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Peter Dixon, un surfeur de légende

Peter Dixon
Peter Dixon - Sarah Dixon

Depuis 1949, Peter Dixon surfe sur les vagues du monde entier. Tour à  tour lifeguard, écrivain, scénariste ou réalisateur, il n'a jamais cessé de vivre au rythme de l'océan. Une belle interview qui date de 2007 mais tellement intemporelle !

Mango-Surf : D'après toi, qu'est-ce qu'un surfeur?

Peter Dixon : Etre un surfeur, c'est beaucoup plus que prendre des vagues. Les « vrais » surfeurs sont avant tout des gens de la mer qui connaissent cet environnement, ses humeurs, ses faveurs. Il faut passer du temps sur une planche de surf, mais aussi nager, bodysurfer, prendre conscience de la houle et du surf et bien sûr respecter la puissance de l'océan.

Etre un surfeur, cela signifie partager les vagues et devenir actif en protégeant les océans des pollutions, causées la plupart du temps par l'homme...

M-S : Et toi, comment te définirais-tu en quelques mots...

P.D : Aujourd'hui, je suis un écrivain et un réalisateur de film documentaire et je ressens un immense sentiment de gratitude envers tout le plaisir (et parfois la peur) que la mer m'a offert. Je reste également un homme de l'eau. Il y a eu pas mal de plongée sous-marine dans ma formation. Etre sauveteur m'a aidé pendant mes années d'université. Des jobs en tant que cascadeur et surfeur dans plusieurs films m'ont permis de débuter une carrière d'écrivain. Je dois beaucoup à  la mer et je doute pouvoir un jour lui rendre ce qu'elle m'a donné.

M-S : Peux-tu nous raconter ta rencontre avec le surf ?

P.D : Californie du Sud, hiver 1949, je ramais avec une vieille planche en séquoia et balsa de 3 mètres de long avec une petite dérive. C'est comme cela que j'ai pris mes premières vagues. Comme on dit, j'étais « stoked » ! L'eau était froide, les vagues petites, mais j'avais l'impression qu'elles faisaient deux mètres ! Quelques uns de mes camarades d'école étaient surfeurs eux-aussi, mais la plupart des riders étaient plus 'gés. C'étaient de grands gaillards qui pouvaient porter ces boards lourdes et ramaient pendant des heures et des heures.

J'ai surfé Malibu durant tout le printemps, puis l'été. Il y avait très peu de gens qui surfaient à  cet endroit à  l'époque. C'était merveilleux de glisser sur ces grosses vagues paresseuses avec personne autour de vous. Quand les vagues étaient belles, il était possible de rider pendant 400-500 mètres sans qu'aucun autre ne vous passe devant. Puis les foules sont arrivées - mais cet intérêt grandissant pour le surf a bel et bien changé ma vie. A dire vrai, je suis l'un des premiers qui, sans le savoir, a su tirer profit du surf en écrivant le premier livre publié aux USA sur ce sport : « Le Guide Complet du Surf » (ndlr : un best seller publié partout dans le monde).

M-S : Tu as débuté très jeune comme lifeguard en Californie. Comment était l'ambiance sur les plages à  cette époque ?

P.D : Je n'étais pas si jeune, j'avais en fait 22 ans quand j'ai débuté comme lifeguard. On parle souvent de sauveteur des plages, mais c'était réellement du sauvetage en mer. La plupart des lifeguards sont des nageurs, surfeurs et plongeurs accomplis qui aiment vraiment l'océan. Les plages étaient bondées et pleines de chahut tout comme maintenant. Mon premier été (sept ont suivi) était bien rempli avec beaucoup d'opérations de sauvetage, à  tel point que je faisais de nombreux cauchemars de gens qui se noient. Je me réveillais au milieu de la nuit en pensant qu'un enfant était pris dans le courant et je sautais hors du lit pour lui venir en aide. Je me réveillais au moment où je m'écrasais contre le mur. Le sauvetage était quelque chose de très héroïque.

J'étais tenté de rester sur la plage et devenir ainsi un lifeguard professionnel. J'ai même soutenu le lancement du syndicat des lifeguards. Mais avec trois enfants à  élever, ce métier n'apportait pas à  ma famille les ressources dont elle avait besoin. J'ai donc accepté un job costume cravate et je suis ainsi devenu un soldat de la guerre froide en aidant le groupe radar de la défense aérienne. J'ai peu à  peu détesté ce travail et j'ai décidé que ma vie devait prendre une autre direction. Mais comment ?

En allant au travail, j'observais mes amis surfeurs et l'inspiration m'est venue : j'écrirais un livre sur le surf. Après cela, tout s'est enchaîné très vite. J'ai envoyé un résumé aux éditeurs new-yorkais. Après un mois, j'ai décroché un contrat pour écrire le livre. Il a été publié alors que le surf était en plein essor. Il s'est donc très bien vendu et j'ai pu quitter mon job. Depuis, je n'ai plus jamais eu de patron. Merci au surf et à  notre mère océan !

M-S : Parles nous un peu de Malibu et de la Californie...

P.D : Les 35 ans pendant lesquels j'ai vécu à  Malibu Beach, je n'ai jamais fermé ma porte à  clef. J'ai élevé mes trois enfants sur le sable. On surfait tous, on plongeait pour attraper les langoustes et les ormeaux, on vivait en liberté. Puis les gens fortunés sont arrivés et ont acheté en bloc les propriétés du bord de mer. Les riches ont amené avec eux une police de sécurité, des éclairages urbains nocturnes, des clôtures, des grilles fermées, l'avidité... J'ai combattu les investisseurs pendant près de 11 ans. Ma vie était menacée. Ma femme Sarah, moi-même ainsi que des amis dévoués, avons remporté une longue bataille pour sauver une superbe plage des grosses constructions prévues sur le sable. La plage où nous vivions a ainsi pu être épargnée du développement et devenir une plage publique. Beaucoup de surfeurs nous ont rejoint dans la lutte pour protéger nos plages et nos côtes. Les vrais surfeurs se sont élevés contre l'avidité.

M-S : Tu as toujours tout fait pour vivre et travailler près de l'océan. Peux-tu nous parler de la thèse que tu as écrite à  UCLA, alors que tu étais étudiant.

P.D : Mon travail en tant que lifeguard nécessitait une formation en plongée sous-marine, mais personne ne donnait de cours à  l'époque. C'était résumé à  une sangle sur une bouteille d'air, on plonge et on survit... ou pas. Ma jeune expérience de la plongée en bouteille m'a conduit à  travailler sur mes premiers films pour des shows TV sur le monde sous-marin. Beaucoup de personnes mourraient (150 personnes en 4 ans en Californie du Sud), tant et si bien que j'ai décidé d'écrire ma thèse sur les morts et les accidents de plongée. Un peu plus tard, cette étude scientifique m'a mené au sein de la société Cousteau où ma femme et moi-même avons créé des programmes éducatifs pour les écoles. Je suis devenu très ami avec Philippe Cousteau jusqu'à  sa mort - qui reste encore une triste et tragique perte pour moi.

Tous ces acquis lies à  mon métier de lifeguard, à  celui de plongeur cascadeur dans les films et un peu plus tard à  celui d'écrivain m'ont encore rapproché de la mer. Cette année, ma femme et moi avons produit un film documentaire sur un plongeur Maori néo-zélandais perdu en mer pendant 4 jours et 3 nuits. Du fait de mon amour pour l'océan, mon expérience sur et sous la mer, ce film est devenu le meilleur travail que j'ai réalisé de toute ma vie. J'espère que les surfeurs et marins français pourront voir ce documentaire sur cet homme tellement courageux.

M-S : Comment es-tu devenu scénariste pour le cinéma et la télévision ?

P.D : Mon travail de cascadeur m'a permis de prendre contact avec le producteur du vieux show TV Flipper. Quand j'ai appris qu'il y aurait une série télé sur un dauphin, j'ai écrit un script juste pour le fun. Quand le programme a été acheté, j'ai livré mon texte. J'étais le premier à  être produit. J'en ai écrit de nombreux autres et cela m'a conduit à  écrire aussi pour la télévision dramatique et les films. Plus tard, j'ai commencé à  produire des documentaires avec ma femme - plus fun, plus d'indépendance, plus de satisfactions.

M-S : Quel regard portes-tu sur l'évolution du surf, des années 50 à  nos jours ? Qu'est-ce qui différencie un surfeur des 50's, des 70's ou des 00's ?

P.D : Les 50's, les pionniers, les premiers explorateurs du surf, le début du big wave riding, les films de surf, Gidget et Endless Summer - tout ce qui a entraîné la croissance, le boom du surf. Pas de drogues, pas de philosophie du surfeur, juste du fun et du surf. Les premiers surfeurs ont abandonné leurs styles de vie conventionnels pour suivre les vagues. Le début du commercialisme.

Les 70's, l'introspection, la culture de la drogue, les vagues bondées, les gros profits liés à  l'image surf. Le choc des classes sociales, les riches ont les surf camps et les surf safaries. Les personnalités deviennent des stars du surf. La compétition éclipse le sport.

Aujourd'hui, le business domine la compétition et le style. Les surfeurs plus 'gés et plein de $$$ prennent les meilleures vagues et dans le même temps, ils aident à  préserver la culture de la glisse sur une vague 100% nature.

Mon regard là -dessus, c'est qu'aujourd'hui les jeunes surfeurs sont telle une meute de jeunes loups des mers. Ils imitent les stars du surf et semblent avoir perdu leurs individualités. Si peu d'entre eux rament au delà  des foules et attendent la vague vraiment belle qui va porter leur gr'ce et leur art de la glisse...

M-S : Tu étais en France il y a quelques semaines pendant le Oxbow World Longboard Championship. Comment s'est déroulé ton séjour ? Que penses-tu de notre pays ?

P.D : En fait, j'étais à  Biarritz pour rencontrer Hugo Verlomme qui publie actuellement en version française mon nouveau roman, un thriller environnemental intitulé -Coulez le lucky dragon'?. Le livre devrait sortir en octobre. A Paris, j'enquêtais pour récupérer les droits filmographiques d'un autre roman que j'ai écris avec Laird Koenig et qui a été adapté au cinéma avec Alain Delon dans « Attention les enfants regardent ».

La France et les français ont toujours été gentils et généreux avec moi. On ne sait pas pourquoi, mais quand mes textes sont traduits en français, ils deviennent meilleurs (c'est ce que l'on m'a dit).

M-S : Es-tu plutôt voyageur ou bien restes-tu attaché à  une ville en particulier ?

P.D : Le voyage nous garde jeunes et actifs ma femme et moi. Nous avons travaillé dans une dizaine de pays. La vie urbaine nous est devenue impossible du fait de la pollution et l'encombrement. Cependant, si j'avais vraiment beaucoup d'argent, j'aurais un appartement à  Paris et un autre à  New York - et une cachette pour m'évader sur un secret spot, qui resterait secret.

M-S : Où vis-tu aujourd'hui ? Quelles sont tes activités ?

P.D : Nous vivons face à  une plage merveilleuse sur la côte Est de l'île du Nord en Nouvelle Zélande, là  où l'eau est froide six mois dans l'année. Je nage sérieusement dans une piscine de 50 mètres à  côté de chez moi, 1000 mètres par jour, 5 jours par semaine.

M-S : As-tu des projets ?

P.D : Des projets ? Ma vie est un enchaînement de projets attendant de prendre forme - des romans, des films, des séries TV, des documentaires - et à  peu près un sur dix va se concrétiser réellement. En ce moment même, j'attends que le téléphone sonne avec des bonnes nouvelles au bout du fil à  propos d'une série TV à  Hawaii. La vie est pleine de rêves, avec quelques arcs en ciel de richesses. Merci à  la France et aux gens de l'Océan de m'aider à  ce que quelques uns de mes rêves deviennent réalité...

Propos recueillis et traduits par mango-surf.com - Remerciements à  Hugo Verlomme - PubliŽé le