Gecko ou la passion de l'image de surf
Zoom sur Christian Rue, alias Gecko. Photographe culte de la scène surf, il nous parle de son parcours pro et de sa vision du milieu de la photo de surf.
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Christian Rue © Gecko |
Mango-Surf : Salut Christian, peux-tu te présenter à nos lecteurs...
Gecko : Gecko, 40 ans, marié, un enfant. J'habite à Hossegor, je suis titulaire d'un bac+4 en marketing... et photographe de métier.
M-S : Au fait, comment devons-nous t'appeler? Christian ou Gecko? D'où vient ce surnom ?
G. : J'ai longtemps eu l'habitude que l'on m'appelle Gecko, mais maintenant, après presque 20 ans, j'apprécie que l'on m'appelle par mon vrai nom. Ce n'est pas une reconnaissance professionnelle, mais celle de l'individu !!
M-S : Comment as-tu plongé dans la photo ? Peux-tu nous décrire comment tu en es arrivé là ?
G. : J'ai très jeune baigné dans la photo car mon père, marin/ingénieur de profession a toujours été passionné par la photo et sa technique. J'ai beaucoup voyagé avec lui et pu utiliser son matériel avant d'avoir, dès 15 ans, mon propre équipement. Par la suite, j'ai pu perfectionner ma technique sur mes nombreuses activités sportives et enfin lors de mon service militaire au Sirpa des Armées.
Puis, j'ai repris mes études mais à force de regarder le temps (en rapport aux conditions de surf) par la fenêtre, j'ai pris la porte pour aller créer ma première activité de photographe pro. J'étais patron filmeur et embauchais des photographes pour la saison pour shooter les touristes... Moi je me réservais les photos de sports. J'ai fait la mer et la montagne pendant deux années puis arrivé sur Hossegor, j'ai à nouveau ouvert un magasin de photo mais très vite j'ai fermé pour me consacrer à la photo free lance pour les magazines et vous connaissez la suite !!
M-S : Quels sont les photographes qui t'inspirent ?
G. : Warren Bolster, Chris Van Lennep, Philippe de Marchellier (mode), Yann Arthus Bertrand et tous ceux qui le vivent à fond !!
M-S : Tu travailles avec quel matos ?
G. : Photo tout Canon, ordi tout Macintosh. Équipement aquatique tout maison !
M-S : Tu shootes plutôt en argentique ou numérique ?
G. : Maintenant y a pas photo, c'est du tout numérique pour des questions de pratique professionnelle et de coût.
M-S : Tu préfères prendre des photos en aquatique ou depuis la plage ?
G. : Je suis dans ce milieu avant tout parce que je surfe (depuis 1983). Si je dois être quelque part c'est dans l'eau car j'associe deux passions en même temps. Du bord, c'est pour le professionnalisme et aussi... une frustration !!
M-S : Quels regards portes-tu sur la scène photo, l'évolution du matos, les angles, la photo de nuit... ?
G. : Du grand n'importe quoi !!! Depuis l'arrivée du numérique, on assiste à l'explosion des « pros » de la photo. Tout le monde mitraille et finit par arriver à sortir une bonne tof. Résultat, les marques et les magazines sont encore plus frénétiquement opportunistes qu'avant car l'offre s'est élargie. Celui dont c'est le métier trouve son activité diluée dans cette marée qui de plus, diffuse librement sur Internet pour exposer son unique performance, et fait chuter la valeur « image ».
Heureusement, le métier n'est pas quelque chose qui se remplace facilement et cette marée n'a pas fait disparaître le « savoir faire », chose qui ne s'achète pas en magasin !! Au contraire ces bouleversements technologiques sont une source de motivation supplémentaire pour être encore plus performant !! Le marché du surf existe grâce à toutes ces images d'exception et il serait très risqué, à ceux qui voudraient presser le citron trop fort, de ne pas le reconnaître !! C'est comme scier la branche sur laquelle on est assis !
Pendant longtemps on a glorifié les photographes US. Leur différence et leur professionnalisme viennent en grande partie de leurs clients et employeurs qui sont de vrais entrepreneurs qui prennent le risque d'investir pour créer la différence.
Je voudrais dire que l'Europe n'a rien à leur envier et que nos photographes pro ne sont pas à la traîne !! Ils ont juste besoin de gens qui entreprennent plutôt que de faire du marketing frugal (tout faire avec rien !!). Ce métier a un coût que l'on ne peut renier sous peine d'en perdre la valeur ajoutée !
Pour ce qui est du matériel, la grande évolution vient du numérique aussi (décidément il change tout celui la !!). C'est une grande liberté de travail, dans la créativité, le traitement et la mise à disposition au client. Il permet aussi une grande liberté en photo aquatique : fini les 36 poses et retour au bord !
Pour ce qui est des angles, rien de nouveau, tout ce qui est fait existe depuis au moins 15 ans ; c'est juste que tout le monde ne le connaissait pas ! Quant à la photo de nuit ??? Prises en aquatique, elles sont rarement prises de nuit... C'est juste un ratio flash/ambiance important. Elles sont même souvent prises alors qu'il fait encore jour !
M-S : À ce jour, quelle est la photo dont tu es le plus fier ?
G. : Je crois que c'est une vague vierge à Pipe avec un superbe contre-jour bleu/rose et la vague émeraude. Ici pas de surfer, pas d'ego : pureté... simplicité.
M-S : En ce moment, tu te trouves où ?
G. : A Hossegor, en train de traiter les images de mon dernier trip en Guadeloupe où les riders ont eu le meilleur swell depuis 10 ans.
M-S : Et quand tu pars en reportage, peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton travail ?
G. : Les reportages sont de deux types : ceux commandés par une marque pour un shooting produits ou action et ceux autoproduits par mes soins.
Pour le premier, la marque doit tout prendre en charge (frais et organisation, rémunération). Pour le second, il faut tout prévoir : hébergement, vols, véhicule, itinéraire, guide local, connaissance des conditions de surf et des spots... Le reportage est prévu avec un accord préalable avec un ou plusieurs magazines et marques afin d'en assurer la rentabilité.
Je dois aussi aider les riders à sortir le budget nécessaire auprès des marques pour leur participation. Les surfers sont choisis en fonction de leurs sponsors, de leur niveau, de leur disponibilité et leur personnalité.
La journée type : lever très tôt pour les premières lumières et exploitation maximale des conditions météo. Après, c'est un rythme de surfer jusqu'au couchant.
M-S : Le métier de photographe attire beaucoup de jeunes, mais peut être qu'ils ne voient que le bon côté. Peux-tu nous faire un état des lieux des côtés négatifs de ce métier de rêve ?
G. : Négatif : matériel coûteux, fragile, cible des voleurs ; marché saturé et très fermé ; photographes pas aimés des surfeurs locaux ; pas très rentable à la vue des frais et des tarifs des magazines ; vie de troubadour passé 30 ans c'est pas un gage de stabilité ! Et surtout, ne pas surfer !
M-S : Mais il y a aussi pleins de bons côtés, alors que sont-ils ?
G. : Positif : la liberté de voyager, de découvrir le monde, ses cultures, les plus belles vagues au monde, le vrai monde du surf, prendre du recul !
M-S : Qu'est-ce que tu dirais à une personne qui voudrait se lancer dans le métier ?
G. : Ce n'est pas un métier, c'est une vocation et puis il faut durer. C'est à la fin que l'on peut dire si c'est un métier. En tout cas, il est sûr que ce n'est pas un « cursus » que l'on peut choisir... Je ne le conseillerais donc pas à celui qui veut une voie toute tracée.
M-S : Si tu as quelque chose à ajouter, un message à faire passer, c'est le moment !
G. : Je crois qu'il ne faut pas oublier nos « bases »! L'homme a souvent tendance à créer ses propres règles en s'éloignant de l'élément dont nous dépendons tous totalement : la nature.
Dans le cas du marché du surf, qui a explosé ces 15 dernières années jusqu'à créer des monstres cotés en bourse où l'on ne connaît même plus le nom du patron, on a créé des besoins inexistants à coup de campagnes marketing afin de mieux faire juter cette niche providentielle. Résultat, il y a en proportion, plus de surfers de « surf shop » que de vocation.
Le marché entame un freinage net parce qu'on s'est trop éloigné des bases qui ont fait le charme initial de ce mode de vie. Je suis plutôt optimiste malgré tout car un peu plus de « confidentialité » ne peut que redonner plus de crédit et d'importance au métier de photographe. La base du surf n'est avant tout qu'un surfer et des vagues... Ça ne changera jamais et le reste n'est qu'accessoire !
Dans le cas de la nature, je crois que je n'ai rien à apprendre à personne. Nous avons tous notre rôle à jouer afin d'en respecter ces fameuses bases, alors tout le monde au boulot !!!
Consulter le site Internet de Gecko !
Propos recueillis par mango-surf.com
Publié le : 01/04/2008















