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Marion Poizeau, un autre regard sur l'Iran

Marion Poizeau en Iran
Marion Poizeau en Iran - DR

Depuis 2010, Marion Poizeau couvre son passeport de tampons iraniens. Réalisatrice de documentaires, elle sillonne le pays avec ses amies et sa caméra pour offrir au grand public un regard juste et ouvert sur ce pays souvent méconnu.

Mango-surf : Bonjour Marion, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Marion Poizeau : Je m'appelle Marion Poizeau. Je suis réalisatrice et voyageuse. Quand je ne suis pas sur la route, j'habite à Hossegor. Je n'ai pas étudié le cinéma mais les sciences. J'ai toujours aimé filmer et un jour j'ai décidé d'en faire mon métier. J'ai rencontré les bonnes personnes au bon moment qui m'ont permis de diffuser mes premiers documentaires.

M-S : Peux-tu nous parler de ton métier ? Que t'apporte-t-il au quotidien ?

M. P. : Le métier de réalisatrice est un métier compliqué car il faut faire sa place dans une industrie parfois cruelle mais c'est ma passion. J'ai beaucoup d'imagination, parfois un peu trop, alors, c'est une chance de pouvoir mettre quelques unes de mes idées en image. J'aime les films, imaginer que la vie est un long métrage, écrire le scénario, oublier les erreurs, améliorer l'écriture...

M-S : En 2010, tu pars explorer avec Easkey Britton, surfeuse Irlandaise, les côtes Iraniennes. Peux-tu nous expliquer la genèse de ce projet ?

M. P. : L’idée vient d’un ami qui voyage et qui surfe beaucoup. Il savait que le surf n’existait pas en Iran mais que sa pratique était possible dans le Sud-Est du pays. Il m’a mis en contact avec une surfeuse professionnelle irlandaise, Easkey Britton. Nous devions partir tous les trois réaliser un film en Iran. Finalement, cet ami a raté son avion et je me suis retrouvée à Téhéran avec cette surfeuse que je ne connaissais pas. On a décidé de tenter l’aventure toutes les deux et c’est comme ça que le projet est devenu 100 % féminin.

M-S : Comment avez-vous été accueillies dans ce pays ?

M. P. : Malgré quelques appréhensions, nous avons pu surfer sans problème. La pratique du surf a été accueillie avec enthousiasme. Les hommes nous ont même demandé si cette discipline n’était pas réservée qu’aux femmes. J’ai réalisé un petit film qui a eu beaucoup de succès sur Internet.
Nous avons eu beaucoup de retours d’iraniens qui nous ont demandé de revenir. En 2013, nous y sommes retournées avec des planches.

M-S : Le surf en Iran, ça donne quoi ?

M. P. : Le surf en Iran c'est avant tout un partage et une grande aventure humaine. Il y a des petites vagues qui permettent de s'amuser et de profiter de l'incroyable décor sorti tout droit d'un conte des milles et une nuits.

M-S : Est-ce que tu t'es sentie libre en Iran ?

M. P. : Ca peut paraître paradoxal mais malgré le fait que je sois obligée d'être couverte pour surfer, j'ai toujours une sensation de liberté quand je suis là-bas. Les iraniens du village où l'on surfe ont une vie simple et détachée de tous besoins matériels. On oublie à quel point c'est agréable de ne pas être connectés et loin d'une société de consommation. Alors bien sûr, tout n'est pas idyllique mais tout dépend de comment on a envie de voir les choses. Je suis contente d'avoir initié ce projet car à chaque fois que j'y vais, je fais des rencontres magnifiques. Ce sont ces moments là que je retiens.

M-S : Peux-tu nous raconter l'histoire du film INTO THE SEA ?

M. P. : Quand nous avons décidé de repartir en 2013, j'ai voulu faire un film de ce nouveau voyage. Via Facebook, j'ai pris contact avec deux sportives iraniennes, Mona Seraji, snowboardeuse, et Shalha Yasini, nageuse et une des premières femmes plongeuses en Iran. Je voulais fédérer des femmes autour de mon projet. Je ne voulais pas que nous soyons uniquement deux Occidentales à surfer et perçues avec des droits à part. Surfer à plusieurs et avec des Iraniennes allait forcément inciter d’autres femmes à s’y mettre.
J'ai voulu montrer comment grâce au sport, on peut dépasser les appréhensions dans une région, le Baloutchisistan, pourtant réputée traditionnelle et en proie aux trafics d’arme comme d’opium. Le côté ludique et fun de la discipline a opéré et nous avons été particulièrement bien reçues. Des hommes ont tenu à garantir notre sécurité. Je n’ai jamais connu un tel accueil ailleurs dans le monde.
Ça n'a pas été simple d'avoir les autorisations de filmer mais j'ai été soutenue par l'ambassade d'Iran en France. Le plus dur dans toute cette aventure, ça n'a pas été de surfer mais de faire le film. J'ai travaillé avec une équipe de cinéaste iraniens. Ils m'ont beaucoup aidé pendant le tournage à comprendre les codes à respecter pour faire un film en Iran. J'ai fait le montage avec Bahman Kiarostami, une chance de travailler avec un grand réalisateur. C’était important pour moi de réaliser ce film avec des iraniens pour garder une objectivité sur le sujet.

M-S : Comment s'est déroulée cette expérience hors du commun ?

M. P. : Je ne considère pas vraiment ça comme une expérience. C'est ma vie. Je vais régulièrement en Iran depuis la fin du tournage et maintenant, j'ai l'impression d'être à la maison. On échange, on apprend de nos cultures si différentes et on se comprend.

M-S : Depuis ton premier voyage en Iran, comment s'est développé le surf ?

M. P. : Depuis la fin du film, je suis retournée deux fois en Iran. Une fois en septembre 2014. Je suis repartie au Balutchistan avec Easkey, Mona et Shalha et nous avons organisé des nouveaux cours. Des iraniens sont venus des quatre coins du pays pour essayer le surf. C'était super de voir tous ces jeunes motivés pour développer le sport dans leur pays. Notre objectif est de créer une fédération et pourquoi pas d'organiser un événement international dans quelque temps.
Je suis aussi retournée en Iran en Décembre 2014 pour assister au festival International du documentaire de Téhéran où mon film "Into the Sea" a été projeté. Une belle récompense de le voir diffusé en Iran après ces deux années de travail. J'étais nerveuse mais j'ai eu de très bons retours.

M-S : Quels sont tes prochains projets ?

M. P. : Je suis en train d'écrire une série de documentaires pour parler des différentes formes d'humour avec humour. Rien à voir avec le surf mais c'est un sujet plutôt d'actualité, continuons à rire de tout !
Et dans deux semaines je repars en Iran pour un nouveau roadtrip avec ma planche de snow cette fois-ci. Du freeride dans les montagnes avec 4 copines avant de repartir au Balutchistan pour le nouvel an iranien le 21 mars.

Propos recueillis par mango-surf.com - PubliŽé le