles incrustés dans leur planche et leur combinaison.

D'un autre côté, le tableau pourrait avancer vers une couleur plus claire et plus d'espoir, avec de nouvelles planches 100% bio issues de forêts gérées durablement, des combis en fibres et colles végétales issues de laboratoires indépendants, des piscines écologiques à  vagues, des technopôles d'entreprises éco-responsables, un « mouvement de jeunes surfeurs militants » issus des années 2000 qui agiront naturellement en conscience environnementale et deviendront des gardiens de la vie sur leur littoral. Il y aura un mouvement anti-téléphone portable et anti Internet après les premiers résultats stables sur les hauts risques de cancers provoqués par les multitudes d'ondes. Il y aura une véritable opposition sociétale entre ceux qui ne veulent pas changer et ceux qui auront déjà  fait l'effort du changement de paradigme... La réalité sera certainement en équilibre sur ces deux tableaux (noir et blanc). Nos actes d'aujourd'hui conditionnent à  99% la réalité de demain. Il nous faut le plus vite possible réapprendre à  voir et à  penser avec le coeur plutôt qu'avec la tête.

M-S : Alors RDV dans 10 ans, on verra ça... Si tu as quelque chose à  ajouter, c'est le moment.

J. B. : « L'utopie n'est pas la chimère mais le « non-lieu » de tous les possibles. Face aux limites et aux impasses de notre modèle d'existence, elle est une pulsion de vie, capable de rendre possible ce que nous considérons d'impossible. C'est dans les utopies d'aujourd'hui que sont les solutions de demain. La première utopie est à  incarner en nous-même car la mutation sociale ne se fera pas sans le changement des humains ». (Pierre Rabhi) Merci Romain et Emilie de votre ouverture. Très sincères encouragements à  Mangosurf ! A bientôt sur la vague !!

www.surfconseil.com

Propos recueillis par mango-surf.com - PubliŽé le