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Wood is Wonderful !

Tom Wegener
Tom Wegener - Nalu

Comme beaucoup de surfeurs passionnés, Fred Branger surfe sur des planches aux shapes différents, issus de l'évolution de l'histoire du surf. Du longboard classique, au shortboard contemporain, en passant par le rétro-fish et les grandes planches...

Du longboard classique, au shortboard contemporain, en passant par le rétro-fish et les grandes planches pour les grosses vagues, le tandem, et le stand up paddle : son van n'est jamais assez grand pour transporter toutes ses planches ! A chaque jour, à  chaque spot, à  chaque heure de la journée ou de la marée un design de planche différent se montre idéal.

En 25 ans d'une vie dédiée au surf, il se trouve qu'il n'a utilisé que des planches en P.U. (Poly-Urethane). Pourtant, l'histoire du surf ne consacre que quelques décennies à  ce matériau, proportion infime face aux centaines d'années de pratique populaire sur les planches en bois.

Quelques shapers ont décidé aujourd'hui de se pencher sur cette partie de l'histoire du surf, délaissée par leurs contemporains.

Tom Wegener, le shaper -ecolo'? de la Sunshine Coast en Australie, s'est spécialisé il y a déjà  quelques années dans la fabrication de planches en bois. Il a d'abord exploré les shapes des longboards en bois des années 40 et 50 (avec une grosse dérive en forme de D). Il a plus récemment redonné vie aux modèles de planches oubliées qu'il a pu observer lors d'une visite au Bishop Museum d'Honolulu. Tout en restant le plus fidèle possible, il les a agrémenté de quelques touches personnelles, en particulier en utilisant un bois disponible en Australie appelé Paulownia qui ne se détériore pas dans l'eau de mer et n'a pas besoin d'être glassé. En plus de sa propre expertise et de son recul de surfeur hors du commun, Tom Wegener s'est nourri des conseils de nombreux surfeurs d'exception tel que Rob Machado, Dave Rastovich, Harrison Roach, Jacob Stuth, Dan Malloy, Chris Del Moro, Christian Wach, pour ne citer qu'eux. Ils ont tous testé ces planches sorties des gravures anciennes ou photographies sans 'ge et sont tous devenus accro. Des vidéastes, des photographes et journalistes se sont eux aussi pris de passion pour la redécouverte des sensations de nos ancêtres sur les vagues. Il est difficile d'être indifférent aux images inoubliables du film Sprout de Thomas Campbell, et du plus récent The Present par le même réalisateur.

Fred s'est lui aussi laissé séduire par les planches en bois artisanales et venant s'installer avec son épouse en Australie, et plus précisément a quelques kilomètres de l'atelier Wegener : les sessions de tests étaient inévitables! Il va nous raconter ses expériences de surfeur sur les différents modèles construit et dessinés par Tom en personne, ainsi que sur les Toothpicks de Parrish Watts, autre figure emblématique de Noosa Heads.

Wegener Model

-Comme beaucoup de fans du film Sprout je mourrai d'envie de pouvoir tester les superbes planches en Paulownia que Tom surfe à  Noosa dans le film. L'occasion s'est présentée au moment le plus opportun, c'est-à -dire, à  Noosa, lors d'un des swells de cyclone le plus propre de la saison. Les points étaient -on fire'? entre 1m50 et 2m et envoyaient vagues sur vagues sur des distances phénoménales.

La planche que j'ai empruntée était longue (un peu plus de 10 pieds) et lourde (+de 15 kilos). Ce modèle est glassé afin de rendre la construction creuse étanche. Elle a une grosse dérive ("skeg") en marqueterie.

A cause du poids, la planche s'enfonce beaucoup plus dans l'eau qu'une planche traditionnelle. Malgré la longueur elle est très difficile a ramer et il faut beaucoup d'énergie pour arriver à  la vitesse de rame de croisière. On m'avait prévenu que la planche refuserait catégoriquement de tourner à  moins d'être dans le creux ou à  très haute vitesse. Cela ne m'étonnait pas, vu la taille de l'énorme dérive placée tout a fait à  l'arrière. Il m'a fallu à  peu près 2 vagues pour m'habituer à  l'inertie ; je me retrouvais trop rapidement à  l'épaule, dans l'impossibilité complète de tourner la planche. Sur ma troisième vague, je suis délibérément parti plus "late" et dès le take off je me suis positionné en arrière (stall) pour rester dans le "pocket" : je n'ai eu aucun problème à  passer la section et j'ai pu commencer à  prendre le contrôle de la planche. Un des moment fort de cette vague qui a certainement duré entre 30 et 40 secondes, pour ceux qui connaissent depuis Nationals' jusqu'a Little Cove, fut le contournement d'une grosse section gr'ce à  un énorme bottom turn Soul Arch qui m'a été dicté par la planche elle-même. Sur une autre vague fantastique de cette session, j'ai pu tester les qualités de noseride du Wegener Model sur des dizaines de mètres ! Ce qui m'a marqué le plus avec cette planche, c'est de réaliser que des manoeuvres "Classiques" telles que le Soul Arch bottom turn ou le Reverse Drop Knee Cut Back sont vraiment faites pour être effectuées sur ce type de planche, et ne sont en aucun cas des artifices de style mais bel et bien nécessaires sur une planche de ce poids. Je me suis absolument régalé à  surfer ce modèle mais sachez que dans des vagues rapides et longues, la planche est très physiques à  ramer et à  surfer, attention aux crampes!

Tuna Model

Ce même jour, après avoir surfé le Wegener Model, j'ai pu essayer un Tuna Model de 10 pieds et ainsi remonter encore un peu le temps. Ce genre de planches s'apparente en effet aux planches faites à  Hawaii par Tom Blake et ses contemporains dans les années 20 et 30 avant que Blake ne commence a mettre des dérives sur ses planches. La planche de Tom est une planche creuse en Paulownia, sans dérive et non glassée. Elle a un arrière large et carré, un avant étroit, des rails à  angles droit, le dessus plat, mais un nose-lift bien marqué sur le dessous. L'arrière large et l'avant étroit permettent de pouvoir manoeuvrer sur les parties moins creuses de la vague. A la rame, les sensations sont déjà  très différentes de celles resenties sur mes planches conventionnelles; l'agréable odeur du bois fraîchement recouvert d'huile de lin me remplit les narines, je sens la planche vaciller légèrement de gauche a droite en ramant et elle semble alors voler au dessus de l'eau. J'avoue que je suis un tout petit peu intimide pour cette première expérience de surf sans dérive. Les vagues ne sont pas petites et il y a beaucoup de monde a l'eau. Je me lance complètement a l'aveugle sur une vague de série, avec l'impression que les trois quarts des yeux du line-up sont rivés sur moi.... La suite est ancrée de manière très vive dans ma mémoire: des que la vague est arrivée a mon niveau, l'arrière de la planche est parti complètement en travers. J'étais déterminé à  me lever et je n'ai pas hésité, mais je me suis retrouvé à  déraper latéralement pendant de longues secondes, à  la limite de l'équilibre, et le rail a finalement accroché et je suis parti comme une fusée sur 150m ! Sur les vagues suivantes je me suis appliqué à  me lever plus sur l'arrière pour accrocher le rail plus tôt et j'ai pu prendre de nombreuses vagues, dont un tube dans lequel je me suis cramponnés furieusement avec une main sur chaque rail. La planche accroche en fait très bien et en prenant confiance il est tout à  fait possible de la tourner en pivotant sur l'arrière, ou en plantant son bras dans l'eau. On peu également se ralentir en laissant intentionnellement déraper l'arrière de la planche pour se replacer dans le curl ; par contre, il n'est pas toujours évident de raccrocher le rail.

Toothpick

J'ai également eu la chance ces derniers mois de pouvoir tester les magnifiques toothpicks de Parrish Watts, surfeur de Noosa et wood board maker aussi passionné que talentueux. Ces longues planches creuses de plus de 14 pieds doivent leur noms à  leur pintail (arrière pointu) très acéré qui les font ressembler à  des cures dents géants. Ce type de planche était utilisé à  Hawaii jusqu'au début du 20ieme siècle, en particulier par les nobles. Elles ne sont pas glassées mais vernies, elles ont un nose et des rails carrés, sont plates sur le dessus et on un très léger rocker dessous. Sur les droites de Noosa, la planche que j'ai essayé a réagi de façon merveilleuse. Elle avait une vitesse de rame phénoménale qui permettait de partir de très très loin. A condition d'être suffisamment sur l'arrière, elle tenait extrêmement bien sur le rail et la planche semble d'elle-même choisir la meilleure trajectoire. Je me suis vite rendu compte qu'il suffisait de faire confiance à  la planche et de se faire porter comme un grand chef sur son bouclier. Dès que l'on se retrouve trop à  l'épaule, la planche, d'elle-même, décroche le rail et dérape légèrement latéralement pour se replacer dans le curl, c'est assez incroyable! Je me suis senti tellement en confiance sur cette planche, que j'ai tout de suite proposé à  Aurélie de la surfer en tandem. Ce fut un moment magique pour nous car c'est sur ce genre de planche que Duke Kahanamoku et les Beach Boys de Waikiki on popularisé le surf tandem dans les années 20 quand ils invitaient les touristes à  surfer avec eux. Nous avons pu prendre de superbes vagues pendant lesquelles Aurélie ridait devant moi ou dans mes bras. Nous nous sommes même amusés à  reproduire une pose de photographie ancienne ou Aurélie était assise sur mes épaules, et nous avions tous deux nos bras grands ouverts.

Alaia

Jusque dans les années 20, alors que les nobles Hawaiiens surfaient sur les énormes toothpick, le peuple, lui, se régalait à  surfer de fines et étroites planches légères et courtes qu'ils appelaient Alaia. Tom Wegener s'est inspiré des planches qu'il a pu étudier au Bishop Museum d'Honolulu, ou observer sur les rares gravures ou photographies de cette époque.

Quand Tom a commencé à  faire ce type de planche il ne pensait pas qu'il était possible de les rider debout. Mais lorsque Jacob Stuth, un excellent surfeur de Noosa, a testé l'Alaia, il a tout de suite réussi à  se lever et surfer debout. A partir de ce moment, Tom et Jacob on vite convaincu d'autres surfeurs d'essayer ses planches qui ont une vitesse extraordinaire. Sur le WLT d'Anglet en Mai 2008, j'ai rencontré Harrison Roach, autre local de Noosa, qui a épaté tout le monde en surfant extremment bien sur son Alaia. A voir le peu d'épaisseur de la planche, le voir debout dessus aurait déjà  été impressionnant, mais il contrôlait parfaitement sa planche et effectuait des manoeuvres à  faire p'lir d'envie les meilleurs shortboarders.

Tom m'a prêté une Alaia il y a quelques semaines. Elle mesure 6.4 pieds et 16 inch de large. soit 193cm x 40.60cm, A peine 2cm d'épaisseur au centre et 1cm au niveau des rails. Il s'agit d'une planche en bois non glassée, sans dérive et un concave prononcé sur le dessous. La planche n'a pas de rocker du tout.
Elle est si fine qu'elle flotte très peu et c'est donc un challenge de ramer efficacement avec. Comme elle n'a pas de rocker, il faut s'allonger plus a l'arrière pour faire sortir le nose ; par conséquent , la rame est ralentie d'autant plus car on pousse de l'eau. Il n'est donc pas vraiment possible de partir tôt, il faut alors arriver à  gérer le late take off, chose qui est loin d'être évidente sur une planche qui n'as pas de rocker du tout ! La solution m'est venue après quelques tentatives. Il faut se placer le plus précisément possible de manière a pouvoir partir tout de suite en travers. De toute manière dès que la vague arrive au niveau du surfeur, l'arrière de la planche dérape. C'est a se moment qu'il ne faut pas hésiter et se lever pour tenter d'accrocher le rail. C'est différent d'un take off traditionnel mais une fois qu'on a compris, ce n'ai pas vraiment plus difficile. Une fois debout c'est le bonheur, la planche est extrêmement rapide, elle répond au quart de tour et procure des sensations nouvelles exquises.

Tom Wegener
www.nalu-surf.com

Aurelie et Fred Branger - Publié le