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Marcio Zouvi, shaper chez Sharp Eye Surfboards

Marcio Zouvi
Marcio Zouvi - Sharp Eye

De passage en France pour quelques sessions de shape chez UWL, le shaper californien a répondu aux questions de Mango Surf.

Mango-surf : Salut Marcio ! Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Marcio Zouvi : Bonjour, je m'appelle Marcio Zouvi. Je suis d'origine brésilienne, mais je vis maintenant à  San Diego en Californie. Je suis shaper depuis 21 ans. J'ai commencé ce travail au Brésil et je me suis perfectionné avec les shapers californiens.

M-S : A quel moment as-tu décidé que shaper serait ta profession ? Et pourquoi ?

M.Z : Suite à  mes études en Californie, j'avais envie de voir du pays et j'avais besoin d'argent. J'ai donc demandé à  plusieurs ateliers si ce qui était pour moi une passion pouvait me rapporter pour partir. Dès les premiers contacts, on m'a dit ok et j'ai commencé chez Gordon & Smith puis j'ai voyagé en France, au Portugal, en Espagne, au Japon, en Australie, en Indo, à  Hawaii... J'avais une vision particulière de mon travail qui plaisait aux surfeurs.

M-S : Comment as-tu appris le métier ? Y a-t-il des shapers qui ont influencé tes choix ?

M.Z : J'ai rencontré un grand nombre de shapers lors de mes voyages et ces échanges m'ont beaucoup appris. Mais c'est aussi le travail avec mon team qui m'a permis d'avancer. Pour ce qui est de mes mentors, je dirais Al Merrick et Webber...

M-S : Quels conseils donnerais-tu à  un jeune qui veut en faire son métier ?

M.Z : Pour commencer, essayer de travailler dans un atelier, tous les jobs y sont bons...
Le plus important, c'est de connaître toutes les étapes de la fabrication car plus tard, quand il faudra se mettre au shape, c'est avec toute cette expérience qu'il pourra guider au mieux le surfeur et les gars de l'atelier pour faire une bonne planche.

M-S : Tu es le fondateur de Sharp Eye Surfboards. Comment a évolué la marque depuis sa création en 1992 ?

M.Z : Depuis sa création, je me suis axé sur la qualité, le suivi et l'écoute des clients, ainsi que sur la précision dans mon travail... ce qui a finalement était payant. Je suis passé d'un petit atelier à  San Diego à  une équipe de 8 personnes et des locaux agrandis, car je suis devenu aussi distributeur de pains de mousse pour la Californie depuis la fermeture de Clark Foam. Maintenant, nous produisons entre 10 et 15 planches par jour, on trouve mes planches dans tous les USA mais aussi en Amérique du Sud, dans les Caraïbes, au Japon et en Europe.

M-S : Raconte nous le processus de fabrication d'une planche chez Sharp Eye.

M.Z : Nous maîtrisons toutes les étapes de fabrication de la planche dans notre atelier, ce qui n'est pas toujours le cas en Californie. Le client vient chez un de mes surf shops distributeurs, il consulte notre catalogue de modèles et ensuite remplit une fiche d'information qui me sera transmise. Je design ensuite la planche en tenant compte de toutes les spécificités avec notre logiciel SURFCAD. Chaque planche de surf est faite avec un numéro d'identification qui est stocké numériquement. Ce numéro d'identification offre au client l'avantage unique de commander l'exacte réplique ou d'y ajouter quelques changements, s'il le désire. Ce système offre beaucoup d'avantages et d'énormes possibilités dans la conception de planches de surf.

M-S : Tu utilises une machine à  commande numérique assistée par ordinateur. Comment décrirais-tu cette évolution du shape ? Ses avantages, ses inconvénients ?

M.Z : Quand le rabot électrique avait remplacé le "SURFOM", toute l'industrie du shape pensait que c'était fou ! Que le "soul" était perdu ! Puis arrivèrent les machines à  profiler les rockers et maintenant les machines CNC... La machine CNC n'est qu'un outil, comme le rabot électrique. Si la personne qui design derrière n'y connaît rien, ce n'est pas la machine qui l'aidera. Pour moi, la CNC m'aide seulement à  avoir plus de détails dans mes designs et me permet d'être plus constant aussi.

M-S : Les sauvegardes numériques permettent-elles réellement de recréer une planche à  l'identique ? Sous quelles conditions ?

M.Z : Je sauvegarde les fichiers de chaque planche. Je peux recouper chaque planche une autre fois s'il le faut. Il me reste 20% du shape à  finir, alors il existe toujours une partie de modification, mais il est quand même beaucoup plus facile de "refaire" une planche.

M-S : Tes planches sont vendues dans le monde entier. Avec quels pays travailles-tu le plus ?

M.Z : Comme je le disais un peu partout dans le monde, mais j'aime beaucoup travailler avec la France.

M-S : Quelles sont les différences dans la manière de shaper entre les différents pays ?

M.Z : La base reste la même, les designs sont proches, mais j'y apporte quelques ajustements dans les dimensions.

M-S : Pour quels surfeurs pro shapes-tu des boards ? Comment se passent ces collaborations ?

M.Z : Beaucoup de surfeurs du top WQS. Quelquefois aussi des surfeurs du WCT mais les contrats les obligent à  mettre des stickers sur leurs planches ! Je travaille avec beaucoup de français (Patrick Beven depuis longtemps) mais aussi avec Hira Teriinatoofa. Egalement avec de nombreux américains tels que Nick Kovack, Brandon Tipton, Ryan Kimmel, Mike Klein, Keoni Cuccia, Renalto Galvo et beaucoup d'autres .

M-S : Tu es en France pour quelques semaines. Depuis quand travailles-tu avec UWL ?

M.Z : Cela va faire deux ans que nous travaillons ensemble mais un peu plus longtemps que je les connais. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois en Californie et en Floride. Ils m'ont ensuite invité et j'ai tout de suite vu leur professionnalisme. Je savais que je pouvais leur faire confiance pour s'occuper de ma marque.

M-S : Que penses-tu de la production française de surfboards ?

M.Z : Je pense qu'elle est bonne. Mon expérience avec UWL est très positive. Leur qualité, leurs équipements et leur staff sont au top.

M-S : En tant que surfeur shaper, tu fais régulièrement le tour du monde. Quel est l'endroit que tu préfères sur la planète et pour quelles raisons ? Ta vague préférée ?

M.Z : Pour un surf trip, je choisis les Mentawaii en Indo et pour le travail : LA FRANCE !

M-S : As-tu un dernier message à  faire passer ?

M.Z : Il y a eu beaucoup de changements dans ce sport dernièrement. Le surf est BOUILLANT ! Tout le monde veut ressembler à  un surfeur et beaucoup pensent l'être. Mais nous avons besoin de regarder un peu en arrière, quand tout à  commencé. UNE PERSONNE, UNE PLANCHE. On a besoin de rien d'autre (vêtements, montres, chaussures...). C'est pour ça qu'il est primordial de respecter les fabricants de planches de surf. Quand ils disparaissent c'est aussi un peu du surf qui disparaît... SUPPORT YOUR LOCAL SHAPER, LIVE CLEAN AND GO SURF !

Propos recueillis par mango-surf.com - PubliŽé le