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Jean Pierre Banville, un écrivain qui déraille et dérive !

Jean-Pierre Banville
Jean-Pierre Banville - DR

Serez-vous assez fou pour faire la connaissance de Jean Pierre Banville, l’auteur 100% caribou du livre “Des Rails et Dérives” !? Découvrez celui qui vient de recevoir le Mango Award du meilleur livre surf de l’année 2012

Mango-surf.com : Salut ! On te connait dans le monde de l'escalade... Un peu moins dans celui du surf. Est-ce que tu peux te présenter à nos lecteurs ?

Jean Pierre Banville : Effectivement , j’ai acquis une certaine notoriété dans le domaine de l’escalade en France . Si tu vis assez longtemps, tous tes détracteurs passent l’arme à gauche et il ne reste personne pour contredire ta propre légende! En fait j’écris sur la montagne et l’escalade depuis près de quinze ans et uniquement pour l’Hexagone. Je suis fortement francophile ce qui explique mon choix . J’ai une servitude - oups , un travail – mais je me réalise à travers mes passions : le ski alpin , l’escalade sous toutes ses formes et le surf depuis quelques années maintenant. En fait, je ne pense qu’à ça … bon d’accord … je peux penser à d’autre chose … le sexe quelquefois , les biscuits sablés, le vin … avec mon look, beaucoup plus facile de trouver les deux derniers que le premier . Le qualificatif dont on m’affuble souvent , c’est celui de déjanté : est-ce que c’est de ma faute, à moi, si toutes ces idées se bousculent dans ma tête? J’écris dans tous les styles mais, pour la fiction, je préfère l’humour parce que franchement, pour la majorité d’entre nous, la vie n’est pas si drôle que ça. Si je peux faire sourire en maniant l’ironie et une pointe de sarcasme, j’offre à mes lecteurs des moments qui les délivrent du quotidien. Outre cela, je suis un maniaque d’Histoire et de Philosophie; je déteste la stupidité bien que son étude ait un certain attrait; mon ego se situe tout près du zéro absolu; l’amitié à l’antique me fascine; j’ai la jalousie en horreur et le mensonge me fait frémir. J’ai aussi la réputation d’être la personne avec qui il faut être en cas de coup dur parce que je sais toujours comment m’en sortir. Quoi d’autre??? Veuf, un fils qui débute l’adolescence, un bungalow, des milliers de livres, des kilomètres de cordes et quelques planches!

Mango-surf.com : Le Canada est une destination réputée pour être plutôt fraîche... pour le surf ! Peux-tu nous raconter à quoi ressemble la vie d'un surfeur au Canada ?

Jean Pierre Banville : Mais c’est grand le Canada! Le Québec, où je vis, c’est cinq fois la France. On a le Pacifique, l’Atlantique et l’Arctique … bon, on oublie l’Arctique parce que c’est comme l’eau de votre bain mais en plus froid. Pour le reste, par contre, il y a des spots extraordinaires qui méritent le détour. En Colombie Britannique, il y a le village de Tofino qui vit du tourisme surf et qui a vu arriver des compétitions majeures. Toute la Côte Ouest, les îles, tout cela demande à être exploré. Quant à la Côte Est, la Nouvelle Ecosse et Terre Neuve, c’est tout simplement incroyable : personne, personne, et des vagues à vous faire sortir les yeux de la tête. Je crois que Terre Neuve n’a pas 50 surfeurs à demeure… et regardez la longueur des côtes. La Nouvelle Écosse, c’est le pays des pointbreaks mais il y a de très jolies plages. D’accord, d’accord… vous allez me mentionner le froid et l’hiver… et bien on surfe en hiver avec un 6/4 et, passé la première minute, on s’en trouve très bien. Les sessions sont plus courtes et elles vous font apprécier le café chaud et les croissants mais je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ait essayé et qui n’y soit pas revenu. L’été, au Canada, les surfeurs vont enfiler un 3/2 pour passer plus de temps à l’eau mais on peut facilement porter un shorty. L’avantage c’est que vous n’avez pas, ici, à vous préoccuper des requins! Il y a des phoques et des orques et des dauphins mais pas de prédateurs. Le Québec? La majorité des surfeurs vont dans le Maine, aux USA, en été. Il y a une vague statique à Montréal et il y a quelques spots sur le fleuve St Laurent qui, par vent de 25 nœuds, voient arriver des vagues mais la qualité de l’eau… Ah oui : les Grands Lacs!!! Vous savez qu’on surfe sur tous les Grands Lacs et que les vagues peuvent être démentes? Par contre il faut rouler : ce sont des vagues de vent et il faut aller où le vent pousse. Toute une expérience!

image2Mango-surf.com : Tu es l'auteur d'un livre complètement dingo « Des Rails et Dérives ». Quelle mouche t'a piqué lors de la rédaction de ce livre ?

Jean Pierre Banville : En fait, DRED (Des Rails et Dérives) , est la suite d’un livre tout aussi déjanté : ‘’La Conquête des Plateaux’’. Mêmes personnages mais l’action de ce dernier se déroulait à Cavaillon, la Capitale du Melon – comment aurais-je pu passer à côté de ça? Alors que LCDP se passe dans le milieu de l’escalade, les péripéties font que mes héros doivent se délocaliser et pour cause : ils ont fait évacuer la ville suite à un déversement toxique! Dollard Falot, le propriétaire de la boutique de Cavaillon, avait acheté un surf shop à St Michel Chef Chef et il s’y est réfugié… en fait mon délire touche toutes les parties du monde et ce village avait un nom inspirant. Et comme je voulais peindre certains travers du monde du surf tout autant que je brosse les hauts et les bas du monde de l’escalade, ce fut un plaisir d’écrire ce livre. J’écris ces histoires d’un seul jet et le monde de Falot, c’est un univers magique où tout est possible. Quelquefois je ris devant mon clavier et mon fils vient de donner des aspirines et un verre d’eau. Et non, pour ceux qui se questionnent, je ne suis pas un maniaque sexuel! Et toutes les arnaques de la ‘’gang à Falot’’ me viennent à l’esprit après deux verres de vin et quelques biscuits sablés. ‘’Des Rails et Dérives’’, c’est une saison estivale dans une petite station de bord de mer qui voit son quotidien chamboulé et ses certitudes ébranlées sous les coups de boutoir d’un vent de folie.

Mango-surf.com : Tu viens de recevoir le prix international du meilleur livre de surf de l'année 2012 décerné par mango-surf.com ? Heureux ?!

Jean Pierre Banville : Je viens de m’ouvrir une bouteille de champagne mais je n’ai personne avec qui la partager! Entre chaque paragraphe du présent texte, j’effectue une petite danse et j’espère que mes voisins sont en face de leur téléviseur parce qu’il n’y a pas de rideaux et que je suis chichement vêtu… de toute façon, en hiver, au Québec, qui regarde par la fenêtre? Allez hop, un autre petit déhanchement la coupe à la main!

Mango-surf.com : Peux-tu nous en dire un peu plus sur Dollard Falot, Préfixe et Saint-Michel chef-chef ?

Jean Pierre Banville : St Michel Chef Chef, c’était l’endroit rêvé… j’ai toujours été époustouflé par la variété des noms d’agglomérations en France. Il pourrait s’y passer n’importe quoi et personne ne s’en surprendrait. Ce n’est pas une destination touristique pour le surf mais St Michel offre la proximité et l’anonymat; des menhirs, des ports voisins, des étangs, des biscuits… tout pour s’amuser! Falot, c’est un peu moi en plus petit : il est insubmersible et une idée n’attend pas l’autre. Tout est bon pour arnaquer ses clients mais il reste strictement honnête : il n’arnaque que les idiots! Et il ne manque pas de clientèle… Préfixe?? J’en ai vu des shapers et ce monsieur Préfixe est LE shaper, celui qui ne vit que pour son art! Car c’est un art, faire une planche et la décorer. Il aime ses rascasses mais encore plus présenter ses nouvelles créations : l’argent n’a pas d’importance. C’est un homme bien… Et il y a tous les autres… et certains sont des personnages on ne peut plus vivants! Des amis qui jouent, sous leurs vrais noms, leurs propres travers. Ah, j’oubliais… il y a les noms de tous les personnages secondaires qui sont hilarants.

Mango-surf.com : En le lisant, je me suis demandé si c'était autobiographique ? Est-ce que l'on retrouve chez toi des traits de caractère de Dollard ?

Jean Pierre Banville : Est-ce autobiographique? Faut que je fasse attention, là!! ‘’La Conquête des Plateaux’’… il y a beaucoup de situations qui sont véridiques et à peine maquillées ce qui en dit long sur le monde de la Montagne. Certains personnages sont réels… Pour DRED , c’est trop fantastique pour que ce soit vrai bien que je ris de situations réelles portées à l’extrême. Vous pouvez y reconnaitre un semblant de Laird, une touche de Gérard Decoster, une parodie du philosophe Frédéric Schifter, une critique des sites de forecast, la machine à vagues… Mais comme je l’ai dit plus haut, Falot me ressemble beaucoup avec, en prime, le penchant de son neveu Isidore Squamule pour la gente féminine. Je suis un hédoniste dans le fond mais j’aimerais bien être Préfixe dans les faits…

Mango-surf.com : Quel regard portes-tu sur l'industrie du surf ?

Jean Pierre Banville : La surprise dans le surf, l’activité, c’est qu’elle ait une culture, une vraie culture, qui se décline sur tous les plans : littérature, peinture, cinéma et vidéo, musique et tout le reste. Cela basé sur le respect de l’histoire et des racines du sport, de la tradition. Le surf pourrait devenir une religion ou tout au moins une philosophie de vie; pour certain ça l’est déjà. Le surf rassemble d’emblée, il réjouit le cœur et amène un supplément d’âme. C’est le rêve, la part de rêve qui fait qu’on demeure vivant sans tomber dans la morbidité routinière de l’existence.

La majorité des activités ne peuvent en dire autant. Regardez autour de vous… regardez les sports dits ‘’Olympiques’’ . Je viens du milieu de la montagne, une activité qui possède une histoire, une tradition et des valeurs. Et pourtant, tout s’effrite! Pourquoi? Parce qu’on veut en faire une activité de masse sans inculquer aux masses les valeurs de la Montagne.

Le danger pour le surf, c’est le consumérisme… trop de sandales, trop de boardshorts, trop de montres et de chandails à capuchons. Je ne peux être contre l’économie de marché mais je sens un glissement qui laisse de côté les valeurs traditionnelles, la culture… Sans doute que je suis un vieux débris! J’ai quatre planches dans le sous-sol et je parle de consumérisme… au moins elles sont faites à la main… je me hais… l’industrie du surf navigue actuellement sur des eaux minées par la récession mondiale et a l’intention de mondialiser l’activité pour vendre ses produits fabriqués au coût le plus bas. On veut créer une mode or les modes ne font qu’un temps : on court donc vers un mur . Ce qui laisse à Falot pas mal de de dérapages en puissance dans le futur !


Mango-surf.com : Si tu veux ajouter quelque chose..., c'est le moment ou jamais !

Jean Pierre Banville : Mais où Falot doit-il sévir dans le prochain livre? Doit-il prendre des vacances aux USA? Aller en Normandie? Dans les Landes? Non…. Pas de falaises dans les Landes… je cherche encore !
Un souhait : voir un jour les aventures de Dollard Falot en bandes dessinées.
Encore mieux : les livres de Falot, leur format, se prêteraient fantastiquement bien à une version cinématographique. Le France entière a ri de Brice de Nice et Des Visiteurs… Falot est singulièrement plus drôle et tout aussi photogénique. Qui pourraient interpréter les principaux personnages?? Vous avez des idées, vous??

Des Rails et Dérives est disponible sur Amazon,fr ou à travers le site de mon éditeur , Ibex-Books , pour une somme minime sinon ridicule.
Romain Thierry - PubliŽé le