Que pensez-vous de l'invasion des planches chinoises sur le marché international ?
Eric Rougé, Shaper, Anglet
Il est vrai que ce type de concurrence pose un réel et dangereux souci pour tous les vrais shapers artisanaux.
Ces planches de Chine sont réellement de mauvaise qualité pour 95% d'entre elles. Elles sont fabriquées avec des matériaux peu fiables, stratifiées au plus juste, mal poncées et tout cela est caché par une finition médiocre que la clientèle française et européenne crédule ne voit pas. Les tarifs de ces planches défient toutes concurrences à l'achat pour l'importateur, le revendeur. Mais au bout de la chaîne, le client paie plein pot et certains produits de ces Chinois sont plus onéreux que nos produits fabriqués main dans nos ateliers.
Qui se fait du "ponion" sur le dos de surfeurs incrédules, suite à un marketing outrageux de ces produits dans tous les médias du surf ? Pas des surfeurs, mais des financiers ou de petits malins qui savent exploiter les faibles coûts de production des filières asiatiques.
Il est certain que nous - petits shapeurs - ne pouvons faire du marketing de nos produits à grande échelle, nous n'en avons ni les moyens, ni les compétences. Mais notre métier, nous savons le faire et nous sortons de nos ateliers des planches de qualité à des tarifs tout à fait corrects, voire moins chers que les produits des chinois. Eux n'ont rien à voir avec les surfeurs, ne savent même pas à quoi servent les produits qui sortent de leurs usines, ainsi que tous les crabes qui se sont incrustés dans notre passion des vagues, de l'Océan pour faire de l'argent sur le dos de petits surfeurs incrédules.
A bas tous les produits qui pourrissent notre marché à la concurrence plus que tendancieuse…
Benjamin Costa, Manager Hawaii Surf, Paris
C'est un fait exact, nous sommes en tant que magasin, de plus en plus sollicités par de nouvelles marques proposant des planches chinoises à bas prix. Forcement, l'offre est pour nous alléchante puisque les marges produits sont relativement plus intéressantes que celles des surfs classiques shapés main.
Mais comme vous le soulignez sur votre dernier article, ces prix attractifs sont souvent au détriment de la qualité… Cela dit, ce n'est bien évidemment pas qu'une question de qualité, certes parfois plus que médiocre, qui nous pousse à réagir aujourd'hui sur cette invasion de planches chinoises mais aussi cette industrialisation, cette mondialisation du surf.
Le Surf est un microcosme peuplé de passionnés qui vivent en autarcie de la vente de leurs créations, de leurs shapes. Et paradoxalement, même si ces surfs chinois destinés à la masse démocratisent énormément le surf, ils enterrent tous les jours un peu plus les surfeurs shapeurs qui essaient tant bien que mal de survivre de leur passion.
Mais tout réside peut-être en un juste milieu encore inconnu. Nous ne pouvons passer outre cette mondialisation, mais il nous faudrait mettre en place une communication et une distribution réfléchie de ces surfs asiatiques. Et qui mieux que les revendeurs peuvent mettre en place une telle politique…
Ainsi pourrait coexister sur un même marché des planches chinoises discount destinées aux débutants et surfeurs occasionnels et des planches dites custom pour les aficionados ou les pratiquants qui recherchent tout simplement un vrai surf, avec une âme véritable…
Mais pour y parvenir, nous nous devons de garder à l'esprit que le surf, avant d'être un business, est une véritable philosophie, un style de vie….
Alors la question que l'on peut se poser, en ces temps difficiles pour le marché de la glisse, c'est combien de surf shops possèdent encore une véritable âme de surfeur, tout du moins assez pour ne pas détruire le marché du surf à coup de planche « made in china » ?...
Don't let your friends ride China Board !
Voilà le let motiv' à retenir. En effet, tout passe par l'éducation du pratiquant, expliquer pourquoi telle ou telle planche est à tel ou tel prix, de telle ou telle qualité, mettre en avant le savoir-faire, les HOMMES SURFEURS qui participent à la construction (shapeur, décorateur, glasseur, ponceur). Il faut effectivement mettre en avant la dimension créative (ouvrir les portes des ateliers), le savoir-faire de l'artisan shaper. Ce savoir doit vivre aussi avec son temps, avec le design par ordinateur (pour plus de précision, pour refaire une board magique déjà réalisée), avec les nouveaux matériaux, les lattages... Et le shaper doit aussi vivre avec la mondialisation, et défendre son savoir, son service et sa relation HAUT DE GAMME !
Merci à internet, merci aux médias de relayer nos discours destinés à expliquer le fonctionnement du surf business. Bon surf ! Ne laissez pas vos amis rider des planches asiatiques !
By Jeff de Surfconseil.com
Attention au rôle essentiel de l'artisan, de sa dimension créative et évolutive générée tout au long de l'histoire du surf-riding. La planche de surf est un objet subtil (véhicule intellectuel) qui ne peut être réfléchi par une pensée industrielle (objectif économique). Le shapeur, l'artiste créateur est un pôle de réflexion sur son matériel, de remise en question, de rencontre de personnes et de connaissances. Il suscite l'esprit critique sur son support de glisse. La relation "surfeur-shapeur" reste une clé fondamentale dans la performance du surfeur. Ne nous perdons pas dans un profit économique à court terme. Cependant, la planche industrialisée permet d'accompagner le débutant sur sa première année de pratique. Il va devoir par la suite, chez le shapeur local, s'inscrire dans une réflexion concernant son matériel. La main, l'oeil et le "feeling" de l'homme ne seront jamais spoliés par la machine. C'est dans la réalisation d'une planche par le shapeur que la planche prend tout son caractère.
Bon surf à tous. Très respectueusement, Aloha... Jeff