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Surf et développement durable : entre démarches associatives et engouement économique

SOS
SOS - Surfrider Foundation

En France, le mouvement écologiste dans l'univers du surf s'est historiquement construit en résistance à  l'économie marchande du surf. Plus que dans une logique de développement économique, c'est sur le mode associatif que les volontés de [...]

En France, le mouvement écologiste dans l'univers du surf s'est historiquement construit en résistance à  l'économie marchande du surf. Plus que dans une logique de développement économique, c'est sur le mode associatif que les volontés de pérenniser les valeurs liées à  la sauvegarde de la nature et au développement durable sont les plus dynamiques. En particulier, Surfrider Foundation Europe possède une forte visibilité dans la presse notamment et donc dans le champ politique du fait de ses actions médiatiques.

Cependant, ces dernières années ont vu se développer des stratégies économiques originales de la part d'entreprises de l'univers du surf. Nouveaux matériaux, produits « bio », technologies innovantes, etc. sont des orientations stratégiques d'entrepreneurs qui s'investissent dans une logique de développement économique « responsable » où les retombées médiatiques sont de plus en plus importantes.

Le pouvoir médiatique de Surfrider Foundation Europe

Surfrider Foundation Europe (SFE) est dévouée à  la protection et à  la mise en valeur des vagues, de la mer et du littoral. Elle a été créée en 1990 à  l'initiative de surfeurs et de journalistes et rassemble aujourd'hui près de 4000 adhérents à  travers l'Europe. Des employés permanents travaillent au siège de l'association à  Biarritz. Parrainée par des champions de surf comme Tom Curren, numéro un mondial dans les années 1980, SFE s'est affirmée au fil des années comme une association environnementale de référence, véritable vitrine de l'écologie, représentée par quinze antennes nationales en Europe. La présence de SFE est très régulièrement sollicitée lors des événements sportifs, culturels ou professionnels afin d'informer le grand public. Chaque événement organisé par SFE représente une occasion de sensibiliser le public qui est largement mis à  profit : « Initiatives Océanes », « La Tournée des Vagues » ou l'exposition itinérante de vulgarisation scientifique, « Vagues et Littoral ».

Mais c'est également la distribution des « Pavillons noirs », qui depuis 1997 pointent les zones de baignade polluées chaque année et rend visible SFE. Débattue à  l'Assemblée Nationale aux « Questions d'actualité », la carte des « Pavillons Noirs », qui se construisent symboliquement en opposition aux « Pavillons Bleus », retient l'attention des élus locaux des littoraux maritimes en France. « Cette carte des sites nautiques victimes d'un ou de plusieurs problèmes de pollution a été mise en place pour servir d'outil informatif, médiatique et revendicatif, contre le silence et voir même la désinformation du public, concernant la pollution littorale ». Distribués juste avant les vacances estivales, au mois de juin, les réactions de certains élus du littoral aquitain montrent à  quel point la « publicité » qui découle des Pavillons Noirs peut être stigmatisante. En conséquence, le pouvoir médiatique de cette association l'érige comme une véritable contrainte pour certaines municipalités...

Une dynamique associative peu soutenue par les municipalités

Ç l'échelle locale, SFE est souvent perçue par les élus locaux comme un contre-pouvoir aux capacités médiatiques importantes comme l'atteste l'affaire du dragage du port de Capbreton dans les Landes en 2003. Aucune collectivité locale, à  l'inverse du secteur marchand, ne subventionne l'association qui vit des cotisations des membres et de dons d'entreprises privées. Pour le directeur exécutif de l'association de 1992 à  2002, les Pavillons Noirs ont « un fort impact médiatique » contraignant en quelque sorte les élus locaux à  les prendre en compte : « La liste est reprise par l'AFP et on sait, pour en avoir discuté avec les élus, que cette pression les poussent à  agir en conséquence. Pour exemple, la ville de Biarritz et le district Biarritz-Anglet-Bayonne ont fait de la propreté de l'eau une réelle priorité, avec un programme d'investissement très important. »

Il est difficile de mesurer le soutien communal à  SFE en fonction du critère géographique. Bien que située sur le littoral des Pyrénées-Atlantiques, l'association est différentiellement appuyée par les municipalités basques. L'organisation de « Vagues et littoral » constitue un exemple révélateur de l'utilisation par une équipe municipale et son maire de ce type de « manifestation citoyenne ». Hébergée à  Anglet en 2004, l'exposition a été par la suite itinérante dans les régions françaises en fonction des aides et subventions des villes hôtes. L'ouverture officielle s'est déroulée en présence du maire de la ville. Cet acte municipal constitue pour le maire un véritable soutien à  Surfrider, dont il se « réjouit de la présence », mais aussi et surtout une manière efficace de se mettre l'association « dans la poche ». Suite aux remerciements de rigueur, le maire d'Anglet ne dissimule pas sa stratégie, ce qui provoque quelques sourires chez les dirigeants de l'association : « On espère que nous ne verrons plus le pavillon noir, qui nous désole », ou encore : « J'espère que nous n'aurons plus de drapeaux noirs » précise le premier élu. L'exposition est à  ses yeux un coup médiatique. L'exposition illustre la stratégie politique visant à  s'assurer une identification territoriale positive gr'ce au soutien apporté à  une association écologiste, et ce à  moindre coût.

Les subventions du secteur marchand de l'univers du surf

Appuyer une association écologiste permet de valoriser son image : la plus-value symbolique est importante. Aussi, la plupart des entreprises recensées dans l'espace économique du surf français sont des partenaires privilégiés de SFE : chaque année, plusieurs dizaines de milliers d'euros de dons émanent du secteur privé. La marque Quiksilver, en 1999, a proposé une subvention inaccoutumée (un million de francs, soit environ 150 000 euros) pour la protection de l'environnement. Cette stratégie permet à  la marque de maintenir des valeurs non marchandes (liées au respect de la nature) au moment où elle affiche des ambitions de développement international comme des OPA sur d'autres sociétés notamment. Des marques hors de l'espace marchand du surf souhaitent également devenir partenaires, à  l'instar de banques ou d'entreprises qui voient dans l'association un moyen de capitaliser positivement sur cette image écologiste.

EuroSIMA, l'association européenne des industriels des sports de glisse, organise par ailleurs régulièrement des soirées « caritatives » où, en présence des responsables des entreprises du surfwear, des ventes aux enchères sont organisées. Les profits sont destinés au Fond Environnemental Eurosima, reversés ensuite intégralement aux associations et projets caritatifs et écologiques dans le secteur de la glisse. En octobre 2007, ce sont ainsi 35 000 euros qui ont été récoltés.

Des actions originales et innovantes

Industrie très polluante, la production de planche de surf est souvent la cible des défenseurs de l'environnement. Des actions concrètes sont cependant à  l'étude pour inscrire l'industrie du surf dans le développement économique responsable. Un californien a notamment inventé une mousse à  partir de ressources agricoles renouvelables : le pain de mousse, classiquement produit à  partir de pétrole modifié, est issu de matière organique à  base de soja. Ce procédé permet a priori de réduire de 40% l'utilisation de produits polluants. Une résine « 100% bio » est par ailleurs à  l'étude. Un shaper français a utilisé cette méthode de planche « verte » et tente d'améliorer les propriétés dynamiques du pain de mousse. Une démonstration de ce type de support innovant a eu lieu lors de la compétition du Rip Curl Pro en août 2007 à  Seignosse-Hossegor, ce qui a manifestement favorisé une exposition médiatique importante. A terme, si le coût et la qualité de ces planches rivalisent avec les planches classiques, la production devrait s'amplifier largement.

L'habillement est également au centre des préoccupations de certaines entreprises avec l'utilisation de nouveaux matériaux. Des lignes de vêtements 100% coton bio permettent aux marques de communiquer sur les problèmes liés à  l'environnement. L'objectif est de diminuer sensiblement l'apport de matières synthétiques dans la confection des vêtements puis de responsabiliser le consommateur. Il semble que cette volonté soit commune puisque les marques sont de plus en plus nombreuses à  investir « ce marché » économiquement rentable.

Conclusion

Finalement, la démarche de développement durable dans l'univers du surf en France est encore balbutiante. Entre un secteur associatif dynamique et visible mais peu soutenu par les pouvoirs publics et des entreprises marchandes qui peu à  peu développent des produits innovants, l'écart est grand mais sans doute complémentaire. Cependant, la démarche de développement durable est de plus en plus perçue par les acteurs comme une véritable valeur ajoutée économique et environnementale.

Christophe GUIBERT
Docteur en sociologie, auteur de L'univers du surf et stratégies politiques en Aquitaine, (Paris : L'Harmattan, 2006, 321p.).
Chercheur associé au Centre Nantais de Sociologie (EA-3260), Université de Nantes.
guibertc@free.fr
http://universdusurf.free.fr/

Extrait d'un article paru dans : Environnement, solidarité, emploi. Le nautisme au 21ème siècle ! Publication de l'Observatoire sport et développement durable (OSDD), décembre 2007, p.147-153.

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