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Léa Brassy, de trip en trip...

Léa Brassy
Léa Brassy - Cedric Molina

Surfeuse de talent et voyageuse au long cours, Léa sillonne la planète bleue, loin du monde de la compétition. Naturelle et libre, Léa nous raconte son carnet de route, de vie...

Mango-Surf : Salut Léa ! Peux-tu te présenter à  nos lecteurs...

Léa Brassy : Salut à  vous. J'ai 21 ans, je suis née à  Honfleur précisément, c'est dans le Calvados. D'origine 100% normande ! J'ai un bac S et je suis actuellement en 3ème année d'école d'infirmière à  Bayonne.

M-S : Tu es née et a vécu une bonne partie de ton enfance en Normandie. Comment une petite fille du nord de la France a t-elle découvert le surf ?

L.B : Le surf m'est venu de mon grand frère qui allait faire du bodyboard à  la Hague (vers Cherbourg) avec ses copains. Il me faisait partager beaucoup de choses et c'est tout naturellement qu'il m'a amené avec lui le week-end. J'avais 12 ans. J'étais alors en sport et études natation à  Caen, j'étais donc très à  mon aise dans l'eau. Le froid m'a dérouté au début mais mes parents nous ont amenés en vacances à  Carcans l'été suivant, et là , j'ai accroché.

M-S : Un peu plus tard, encore ado, tu décides de quitter la Normandie direction la Bretagne... Le surf était-il un leitmotiv ou était-ce plutôt une façon de t'évader et devenir indépendante ?

L.B : En fait, pour être honnête, je venais de perdre mon père et j'avais besoin de m'évader, de mordre la vie à  pleines dents. Ca a été le surf mais ça aurait pu être toute autre chose. J'avais caressé le rêve de partir sur le bateau école "Fleur de Lampaul" mais ça n'avait pas marché. Et puis j'ai rencontré un surfeur breton, Christophe Leroux, qui m'a parlé de ce collège où il y avait une section surf. De là , j'ai remué ciel et terre pour partir là -bas. Et je suis partie, à  14 ans. C'était difficile de quitter ma famille, mais c'est mon chemin. Et puis la Bretagne est une terre tellement riche et j'ai été si bien accueillie que je me suis vite sentie bien là -bas. J'y ai désormais une partie de mes racines.

M-S : Vers l''ge de 16-17 ans, tu poses tes valises à  Biarritz. Fini les études de sport, mais à  toi les sessions matin et soir ! Dans quel état d'esprit étais-tu à  l'époque ?

L.B : Biarritz, c'était la liberté ! Une chambre en collocation à  côté du collège et de la Grande Plage, un vélo vert et tout un univers à  découvrir. C'est un endroit formidable, il y a tout ce dont une adolescente a besoin. Alors mon état d'esprit, c'était de vivre simplement, un jour après l'autre, de profiter des vagues, des copains et des sorties. J'en garde un très bon souvenir.

M-S : Et la Guadeloupe, raconte nous ! C'était comment ?

L.B : Le rêve d'une ado: les îles, le soleil, les sessions en maillots, qui n'y songe pas durant les mois froids d'hiver ? Et puis de grandes ambitions, je m'étais inscrite dans un BTS d'agriculture tropicale pour travailler dans une coopérative du commerce équitable. Arrivée là -bas, j'ai vite compris que ça ne serait pas aussi simple. Alors j'ai pris ce qu'il y avait à  prendre : j'ai beaucoup surfé, je me suis régalée, j'ai progressé, fais quelques compètes. Et je me suis baladé partout sur les petites îles, dans les rivières, à  Basse-Terre. J'ai délaissé le BTS et je me suis installée devant le spot du Moule, dans un garage aménagé en studio ! Pendant un an, j'ai bien profité et j'ai beaucoup grandi, la Guadeloupe m'a confronté à  des épreuves qui m'ont fait comprendre que je devenais une adulte (j'avais 18 ans).

M-S : C'est d'ailleurs là  bas que tu as commencé à  te faire repérer par les marques...

L.B : En fait, c'est à  Biarritz que François de Pacific Motion m'avait repéré. Et puis en Guadeloupe, j'ai beaucoup progressé, j'ai rencontré Ugo Benghozi avec qui je suis partie au Costa Rica pour faire des photos pour Pacific Motion. C'est de là  - car les photos (de Damien Poullenot) ont beaucoup plu - que j'ai fait des parutions dans les magazines et que je me suis faite connaître. La rencontre avec Billabong s'est faite plus tard.

M-S : Tu es aujourd'hui une free surfeuse connue et reconnue. Mais tu as aussi fait quelques contests. Peux-tu nous en parler un peu...

L.B : Pour faire l'éloge des compétitions, ce n'est pas à  moi qu'il faut demander ! Je surfe pour moi, comme je respire et comme je mange, pour mon équilibre. En effet j'ai toujours trouvé que l'ambiance g'che l'esprit du surf tel que je le conçois. Je respecte ceux qui y voit l'épanouissement de ce sport, mais moi, je vois en la compétition un détournement des bienfaits originels du surf : la sérénité, l'accord avec la nature, la convivialité, la fraternité et surtout l'humilité. C'est pour cela que je suis free surfeuse.

M-S : La découverte de nouveaux spots et de cultures différentes à  travers le monde, c'est plutôt ça ta vraie passion, non ?

L.B : Effectivement, ce que j'aime par dessus tout, c'est l'émerveillement face à  tout un monde nouveau où je ne peux que me laisser voguer par le rythme du pays, des rencontres. C'est bête, mais là  je me sens vivre, comme si mon coeur battait deux fois plus fort dans ma poitrine, la sensation d'être amoureuse... de la vie ! Alors avec celui que j'aime, ces voyages, c'est comme respirer, toucher, mordre la vie à  chaque instant !

M-S : Panama, Portugal, Afrique du Sud, Barbades, Hawaii... De tous les pays que tu as sillonné, quels sont ceux que tu préfères et pour quelles raisons ?

L.B : Le Maroc, car ce voyage était tout à  fait à  l'opposé de ce que j'imaginais. Je n'aurais jamais cru être aussi chaleureusement accueillie. L'Afrique du Sud est peut être mon préféré. Jeffrey's Bay, la Transkei, j'ai adoré les vagues et nous avons fait des rencontres formidables.

Pour moi, chaque voyage a marqué une étape de mon parcours. Chacun est rattaché au contexte, aux personnes avec qui je suis partie où à  celles que j'ai rencontrées.

M-S : L'hiver dernier, tu étais à  Oahu sur le North Shore hawaiien. Comment était l'ambiance dans la maison Billabong ? Et à  l'eau ?

L.B : La maison Billabong, c'était un petit coin de paradis, avec piscine, jacuzzi, vue sur la mer.... tout pour faire passer une semaine de rêve aux surfeuses australiennes, américaines et européennes. L'ambiance était très chaleureuse, il n'y avait pas de barrières entre les filles. On a beaucoup ri, parlé de nos pays respectifs, de surf, échangé nos expériences, nos projets. C'était très enrichissant.

A l'eau, à  Hawaï, l'ambiance peut être très détendue tôt le matin à  Velzyland quand il n'y a que des locaux, et parfois très tendue, lorsqu'il fait beau, que les vagues sont bonnes à  Rocky point. Dans l'ensemble, je m'attendais à  pire et je me suis bien amusée. En fait, dès qu'il y a des nuages et qu'on ne peut pas faire de photos, il y a nettement moins de monde à  l'eau.

M-S : Le North Shore était-il tel que tu l'imaginais ? Prête à  y retourner ?

L.B : J'imaginais le North Shore plus étendu, en réalité, les spots sont tous très proches et on peut faire le tour en vélo. C'est très agréable. Au niveau du surf, je pensais que les vagues seraient moins accessibles pour moi. Elles sont très puissantes et massives, mais quand ça n'est pas trop gros, tout le monde peut s'amuser. Et bien sûr, je suis prête à  y retourner, peut être un peu plus longuement pour surfer plus de spot.

M-S : Retour en France. C'est quoi une journée type de Léa Brassy à  Biarritz ?

L.B : Mes journées ne sont pas toujours des journées de rêves. Mes études me prennent tout mon temps alors je surfe quand je peux, pas toujours quand la marée est bonne. Mais j'arrive à  jongler et je profite tout de même. Et puis, ça me fait tellement de bien de me mettre à  l'eau !

M-S : Le mois de juin a été chargé pour toi : examens, sessions... et Billabong Girls Days. Alors, c'était comment ?

L.B : J'ai trouvé le concept malin, complet et hors du commun. Les filles qui ont participé ont eu des conditions de surf optimales : petites vagues off shore et grand soleil. Tout le monde, organisateurs et participants, a pris beaucoup de plaisir. Et c'est le plus important, le plaisir ! J'ai particulièrement apprécié les activités complémentaires (yoga, hip hop) et surtout l'atelier "love your world", les filles m'ont impressionnée par leur créativité. Pour ma part, j'ai eu de supers échanges avec les filles. J'ai été touchée de susciter tant de questions, et heureuse de pouvoir leur faire partager ma conception du surf.

M-S : Maintenant que l'été est là , as-tu des projets de trip en vue ?

L.B : Je pars à  Sumatra, en Indonésie pendant le mois d'août. Je pars avec mon amoureux dans la région de Krui.

M-S : Et à  plus long terme, tu t'imagines où et comment ?

L.B : J'ai deux rêves que je veux réaliser. Le premier, c'est de partir avec mon chéri faire le tour de l'Amérique de Sud sur plusieurs mois, voire un an. Et le second, c'est de consigner tous mes carnets de voyages et mes photos dans un livre. Pour cela, j'ai d'autres destinations qui me tiennent à  coeur : la Nouvelle Zélande, le Sri Lanka, l'Australie...

Propos recueillis par mango-surf.com - PubliŽé le