Guillaume Barucq, spécialiste de la santé et la sécurité du surfeur
Mieux vaut prévenir que guérir... Tel pourrait être la devise de Guillaume Barucq. Contaminé très jeune par le virus de la glisse, il est aujourd'hui un spécialiste reconnu dans le domaine de la prévention des risques liés au surf.
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Le doc © DR |
Mango-Surf : Salut Guillaume, ou devrais-je dire Docteur Barucq ? Peux-tu te présenter en quelques mots à nos internautes ?
Guillaume Barucq : Je suis un jeune médecin généraliste de 31 ans installé depuis l'été dernier. Heureux papa d'une surfeuse en herbe de 7 mois qui tente déjà de se mettre debout… J'essaye de me faire une place au soleil du Pays Basque mais on y paye très cher notre qualité de vie : l'immobilier est hors de prix pour un jeune couple de classe moyenne. Les derniers surfeurs à vouloir s'y installer sont le chanteur de Coldplay et le bassiste de Metallica qui ont plutôt les moyens…
M-S : Originaire de la Côte Basque, tu étais prédestiné au surf… A quand remontent tes premières sensations à l'eau ?
G.B :J'ai un passé de bodyboardeur que je revendique ! J'ai fait du « drop-knee » de 8 à 15 ans. Je ne suis passé de la « pose hawaiienne » à la station debout qu'à l'adolescence mais la première vague surfée a été une révélation et j'ai contracté le virus incurable du surf ! Cela fait plus de 15 ans que j'alterne entre le shortboard et le longboard en fonction des conditions. Depuis un mois, je découvre les joies du Stand-Up Paddle, le sport complémentaire du surf par excellence (à pratiquer loin des foules…).
M-S : Un peu plus tard, tu t'orientes vers un cursus médical. Un gros wipe out t'aurait-il influencé dans ton choix ?
G.B : Médecin est l'une des rares professions qui permet de s'installer où l'on veut. C'est cela qui m'a décidé initialement. Un médecin peut être utile partout dans le monde et je n'exclus pas d'aller donner un coup de main un jour ou l'autre dans un hôpital de la Gold Coast australienne ou de tenter l'aventure humanitaire avec Surfaid en Indo…
Tout comme le surf, la médecine est un art dans lequel tu es amené à improviser face à des situations toujours différentes et parfois intenses.
Mes stages au CHU de Bordeaux et mon internat au Centre Hospitalier de la Côte Basque m'ont permis de voir l'envers du décor de la vie et de croiser des patients « qui n'ont pas eu de chance », et notamment des surfeurs : celui qui se retrouve tétraplégique après un accident de shore break, celui qui a perdu un œil à cause d'une planche de surf, celui qui a contracté un neuropaludisme en surf trip ou encore celui qui est en train de mourir d'un mélanome. Ces malades m'ont fait prendre conscience de la chance que l'on a de surfer en bonne santé. Ils m'ont surtout donné l'envie de m'investir dans la prévention car la plupart des accidents et des pathologies pourraient être évités si les gens étaient sensibilisés correctement.
M-S : Deux passions a priori différentes, mais que tu décides de réunir quand tu prépares ta thèse…
G.B : La période de réflexion sur un sujet de thèse est passionnante. Tu envisages toutes sortes de sujets jusqu'à trouver celui qui te convient. Trop d'étudiants se lancent dans un sujet qui ne les intéresse pas vraiment et leur thèse est un long chemin de croix jusqu'au jour de la soutenance. En choisissant un sujet sur ma passion qu'est le surf, je me suis investi comme jamais dans mon travail sans écouter les mauvaises langues qui trouvaient qu'un sujet sur le surf ne faisait pas assez « sérieux ». Pourquoi la pathologie du footballeur ou du tennisman serait-elle plus intéressante à étudier que celle du surfeur ?
M-S : Comment s'est déroulée cette étude ?
G.B : J'ai recensé tous les surfeurs admis en services d'urgences sur la Côte Basque pendant l'été 2006. Il m'a fallu ensuite effectuer une analyse statistique des 350 dossiers de surfeurs accidentés. J'ai publié les conclusions de mon étude dans la très sérieuse « Revue du Praticien » et je l'ai présentée au Congrès National des Urgences 2007 à Paris. Comme quoi un travail scientifique sur le surf peut intéresser le corps médical.
Paradoxalement, c'est dans le milieu du surf que j'ai le plus de mal à faire passer le message : parler d'accidents, « c'est pas bon pour le business », ai-je pu entendre de la part de gens « responsables ».
Je ne cherche pas à faire peur aux gens, bien au contraire, mais il est primordial de se pencher sur la prévention des accidents de surf. C'est bien beau d'envoyer des gamins surfer mais encore faut-il leur garantir des conditions optimales de sécurité, ce qui est encore loin d'être le cas.
M-S : Et finalement, tout le monde profite de tes recherches grâce au guide Surfers' Survival Guide, déjà une référence en la matière !
G.B : Le Survival Guide va plus loin que ma thèse puisqu'il envisage tous les aspects de la pathologie du surfeur : on y parle aussi bien de dermatologie, d'ophtalmologie, d'ORL, de conseils aux voyageurs, de prévention des conduites à risques… et pas seulement des accidents !
Ce projet de livre a vu le jour pendant ma thèse. J'essayais de motiver Sylvain Cazenave pour qu'il me fournisse des photos pour illustrer ma thèse en lui faisant miroiter un hypothétique futur bouquin. Il m'a pris au mot et m'a présenté à Bernadette Duhart, l'éditrice des Editions Surf Session, qui a flashé sur l'idée d'un guide de santé du surfeur. Elle m'a laissé carte blanche pour écrire le livre avant le printemps 2007. J'ai effectué des recherches pour chaque chapitre, je me suis appliqué dans la rédaction mais je me suis surtout fait plaisir dans le choix photo où j'ai pu piocher parmi les centaines d'images fournies par les photographes de classe internationale que sont Sylvain Cazenave, Laurent Masurel, Damien Poullenot et Thierry Organoff…
J'ai donc écrit la thèse d'une main et le Survival Guide de l'autre pendant huit mois sans bouger de ma chaise de bureau avec comme conséquences de nombreuses sessions ratées et quelques kilos en trop.
M-S : T'attendais-tu à un tel succès ?
G.B : 1500 bouquins écoulés en un an, c'est déjà pas mal mais on peut faire beaucoup mieux ! Mon objectif ne sera atteint que quand chaque surfeur aura son exemplaire du Survival Guide dans sa bibliothèque ou dans son sac de voyage. J'attends aussi que Surf Session ou un autre éditeur se motive pour le faire traduire au moins en anglais.
M-S : Depuis quelques semaines, on a pu découvrir également le site Internet, ainsi que le guide Surf Prévention. Quels sont tes objectifs avec ces outils de communication ?
G.B : Internet, c'est énorme ! Tu deviens ton propre éditeur et tu peux écrire autant que tu veux, quand tu veux, en collant à l'actualité. Le but de www.surf-prevention.com est de devenir le site de référence sur tout ce qui touche au surf, à la santé et à la sécurité.
A l'heure actuelle, quand quelqu'un cherche une info santé, il tape le plus souvent sa requête sur Google et lit ce que le moteur de recherche lui sort en première page d'où l'importance d'être bien « référencé ». Surf Prévention est d'ores et déjà une réussite car le site a touché plus de monde que le livre avec 3500 visites et 25000 pages consultées en 3 mois.
Loïc Choury et Julien Gognalons, les créateurs de sites Internet de www.webplanete.com ont fait un super boulot en me concoctant un site aux petits oignons sur lequel on retrouve des news, des interviews de spécialistes, des fiches de prévention, des fiches « surf trip » et des informations sur le matériel adapté pour surfer en toute sécurité.
J'ai sorti en même temps Surf Prévention 2008, un mini guide de prévention téléchargeable gratuitement sur le site, avec le « B-A BA » à connaître avant de se mettre à l'eau avec une planche de surf. La Fédération Française de Surf va distribuer la version papier dans ses écoles labellisées dès le mois d'août.
Je tiens à préciser que je n'ai pas reçu un centime de la part de l'industrie du surf et que j'ai intégralement financé le projet de ma poche. Mais il est clair que si je veux développer ce concept d'éducation et de prévention dans le domaine du surf et du sauvetage côtier à partir de supports internet, papier, photo et vidéo, j'aurai besoin d'un partenaire. J'ai déjà contacté les majors du surf mais sans réponse pour le moment.
M-S : Si tu avais 3 conseils à donner à un surfeur débutant qui débarque sur un spot de la côte atlantique, lesquels seraient-ils ?
G.B :
- Se faire coacher par un moniteur de surf ou un pote qui connaît bien la mer et le surf.
- Investir dans une planche sûre (formes arrondies, en mousse avec dérives non coupantes).
- Eviter les spots surpeuplés ou inadaptés à l'apprentissage du surf.
M-S : Et si tu en avais 3 autres pour un surfeur trippeur au bout du monde, dans des zones reculées ?
G.B :
- Consulte ton médecin avant de partir pour mettre tes vaccinations à jour.
- Consulte ton médecin avant de partir pour qu'il t'aide à constituer une pharmacie de voyage.
- Consulte ton médecin avant de partir pour des conseils de prévention et un traitement (prophylactique +/- curatif) du paludisme.
M-S : D'ailleurs, toi qui a pas mal voyagé du Mexique au Sénégal, en passant par Bali et la Réunion, as-tu quelques anecdotes à nous raconter ?
G.B : Lors de mon premier voyage à la Réunion, je me suis gravement brûlé la peau pour avoir eu l'imbécillité de surfer ma première session sans lycra. Quelques années plus tard, j'ai bien failli finir mes jours incrusté dans la falaise d'Uluwatu à Bali un jour de gros swell à marée haute. C'est de ce genre de mésaventures que j'ai retiré un peu d'expérience. Faites ce que je dis, pas ce que j'ai fait…
M-S : Des projets en vue ?
G.B : Vivre, surfer, soigner et écrire tout en gardant « l'esprit surf » !
M-S : Merci et bon surf en toute sécurité !
Visitez le site www.surf-prevention.com
Propos recueillis par mango-surf.com
Publié le : 02/08/2008















