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Surf et mondialisation : la faillite des artisans shapers

Une oeuvre d'art
Une oeuvre d'art - Ipar Hego

Les artistes shapers seraient-ils devenus une espèce en voie de disparition ? Comme toutes les industries, le marché de la planche de surf n'est-il pas en train de subir un gros wipe out sur la vague chinoise ?

La mondialisation modifie profondément l'industrie du surf. Certains affirment même qu'elle est en train de tuer la culture, l'héritage de notre art. La crise touche de plein fouet les artisans shapers qui se voient concurrencer depuis quelques années par la Chine et les importations massives de ces planches de surf à  prix réduits.

A partir d'un pain de mousse, le shaper libère son talent et fait naître l'objet de tous nos désirs. « Il ne s'agit pas de rentrer des cotes dans une machine », comme le dit justement Terry Martin, légende de Dana Point, cela va bien au-delà , c'est presque un état d'esprit. Beaucoup se sont créé un véritable mode de vie autour de cet art : surfer, voyager et shaper un peu pour gagner juste assez d'argent pour continuer à  profiter de l'existence...

C'est toute une culture qui s'est construite autour du shaper. Lien indispensable entre le surfeur et la vague, il reste l'élément indissociable de la progression, du plaisir de la glisse et du charme de notre discipline. Kelly Slater serait-il devenu le King sans Al Merrick ?

Mais pour beaucoup de ces artistes, « l'été sans fin » commence à  s'essouffler depuis quelques années... Les petites sociétés qui dominaient le marché doivent faire face à  une crise financière sans précédent. Certaines mettent la clé sous la porte, d'autres diversifient leur activité. Selon The Independent, les experts affirment qu'un shaper américain sur cinq ferme son shop. Le directeur de la SIMA parle de 30% de perte sur le marché US ! Dans les petites structures, le constat est encore pire...

La révolution est arrivée une fois de plus de Chine. Production de masse et imports à  prix cassés, la recette asiatique du business qui marche a de beaux jours devant elle avec les surfeurs consommateurs ! C'est un énorme wipe out pour les shapers, amoureux de la vague. Tout ça est devenu très lucratif pour les pays asiatiques et ils l'ont vite compris.

Les chinois peuvent fabriquer et expédier une planche pour un coût dérisoire. Leurs usines ont jusqu'à  25 shaping rooms et 500 employés ! Ils surproduisent et inondent les shops du monde entier. En Californie par exemple, une planche faite main vous coûtera entre 500 et 600 $, tandis que la board made in china tourne autour des 300 à  350 $. La qualité ? Beaucoup disent qu'elle n'a rien à  voir... Mais en ces temps de crise énergétique, beaucoup ont fait leur choix... On estime que 80 % des planches vendues dans les années 90 étaient faites main. Aujourd'hui, il y en aurait moins de 20%.

Après le tremblement de terre provoqué par la fermeture du géant californien du pain de mousse Clark Foam fin 2005, la France n'est pas épargnée non plus. Après 14 ans d'existence, Surfoam a fermé ses portes fin mai. Sur le site Internet de la société, on pouvait lire : « conséquence d'un marché de la planche de surf en pleine mutation »...

Le monde change, évolue, se transforme. Il reste tout de même une question que l'on doit se poser en tant que consommateur. Vers quoi voulons-nous aller ? A chacun de prendre ses responsabilités...


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Emilie Dalibert - Publié le