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Sean Magyar, un shaper californien à  Paris

Sean Magyar
Sean Magyar

Quand un shaper musicien californien débarque à  Paris, c'est une petite révolution dans le milieu du surf français ! Depuis plus de 20 ans, Sean Magyar collabore avec de nombreux shapers US. Début 2009, il lancera sa marque Pearl Noire.

Mango-Surf : Salut Sean ! Les surfeurs français ne te connaissent pas encore.... Peux-tu nous parler de toi en quelques mots ?

Sean Magyar : Pour commencer, mon nom est Sean, j'ai 42 ans et je suis né à  Los Angeles, Californie. Je me suis toujours intéressé à  l'art et la musique. Personnellement, je crois que ces deux milieux ne peuvent pas exister l'un sans l'autre. Mon expérience professionnelle est très variée : designer, graphiste, j'ai aussi travaillé dans la production musicale et la télé réalité. A 16 ans, j'ai décroché mon 1er job avec le groupe post punk « Public Image Ltd », (groupe de Johnny Rotton, chanteur des Sex Pistols). J'étais leur chauffeur personnel. C'est à  cette époque que j'ai commencé à  jouer de la musique. Cinq ans plus tard, après avoir passé beaucoup de temps dans un atelier de shape, j'ai décidé de me mettre à  fabriquer mes propres planches de surf. Et c'est ce que je continue à  faire aujourd'hui professionnellement. Je surfe depuis 30 ans et créer une board, c'est le job le plus gratifiant que je connaisse.

M-S : Tu as commencé très jeune le shape en Californie. Qu'est-ce qui t'a conduit vers cette voie ?

S.M : J'ai commencé à  traîner autour de « Wave Tool Surfboard » chaque jour après ma session de surf quand j'avais 13 ans. Et le hasard a fait que c'est au même 'ge que j'ai commencé à  aller à  des concerts punk rock. Ce qui collait tout à  fait à  l'image et à  l'attitude de « Wave Tool » à  l'époque. La salle punk était juste en face du shop, de l'autre côté de la rue. (En plus, elle partageait son parking avec celui du bar style cowboy, imagine le truc !). Je passais donc pas mal de temps à  l'atelier, je regardais les pros travailler et je ne posais jamais de question, pour ne surtout pas arrêter la production, déranger les shapers. Comme ça, on ne me demandait pas de partir ! Après quelque temps, on m'a dit « d'attraper un balai !! » et c'est comme ça que ça a commencé !

M-S : Tu as collaboré avec de nombreux shapers US. Lequel d'entre eux t'a le plus apporté, le plus influencé ?

S.M : Ma collaboration avec les shapers pros est plutôt variée, mais je pense que celui qui m'a le plus inspiré, c'est Timmy Patterson. J'avais l'habitude de terminer le shape pour lui et j'ai énormément appris. En plus, il déchire en surf. Il y a eu aussi « Blake case » qui m'a beaucoup influencé (repose en paix mon frère), il était une vraie source d'informations et partageait toujours ses connaissances et ses techniques diverses. Il avait appris avec Bill Stewart (Stewart Surfboards) et Gary Mc Nab (Nectar Surfboards et co-designer du tri-fin).

M-S : C'est quoi être un shapeur aujourd'hui selon toi ?

S.M : Après avoir shapé depuis 21 ans maintenant, je pense que le shape et la vente de planches de surf sont aujourd'hui le reflet de la personne qui les fabrique. Il y a beaucoup de choses qui se passent en ce moment, alors l'enjeu, c'est de convaincre les gens et de prouver que tes boards sont les meilleures ou en tout cas mieux que celles du gars d'à  côté. Avec un bon prix, un chouette logo, une bonne déco et un shape intéressant. Quiconque a un bagage en art et création peut réussir avec beaucoup de tentatives et d'erreurs ! Les pains ont été designés et redesignés pour permettre moins de boulot, plus de solidité. Les boards durent plus longtemps, mais vous devez quand même connaître les rockers, les courbes, la densité pour produire à  la perfection !

M-S : Le secteur du shape est actuellement en crise avec l'arrivée massive de matériel chinois depuis plusieurs années. Tu en penses quoi ?

S.M : Est-ce que tu préfères un Big Mac ou un filet mignon ? La question est simple, non ? Sérieusement, je crois que les gens travaillent dur, font beaucoup d'heures pour peu d'argent pour produire ces boards, mais je crois que tout ça, ça enlève l'esprit et le feeling d'une planche faite main. Avant de shaper, j'allais au shop commander une board comme tout le monde, c'était dingue de faire partie de la création, de choisir mes dimensions, mon design, etc. Je ne veux pas que cette relation shaper / surfeur disparaisse, je pense vraiment que c'est un art et on me l'a appris de cette façon, alors je continue comme ça. Et puis le prix, les sensations et l'aspect de ces planches modernes parlent d'aux mêmes. Aux USA, j'en ai même vu dans des supermarchés, c'est pour te dire...

M-S : Et les machines de pré-shape ?

S.M : Je n'ai pas de problème avec ça. J'ai fait beaucoup de découpage avec des machines. En fait, c'est presque la seule façon de produire en grand nombre avec délai serré. Ainsi tu peux être constant et dupliquer à  volonté sans réfléchir. Ca te laisse plus de temps pour peaufiner et parfaire ton design. Quand une board est numérisée avec un ordinateur, tu sors une réplique identique du centre au rail. Les deux côtés sont symétriques. L'outline, le rail, l'épaisseur, tout est découpé de la même façon...

M-S : Dans ce contexte économique particulier, tu débarques en France et décides de monter ton atelier sur Paris. Tu vas en étonner plus d'un...

S.M : Tu te dis, pourquoi la France ? Et bien j'ai rencontré une fille ici, je suis tombé amoureux et je lui ai demandé de m'épouser. Elle a dit oui et on a décidé de commencer notre vie ici, la décision a été facile à  prendre... C'est une artiste incroyable et nous travaillons ensemble sur le projet Pearl noire. En plus l'Europe m'a toujours beaucoup attiré...

M-S : Que vas-tu proposer aux surfeurs français avec Pearl noire ? Comment te positionnes-tu sur le marché français ?

S.M : Ce que je vais proposer aux surfeurs français, homme ou femme, c'est une board faite à  la main par un pro, à  un prix compétitif et un design personnel. Je peux leur faire n'importe quel shape, couleur ou système de dérive. Je fais tout de A à  Z, shape, glaçage, déco, ponçage.... En plus on pourra leur offrir un DVD de la fabrication de leur planche. On construira tout : des longboards 50's et 60's aux fish mini et retro mais aussi des boards 2010, des singles, twin, tri fin et quattro. On veut offrir un choix pour tous, du débutant au pro...

M-S : Ton atelier fait partie d'un collectif d'artistes. Tu es d'ailleurs toi-même musicien...

S.M : L'atelier est situé au sein d'un collectif d'artistes d'horizons variés. Je me sens privilégié de partager cet espace avec eux dans cette organisation. Il y a des musiciens qui sont tellement cool qu'ils nous prêtent une salle de repet' » pour notre groupe « The fugitives » que vous pouvez retrouver sur Myspace (vous n'avez pas besoin d'avoir un compte pour nous voir). Aux US, j'étais batteur pour « Midlife Chrysler » (aussi sur myspace). On a fait beaucoup de concerts autour de L.A, mais j'ai quitté le groupe pour venir ici commencer ma vie et lancer « The Fugitives » avec ma femme... Natasha (batterie, voix) et moi (guitare, voix).

M-S : Si nos lecteurs ont envie de se faire shaper une planche Pearl noire, ça se passe comment ?

S.M : Malheureusement la date d'ouverture du shop est repoussée au 1er janvier 2009. Ça prend du temps de tout préparer et faire ça bien. On fera d'ailleurs une soirée avec musique live et tout ceux qui souhaitent venir sont invités. On vous tient au courant ! Si vous êtes intéressés par une planche, une réparation, un concert, n'hésitez pas à  nous contacter à  l'adresse hsusa66@yahoo.com

Propos recueillis par mango-surf.com - PubliŽé le