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Fiji Pro 2016 : Gabriel Medina, l'art et sa manière...

Le Brésil au sommet du Fiji Pro, Gabriel Medina vainqueur. copyright World Surf League.
Le Brésil au sommet du Fiji Pro, Gabriel Medina vainqueur. copyright World Surf League. - world surf league

Les flammes de Cloudbreak se sont éteintes dans la nuit de Vendredi et le drapeau Brésilien flottait hauts dans les airs. Gabriel Medina remporte le Fiji Pro et prend une sérieuse option sur le titre de champion du monde avec l'art et sa manière...


A n'en pas douter, Gabriel Medina est un grand champion. De toute l'histoire du surf de compétition au plus haut niveau mondial on n'avait observé un tel profil à la fois si féroce et si imprévisible. A seulement 22 ans et déjà un titre de champion du monde dans les pattes, il porte en lui tout l'espoir du pays organisateur des J.O d'été 2016. Cette nation n'a pas toujours nagé dans le bonheur et souvent ramé dans la précarité, la violence et les écarts de richesses. Pas étonnant que le Brésil soit fier de lui et qu'il montre la voie de l'avenir à toute la jeunesse Brésilienne qui le suit dans son sillon.

Accompagné du titre d'Adriano de Souza l'an passé et de tous les jeunes talents de ce pays, le "Brazilian Storm", c'est une armada solide qui effraie les plus grands. Le plus haut représentant de cette tornade est un battant, un bouffeur de vagues. Un surf agressif, puissant, Medina c'est aussi un caractère hargneux capable de briller à n'importe quel moment et de re-plaquer des manoeuvres hallucinantes. Sur le tour il est aussi manipulateur, sûrement le compétiteur le plus stratégique. On l'aime ou on le déteste, il n'y a pas de demi mesure mais une chose est sûre, Medina fait couler de l'encre dans les journaux. C'est certainement le surfeur dont on parle le plus sur la planète surf.

L'océan est une source d'inspiration. Il permet aux hommes de se ressourcer, de puiser de l'énergie et de stimuler leur créativité à l'image de nombreux artistes et écrivains. Ceci est aussi valable pour les surfeurs. Notre style de glisse découle de notre caractère. L'état d'esprit dans lequel on se trouve se retranscrit dans notre façon de se comporter au line up. On dit souvent que l'on reconnait un bon surfeur à sa manière d'exploiter la vague et son énergie. On dit aussi que celui qui est à l'écoute de la vague saura s'y insérer. Nous savons que l'océan est plus fort que nous. Quand nous scrutons l'horizon assis sur notre planche, il est le seul maître à bord et tout est question d'adaptation aux vagues que l'on reçoit de sa part. La magie opère dés lors ou le surfeur est en harmonie avec l'onde. Si l'homme parvient à se fondre dans le rythme, le style et la vague ne font plus qu'un. C'est ainsi qu'est offert le perfect 10 lors d'une compétition, en théorie.

Cependant il semblerait que Medina à l'image de son caractère parfois irrespectueux semble lui vouloir maltraiter les vagues. A défaut de montrer de l'amour et du respect pour l'élément, il préfère fracasser tout ce qui passe et c'est exactement ce qu'il fait. Evidemment ça paye. Ca rapporte des points, ça ramène des victoires. Quant à savoir si il aime vraiment ce qu'il fait, j'en suis sûr. Mais à la différence d'un surfeur qui embrasse la vague jusqu'à s'enivrer en elle dans le tube, Gabriel perfore la lèvre et fracture la porte d'entrée pour s'insérer dans le barrel, ressort en claimant et en criant hâtivement victoire. C'est le mental d'un guerrier et la mentalité d'une hyène.

Quand il surfe, on dirait parfois qu'il en veut à la terre entière. Ses sorties de vagues sont toutes autant d'occasions de s'accorder des bains de foule, la vague déroulant le tapis rouge de son arrogance. C'est également l'opportunité de préparer minutieusement son claim en sortie pour grappiller quelques centièmes de points supplémentaires auprès des juges. C'est sûrement la recette de la victoire sur le tour, une marque de puissance et de supériorité. C'est néanmoins un style, une gueule à la quelle on adhère ou pas. Son efficacité est indéniable mais son égo prétentieux prend souvent le pas sur sa sympathie si il en a. On le confond aisément avec une machine à gagner, capable de tout pour s'imposer même de l'anti-jeu le plus profond quand il s'agit de stratégie en compétition et en freesurf.

Repensons maintenant au heat Medina VS Slater en demie-finale qu'il à remporté stoppant ainsi les espoirs de Kelly dans son jardin Fidjien. Dans les dernières minutes de ce heat Kelly dominé par Gabriel n'a pas la priorité. Voyant pourtant que Medina ne profite pas des bijoux envoyés par l'océan indien, il se jette à tort ou à travers sur une bombe en sachant pertinemment que Medina à tout le pouvoir légal de le dropper si il le souhaite. Si quand bien même il eut raison de ne pas se laisser faire car il possédait la priorité à ce moment du heat, Medina aurait pu avoir la décence de surfer cette bombe au lieu de lamentablement réaliser ce "in and out" lui suffisant à envoyer le vieux Kelly au casse pipe dans un wipeout qui plus est dangereux. Sûrement que le score de Kelly sur cette vague aurait changé le résultat de ce heat et la suite des événements mais l'histoire ne le raconte pas et là n'est pas le sujet. Cet acte de Medina, c'est surtout la révélation d'un manque de fair play et de passion. Quand on aime on ne compte pas. Si une vague splendide se présente et qu'on est le meilleur surfeur du monde, on se jette dedans pour l'amour du surf et de la sensation qu'elle nous apporte.

Chez Medina tout est planifié, organisé et millimétré, chaque point est calculé pour la gagne, mettant peut être de côté le respect et le partage. A l'image de la taxe qu'il a mis à Jordy Smith en freesurf il y a quelques jours et de nombreux autres évènements qui construisent pas à pas l'image d'un surfeur pro, tout surfeur un temps soit peu zen et réfléchi est en droit de se demander qui est réellement Gabriel. Evidemment le tube médiatique dans lequel il surfe ne nous permet pas d'affirmer quoi que ce soit et seuls ses proches sont à même de juger de sa personnalité. J'ai eu l'occasion de voir Gabriel en freesurf lors d'une session on fire entre deux séries au Quik Pro France 2015 à Hossegor. Sur un line up rempli de 50 des meilleurs surfeurs de la planète, je n'ai vu que Medina. Un impressionnant humanoïde qui score la moindre vague et qui ne laisse pas une miette à personne.

En finale du Fiji Pro, Matt Wilkinson s'est bien battu mais happé par le venin de Gabriel, il s'inclinera. Medina signe sa première victoire de l'année. Au classement World Surf League, il pointe désormais à la seconde place juste derrière Wilko et devant John John troisième. Le futur et la technologie nous promettent de beaux robots dénués de style et de sens, programmés pour travailler et gagner, et Gabriel en est l'exemple parfait. Samsung mobile l'a si bien mis en exergue il y a quelques temps en le présentant dans la publicité pour la nouvelle Galaxy surfboard qui reste à méditer...C'est "le surfeur 2.0" de demain, il fait déjà rêver des milliers de jeunes générations. Et si prochainement en tant que parent je devais m'y atteler, je ne suis cependant pas convaincu qu'il soit l'exemple que je donnerai à mes enfants pour leur apprendre à surfer et leur donner une image de ce sport.

http://www.worldsurfleague.com/
Maxence Gallot - Publié le