Les interviews des acteurs de la scène surf

Mayumi Tsubokura, artiste peintre du surf


Vous connaissez déjà ses peintures de vagues hallucinantes, découvrez maintenant l'artiste qui se cache derrière. Rencontre avec Mayumi, le japonais le plus célèbre de la culture surf.


Mayumi
Mayumi
© Maurice Rebeix

Mango-surf : Mayumi, nous connaissons ton travail, mais peux-tu nous en dire un peu plus sur l'homme qui se cache derrière ces peintures de vagues incroyables ?

Mayumi Tsubokura : Je suis né à Tokyo en 1952. Mon père Murakami Genzo était un écrivain, metteur en scène de Kabuki. J'ai toujours dessiné et j'ai eu la chance de prendre des cours particuliers de peinture très tôt, de grandir dans un milieu très favorisé culturellement parlant. J'ai aussi été conditionné par les arts martiaux. Le bushido, la voie du guerrier que j'ai suivie, m'imposait une discipline physique et spirituelle rigoureuse.

En grandissant à Roppongi – Akasaka, dans le quartier le plus animé de Tokyo, et le plus ouvert aux étrangers, ma vie sociale a été très riche. J'ai été confronté très tôt à de multiples réalités qui m'ont donné une confiance exacerbée dans tout ce que je faisais. J'ai toujours été passionné par la mer, c'est mon terrain de jeu favori depuis toujours. Dans ma vie d'homme, l'océan, le surf m'ont appris une certaine humilité, ce qui transparaît dans mes vagues.

M-S : Tu as passé ta jeunesse dans un quartier très animé de Tokyo, où tu as travaillé comme cuisinier dans des restos branchés. Côtoyer le milieu artistique, sa richesse littéraire, musicale, est-ce cela qui t'a inspiré et t'a poussé à voyager ?

Eddie - ©MayumiM.T : Pas vraiment. Ce qui m'a surtout poussé à faire mon premier voyage, celui de l'hiver 71-72 à Hawaii, c'était tout simplement le désir d'aller sous les tropiques, d'expérimenter les vagues hawaïennes... Shimoda est une superbe ville côtière, avec une eau bleu lagon, du sable blanc, mais cela manque de cocotiers et de soleil…

Je suis allé par la suite à Paris en tant qu'étudiant en échange aux Beaux-arts. Je ne parlais pas français à l'époque et c'était très difficile pour moi, mais l'envie de travailler en Europe était là, et les occasions n'ont pas manqué.

M-S : Très tôt intéressé par la pratique des arts martiaux, tu te tournes un peu plus tard vers le surf et fais tes premiers pas sur l'eau à Shimoda, au sud de Tokyo. Quels souvenirs te laissent les sessions de ton enfance au Japon ?

M.T : Je n'étais pas enfant mais adolescent, c'est donc un souvenir associé à une certaine liberté, il est d'autant plus intense. Shimoda, est une ville située sur une péninsule, ses environs permettent donc de trouver des fronts de mer opposés et profiter indifféremment de swells Est ou Ouest.

Irita, Tatado et Shirahama étaient les plages que je surfais le plus. Si on compare à Hawaii, c'était petit, mais beau, il y avait vraiment de très très jolies vagues ! L'environnement était aussi très préservé, ce qui a participé à la magie du lieu, qui est extrêmement prenante.

M-S : En 1971, tu quittes le Japon et t'envoles vers le Pacifique nord. Quelles ont été tes premières impressions sur Oahu ?

M.T : La beauté des lieux, des habitants. Une culture japonaise que je retrouvais dans les habitudes alimentaires des habitants : de quoi se sentir chez soi. Une chaleur humaine inédite. Un immense respect de la nature.

M-S : Tu y rencontres les grands noms du surf hawaiien et devient le « Kamikaze boy ». Peux-tu nous raconter l'histoire de ce surnom…

Eddie - ©MayumiM.T : Je fais du bodysurf sans palmes. Quand on fait cela à Pipeline, cela se remarque et Gerry Lopez et les autres boys m'ont affublé de ce surnom. Heureusement, mon vrai prénom est bien plus connu !

M-S : Tu dis souvent que ce voyage initiatique aura été une révélation et que tu en es reparti transformé. Pourquoi ?

M.T : J'ai tout simplement compris ce qu'était la vie en y frôlant la mort. Cette histoire, peu de temps après mon arrivée, où j'ai été sauvé par Rabbit Kekaï, a tout remis en cause. Après ce traumatisme, j'ai laissé de côté ma grande gueule, mon côté orgueilleux. Je suis devenu normal, j'ai adopté le style hawaiien. Là-bas, les locaux sortent de l'eau pour aller uriner, cela vous donne une idée de la sacralisation de l'océan qui y est faite.

M-S : A l'âge de 20 ans, tu pars autour du monde et finit par poser (définitivement) tes valises à Paris en 1973. Pourquoi avoir choisi la capitale française ?

M.T : Pour les rencontres que j'y ai faites, professionnelles ou non. Parce que Paris est la ville des arts : quand on est étudiant à l'école des Beaux-arts, que l'on restaure les chefs d'œuvres des collections françaises, cela laisse peu de place au doute. Parce que je travaillais dans la bijouterie, le design me plaisait et je faisais le lien avec la clientèle japonaise, qui commençait à arriver en masse place Vendôme.

M-S : Garde du corps, créateur de bijoux, courtier en diamant… il me semble que tu as exercé tous les métiers du monde ! Tu dois en avoir des anecdotes à raconter…

M.T : De toutes les expériences professionnelles que j'ai eues, celle-ci restera peut-être comme étant la plus marquante : lorsque j'avais 17 ans, mon sensei m'a recommandé auprès d'un de ses amis médecin pour devenir son assistant légiste, en toute illégalité. En plus de m'aider pour mon apprentissage de la physiologie en karaté et shiatsu, c'était également pour moi une manière de m'exercer au dessin. Je revendais à un bon prix mes croquis, les photos de corps étant à l'époque interdites. J'ai gagné pas mal d'argent, mais vu le prix du billet pour Hawaii, à l'époque, cela est vite parti ! J'ai beaucoup appris en tout cas.

M-S : En 2000, tu as même participé à l'aventure Riding Giants. On peut d'ailleurs dire que ce documentaire n'aurait sûrement pas existé sans toi. Peux-tu nous raconter la genèse du projet ?

M.T : Il y a à la base de ce film le rêve, les moyens, le talent de mon ami Franck Marty qui a su faire de l'histoire du surf quelque chose d'un peu plus universel. Son approche humaine a été fondamentale dans la réussite du film. En 1999, il vivait depuis déjà quelques années à Anglet et nous discutions de surf, de l'approche personnelle, sensible qui restait à faire pour rendre cette pratique si mystérieuse plus universelle. Il nous fallait un film, sur le surf, par des surfeurs, pour tout le monde, qui transmette cet amour des vagues.

Je lui ai donné le numéro de Darrick Doerner, dont il était fan – il connaissait à ma grande surprise l'histoire de sa terrible cascade pour le film Point Break. Ils ont discuté. Puis nous sommes allés à Hawaii, tout s'est enchaîné grâce au travail acharné de Franck.

Eddie - ©MayumiM-S : Le surf, l'engagement, la force de l'océan restent les fils conducteurs de ta vie. Pourtant, les vagues ne sont arrivées sur tes toiles qu'à partir des années 82-83. C'est la Polynésie qui a révélé l'artiste que l'on connaît aujourd'hui. Et c'était plutôt un concours de circonstances, non ?

M.T : Pour les vagues, le déclic a eu lieu à Huahine. Je vivais entouré des surfeurs, Arsène Harehoe, Vétéa David entre autres, qui était encore un gamin. Cet entourage me demandait régulièrement comment je voyais les vagues hawaiiennes, comment étaient les mythiques spots d'Oahu. Il n'y avait pas de magazine de surf, pas de photos encore moins de vidéos. Je les ai dessinées, sur papier, sur bois, à même le sable. Je devais donner aux surfeurs l'image première qu'ils recherchaient de la vague. Avec un entourage humain exceptionnel, l'inspiration m'est venue. Je m'étais déjà toutefois intéressé aux vagues bien avant.

Les japonais Maruyama Okyo, Hiroshige, Hokusai et leurs images marines m'ont nourri dès ma prime jeunesse : mon père les collectionnait. Et les maîtres européens ont pris le relais quand j'ai étudié à Paris. Mon style est au croisement de ces influences.

M-S : Personnellement, nous sommes sous le charme de la Polynésie. Et toi, comment as-tu vécu là-bas ? As-tu un petit paradis caché dans ces îles ? Est-ce différent d'Hawaii ?

M.T : J'ai vécu là-bas comme dans un rêve, dans un moment d'accomplissement personnel. Mon île favorite est Huahine. Hawaii est du genre masculin, la Polynésie est du genre féminin. À ce sujet, je préfère m'exprimer par le biais de la peinture plutôt que par les mots…

M-S : Aujourd'hui, quelles sont tes influences ? Quelles sont les personnes, les lieux qui t'inspirent ?

M.T : J'aimerais faire quelque chose sur Eddie Aikau, un film, raconter son histoire. Aussi, quelque chose autour des mythes océaniques japonais, je réunis tout ce que je peux.

M-S : Quelles techniques utilises-tu dans tes créations ? Comment décrirais-tu ton travail ?

M.T : Brosse à dents, doigts, ongles, pinceaux, éponges… Pas d'aérographe par exemple. De la peinture manuelle. Je vous laisse interpréter le résultat !

M-S : Fais nous rêver un peu, à quoi ressemble une journée de Mayumi ?!

M.T : Le rêve ne se situe peut-être pas dans ma vie parisienne : j'ai des obligations professionnelles, je connais le métro aux heures de pointe le matin donc il faudrait peut-être que j'évite d'en parler en fait ! Mais c'est ainsi que se vit la vie parisienne, avec sa richesse et ses rencontres, une certaine harmonie. Je suis originaire d'une ville encore plus grande, plus dangereuse et plus agitée, tout est relatif.

Mais lorsque je peins, je voyage, le temps a une toute autre valeur.

M-S : Des expos, des projets en perspectives ? Où nos lecteurs peuvent-ils te rencontrer ?

M.T : J'ai un souhait en tête : une exposition avec mon vieil ami Kenji Ishikawa. Il photographie les clairs de lune comme nul autre, mais comme il n'existe pas de capteurs ou de pellicules assez sensibles pour prendre des photos de vagues nocturnes. Faire une exposition conjointe serait pour nous un immense plaisir.

J'aimerais faire de la sculpture, aussi, une vague grandeur nature, en plexiglas et silicone !

Pour me rencontrer, contactez-moi via mon site, j'habite toujours à Paris. Si vous voulez être tenu au courant de mes futures expositions et projets, suivez ma page sur facebook ou envoyez un message à info@mayumi.fr pour vous inscrire dans la mailing-list. Merci Mango Surf !

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Propos recueillis par mango-surf.com

Publié le : 16/03/2010

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