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Pauline Ado, championne d'Europe de surf ASP 2012

Pauline Ado
Pauline Ado - ASP / Cestari

Après une année compliquée sur le World Tour, Pauline Ado a réussi à  se re-qualifier gr'ce à  son parcours sur le circuit QS. Et cerise sur le g'teau, ces performances européennes lui permettent de remporter le titre de championne d'Europe ! Bravo

ASP Europe : Salut Pauline, félicitations pour ton titre de Championne d'Europe, comment te sens-tu ?

Pauline Ado : En fait ce Titre c'est un peu la cerise sur le g'teau parce qu'en arrivant aux Açores j'étais concentrée à  100 % sur la re-qualification, et puis même dans les épreuves européennes avant cela.. Du coup c'est vrai que je n'y pensais pas vraiment à  ce titre, mais c'est un petit bonus en plus et je l'apprécie..

A.E : Est-ce que tu peux nous parler un peu de ta deuxième saison sur le CT ?

P.A : C'était pas vraiment une super saison pour moi, j'ai eu un début assez catastrophique et du coup ça m'a plombé l'année.. Je pense que ça s'est joué sur des petits détails où j'ai été un peu négligente et j'espère que ça ne se reproduira pas l'année prochaine. J'ai réussi à  me reprendre pour la fin de l'année en QS et c'est passé.

A.E : Quel genre de détails tu as négligé ?

P.A : Peut-être la manière d'aborder les compètes, j'ai perdu à  Snapper et après j'ai un petit peu perdu confiance alors qu'au final je me suis rendu compte qu'il y a des séries que j'aurais pu largement passer sans me prendre la tête plus que ça et simplement en montrant mon surf et en ayant un peu plus confiance en moi.. Du coup c'est un peu rageant quand je regarde en arrière, et il faut que je me dise ça pour les prochaines étapes.

A.E : Est-ce que tu as une préparation mentale spécifique pour éviter ce genre de problèmes ?

P.A : J'ai quelqu'un que je vais voir de temps en temps en fonction de si j'ai envie ou pas, mais c'est vrai que ça fait du bien d'avoir un avis neutre, parce qu'on a toujours l'entourage mais il y a toujours un parti pris et surtout aucun recul, donc c'est bien d'avoir un autre point de vue et surtout ça m'aide à  relativiser et me concentrer sur les choses importantes.

A.E : Du coup à  quel moment de ta saison tu as senti un déclic ?

P.A : En fait si on regarder mon année de QS j'ai été assez régulière mais j'ai jamais réussi à  franchir les quarts, je pense que sur 9 compètes j'ai quand même 5 ou 6 quarts et une finale.. C'est vrai que pendant le break entre Oceanside et Pantin, j'étais assez confiante, mes sensations étaient bonnes et je me sentais bien dans ma tête et je me disais que ça allait passer et puis il y a eu ces deux quarts à  nouveau à  Pantin et au Portugal qui là  m'ont mis le doute finalement, donc ça a été assez stressant j'ai pas mal cogité, je me posais plein de questions mais finalement c'est passé ! J'ai essayé de garder ma ligne de conduite et ça a fini par payer.

A.E : Du coup maintenant le Tour est fini, quel est ton programme pour les prochains mois ?

P.A : J'ai pris quelques jours pour moi, et je suis venu regarder le Quik Pro, et après je pars en trip en Islande donc ça va être une expérience assez originale et plutôt détendue.. Après ça, d'ici 2-3 semaines je vais recommencer à  m'entraîner pour l'année prochaine. J'aimerais bien faire un petit séjour à  Hawaii, ça m'apporte beaucoup à  chaque fois que j'y vais, et après ça va arriver assez vite mine de rien, dés février il va falloir repartir en Australie.

A.E : Tiens justement Hawaii, tu te sens à  l'aise là -bas ? Et est-ce que tu regrettes qu'il n'y ait pas de compétition pour vous les filles ?

P.A : Oui je regrette qu'il n'y ait pas de compète c'est sûr parce que c'est le berceau du surf et puis sur le circuit mondial on est censé surfer tout types de vague et là  c'est vrai qu'on a plutôt que des beachbreaks et des vagues qui ne sont pas du même calibre qu'Hawaii.. A l'aise ? non je ne dirais pas ça, parce que quand c'est gros ça devient compliqué et dangereux, mais je sais qu'à  chaque fois que je vais là -bas je repousse un peu mes limites j'essaye de me mettre des challenges, d'aller surfer des vagues un peu compliquées, et je sais que si j'étais en compète là -bas, j'irai peu importe, il faudra y aller et j'irai !!

A.E : Et sur le tour actuel quelles étapes préfères-tu ?

P.A : J'aime beaucoup l'ambiance qu'il y a à  Snapper et après forcément la France avec Biarritz, c'est une étape qui me tient à  coeur, mais bon c'est vrai qu'on a pas vraiment de vagues incroyables donc on espère que petit à  petit on arrivera à  avoir des vagues un peu plus World Class.. Chez les filles on a 4 ou 5 jours de waiting period donc c'est jamais évident pour avoir de bonnes conditions dans certains endroits,

A.E : Ça fait maintenant deux ans que tu es sur le tour, est-ce que tu as vu ton surf évoluer et dans quel sens ?

P.A : Je pense que j'ai gagné en agressivité, j'en manque encore un peu des fois tu vois, mais c'est vrai qu'au début j'ai toujours eu tendance à  avoir un surf un peu en glisse, assez coulé et parfois les juges veulent un peu plus de punch ! A part ça je pense que c'est surtout ma manière d'aborder les compètes qui a changé, c'est marrant je prends à  la fois un peu plus de recul, mais je suis plus concentrée et je me connaît beaucoup mieux, et c'est important avant une série ou une compète.

A.E : Pour la partie technique tu as un entraîneur ?

P.A : J'échange pas mal avec Patrick Florès que je ne vois pas souvent, mais qui est entraîneur national, qui a un oeil assez critique et qui me connait depuis très longtemps, et j'aime bien la façon dont il travaille. Il est très présent pour les surfeurs français et c'est vrai que ça nous aide beaucoup, donc voilà  j'essaye d'échanger un maximum avec lui, c''est pas toujours facile mais bon..

A.E : Alors justement, quand et comment est-ce que tu as commencé à  surfer ?

P.A : J'ai commencé à  8 ans le surf, et mes premières compètes c'était vers 9 ans je crois les petits KOTG, Grommets trophy, compètes des têtards, etc..

A.E : Et est-ce que dès le début tu t'es dit que tu voulais en faire ton métier ?

P.A : Non pas trop.. En fait j'aimais pas la compète ! J'aimais pas ça parce que déjà  je ne prenais pas de vagues en séries, c'était contraignant, on surfait toujours des vagues nulles, et puis quand t'es jeune t'as juste envie de t'amuser.. Et puis un jour j'ai gagné et là  j'ai changé d'avis ahaha !! J'ai gagné une compète à  10 ans je crois et là  je me suis dit 'tiens en fait c'est pas mal', par contre j'avais la phobie des podiums, j'aimais pas aller sur le podium et devoir parler du tout ! Je pense que je me suis dit que je voulais être professionnelle vers l''ge de 13 ans quand je commençais à  me qualifier en équipe de France, je voyais le niveau des filles à  l'International et ça m'a vraiment boosté et je me suis dit que c'était possible !

A.E : Du coup comment tu gères ça en ado, l'école et le surf ?

P.A : Au collège je suivais une scolarité normale même si je m'absentais énormément, mais bon j'ai pas mal joué avec les profs en fait, j'allais les voir avec un grand sourire pour leur demander de me donner les cours et ça se passait assez bien.. J'étais assez sérieuse aussi, parce que c'était un peu le deal avec mes parents, si tu suis à  l'école tu peux partir, sinon tu pars pas quoi.. Donc après j'ai fait le pôle France pendant deux ans et puis en terminale je m'absentais trop et je voulais me lancer sur le QS donc j'ai fait ma dernière année avec le CNED. (It's tough ?) Ben c'est du boulot mais bon, j'ai eu mon bac !!

A.E : Le Bac en poche donc, tu es partie sur le tour à  plein temps, est-ce que parfois tu penses à  ce que tu voudrais faire après ta carrière de surfeuse ?

P.A : C'est marrant j'en parlais justement avec d'autres personnes, en fait le surf a été présent tellement tôt dans ma vie que non je ne me suis jamais demandé ce que j'allais faire en fait.. Donc c'est encore assez flou on va dire, mais avec la vie sur le tour je trouve qu'on rencontre pas mal de métiers et de milieux différents et c'est assez intéressant et surtout ça me permet de commencer à  me dire qu'il y a des choses qui me plairaient at d'autres moins.. Je crois que quand je sentirai que je suis en fin de carrière il faudra que j'anticipe pour peut-être reprendre des études ou alors essayer de concilier une vraie vie professionnelle avec le surf..

A.E : Mais tu ne pourrais pas te passer de surf ?

P.A : Non, je ne crois pas, je continuerai à  surfer souvent !

A.E : On va reparler un peu de compétition, malheureusement Justine Dupont n'a pas réussi à  se re-qualifier et on a vu Alizé Arnaud manquait sa place de justesse également, qu'est-ce que tu penses du niveau des Européennes en ce moment

P.A : Je pense qu'on a jamais eu un niveau aussi bon en France, je parle de la France parce que le groupe est en majorité ici même si il y a quelques filles d'Espagne et Portugal qui commencent à  pousser.. En fait j'ai l'impression qu'on a toujours eu une ou deux filles, mais là  on est vraiment un gros groupe de six ou sept surfeuses qui percent à  l'international, on a chacune fait des résultats, et ça ne serait pas surprenant que ces filles se qualifient sur le tour. Ça a vraiment été une émulation entre nous et une bonne source de motivation, et je pense qu'à  l'avenir on aura plus de surfeuses sur le tour !

Après voilà  on a encore du retard sur les grandes nations comme l'Australie et Hawaii, mais j'ai l'impression que c'est plus une question de culture on va dire.. Dans ces pays, on est surfeur de mère en fille ou de père en fille, enfin de génération en génération et ça change pas de chose ! En France le surf c'est pas tout à  fait un sport professionnel, moi je sais que par exemple quand je me suis lancé dans ce milieu, mes parents ils n'y connaissaient pas grand chose ! Il y a des choses pour lesquelles ils ne pouvaient juste pas m'aider, et je pense d'être issu d'une famille de surfeurs ça joue beaucoup..

Après il y a un tel niveau là -bas, et c'est un des sports nationaux.. Je pense pas que ça soit tellement un problème de vagues, mais peut-être un problème de climat un peu ici parce que l'hiver en France c'est pas facile ! Moi je sais que j'ai eu la chance quand j'étais ado, c'était l'époque où les marques envoyaient beaucoup les surfeurs à  l'étranger et j'en ai bien profité et ça m'a vraiment beaucoup aidé !

A.E : Alors dans tous ces voyages, quelles sont tes vagues préférées et celles dans lesquelles tu serais la plus difficile à  battre en compétition ?

P.A : Les plus belles vagues que j'ai eu c'était en Indo, aux Mentawaiis.. Ma vague idéale c'est plutôt une droite, avec des tubes faciles ! Mais bon il y a tellement un gros niveau sur le tour que le résultat dépend de beaucoup plus que simplement des conditions de vague ! Je ne me dis jamais 'il me faudrait telles conditions' en fait, je prends ce qu'il y a et c'est tout ! De toute façon il vaut mieux, parce qu'on peut se retrouver dans 50 cm au Brésil ou dans des vagues plus grosses ailleurs, massives à  Bell's, donc faut pas se mettre de barrières !

A.E : Super, merci beaucoup Pauline pour tes réponses et tu veux ajouter quelque chose ?

P.A : Merci, oui je tiens juste à  remercier toutes les personnes qui me soutiennent, à  commencer par ma famille évidemment et puis mes sponsors: Rip Curl, Swatch, Vans, Oakley, FCS, Gorilla et RT Surfboards !!

Pour plus d'information sur Pauline Ado, vous pouvez visiter son site web: http://paulineado.fr, page Twitter: @paulineado, et Facebook Fan Page.

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