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Gibus de Soultrait, 25 ans de Surf Session

Gibus de Soultrait
Gibus de Soultrait - Surf Session

A l'occasion du 25ème anniversaire de Surf Session, mango-surf.com a demandé à  Gibus de Soultrait de revenir sur la genèse du projet et les moments forts de ce quart de siècle. Confidences du directeur de la rédaction du célèbre magazine de surf f

Mango-Surf : Surf Session est né en mars 1986 à  Biarritz. Pouvez-vous nous raconter comment est venue l'idée de créer un magazine surf à  l'époque ? Qui sont les personnes à  l'origine du projet ?

Gibus de Soultrait : L'idée est venue de Pierre-Bernard Gascogne, co-fondateur avec moi. On était tous les deux amis surfeurs. Il importait alors Surfer magazine pour les surfshops, j'étais pigiste dans la presse et à  force d'en parler, on s'est lancé dans un magazine français de surf pour les surfeurs français, le premier diffusé en kiosque.

M-S : Les mags américains comme Surfer Mag ont-ils été une inspiration ou souhaitiez-vous vous démarquer, avoir votre propre identité ?

G.S : Oui ils ont été une inspiration parce que Surfer a bercé mon enfance et adolescence. C'est en lisant Surfer que j'ai voyagé. A 16 ans j'avais envoyé des photos de Lafiténia à  Surfer, sans succès. Du coup à  28 ans, en lançant Surf Session, je réalisais un peu un rêve d'adolescent, avec les détours dont la vie a le secret. Pierre-Bernard était ami avec le rédacteur en chef de Surfer à  l'époque et pour les photos cela nous a aidés, même si Sylvain Cazenave photographiait déjà  et donc participait au premier numéro. Mais les débuts de Surf Session ont été entre le magazine et fanzine, mais avec de belles photos couleurs.

M-S : En 1986, à  combien d'exemplaires les premiers numéros ont-ils été tirés ? Et aujourd'hui ?

G.S : En 1986, c'était un petit tirage avec une diffusion kiosque assez localisée entre le sud ouest et quelques villes. Aujourd'hui mensuellement, entre la Métropole, l'outre-mer et l'étranger francophone et un taux de circulation élevé, on touche plus de 140 000 personnes, sources TNS/Sofres. Surf Session est un magazine qui passe de main en main, qu'on ne jette pas et c'est le taux de lecture qui compte.

M-S : Y a-t-il eu un boom de la presse surf durant ces 25 ans ? Je pense notamment aux années 90...

G.S : Les grandes années de la presse ont été les années 80 jusqu'au milieu des années 90. Puis il y a une première bulle Internet à  la fin des années 90, qui a fait croire que la presse allait disparaître. Mais elle a tenu et Internet a plongé. Puis dans les années 2000, Internet est revenu comme media fort, plus structuré, plus innovant, mais basé sur la gratuité, ce qui ne simplifie pas la chose car tout contenu éditorial a un coût. Comme les magazines et la presse en général, Surf Session s'adapte et aujourd'hui notre site surfsession.com et le magazine commutent quotidiennement dans une dynamique médiatique complémentaire. Ça change du premier numéro, c'est un peu plus compliqué, mais c'est un travail d'équipe stimulant.

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M-S : Je me rappelle également que vous avez à  plusieurs reprises reçu le prix du meilleur magazine surf au monde. Quelles ont été vos impressions ?

G.S : En 1993 et 1998, c'était un prix décerné alors par l'ASP honorant les magazines traitant le mieux du championnat du monde. C'était aussi une façon d'honorer les trois épreuves mondiales qu'il y avait en Aquitaine, Lacanau, Hossegor, Biarritz. Mais c'était une belle récompense de notre boulot, on se bougeait malgré nos moyens, avec des événements ou des champions en couverture bien avant les autres mags dans le monde, par exemple. Le surf est un monde anglo-saxon et en tant que français, monter sur le podium chercher ce trophée devant tout le gratin du surf, c'était une petite fierté de Frenchie. Depuis, ce sont surtout les surfeurs français qui se font valoir, c'est mieux.


M-S : Comment faites-vous pour être toujours là  après 25 ans d'existence ? La recette magique c'est quoi ?

G.S : Deux passions, celle du surf avec un oeil quotidien sur l'océan et celle de la presse, qui, pour Surf Session, est une presse qui informe et fait rêver, en s'adressant souvent à  des passionnés aussi. En 25 ans, les équipes ont alterné. Comme on n'est pas nombreux, c'est un travail assez tendu de sortir le magazine tous les mois, plus le reste. Et bien sûr, il y a les photographes sans qui le surf n'existerait pas, tant ce sont eux les vrais témoins de ce qui se passe dans les vagues. Ils ont la liberté de leur métier, mais ils font beaucoup de sacrifice par ailleurs pour être disponibles quand il y a des vagues. Chaque génération amène de nouveaux photographes mais les anciens ont toujours la bonne vague, la bonne manoeuvre dans le viseur. Au final , on ne manque pas de photos. Le plus difficile, c'est la dimension journalistique avec l'exigence que cela induit. Mais on a de bons relais, on va sur le terrain et l'expérience joue aussi.

M-S : En 25 ans de carrière dans la presse surf et une quarantaine d'années de pratique, vous avez vu évoluer le monde du surf français et international. Qu'est-ce qui vous a le plus marqué dans toutes ces décennies ?

G.S : J'avais 11 ans quand je voyais, admiratif, Nat Young, Wayne Lynch... surfant à  la Barre en 1968. Un peu moins de 20 ans après, je les interviewais pour Surf Session. Ce fut assez émouvant et excitant. Idem quand j'ai interviewé Gerry Lopez à  Hawaii, des gens avec qui l'échange a continué du coup. Le fait aussi d'avoir été proche de Tom Curren, surfeur introverti mais tellement charismatique dans son surf, interviewé dans le n°3, et avec qui on a lancé Surfrider Foundation Europe. Çgalement gr'ce à  Sylvain Cazenave, Surf Session a suivi de très près l'aventure du tow-in et Laird Hamilton, un sacré énergumène, très perspicace et avec de l'humour. Du reste, parmi les nombreux événements surf dont j'ai été témoin, la seconde session historique des français à  Belharra en mars 2003 fut quelque chose de vraiment extraordinaire. Je les avais rejoints à  la rame pour voir ça de près et je suis tombé sur des vagues himalayennes mais en plus, ce jour-là , d'une beauté inouïe, c'était glassy, ensoleillé. La nature dans toute sa puissante majesté et un beau challenge pour ces pionniers du spot.

Côté mode, je n'ai pas en tête de style particulier, à  part que c'est marrant de voir le fluo et t-shirt large des 80's devenir les coupes cintrées noires urban style on the beach. Cependant je crois que le maître mot du surfwear, c'est de faire rêver la ville plutôt que d'amener la ville à  la plage, même s'il s'agit de suivre le style de la mode. Ce qui a été intéressant sur toutes ces années, cela a été d'observer les mécanismes du développement du surfbusiness (principalement textile), porté par le phénomène des sports de glisse et par le transfert sociétal de valeurs d'existence (la liberté, le plaisir, la nature ...) sur des noms de marques. Un développement dont les acteurs/surfeurs du départ des grosses boîtes n'imaginaient pas une telle croissance, mais ils ont eu le sens du business...

M-S : Au niveau compétition, pensiez-vous voir un jour autant de résultats français au niveau mondial ? Tout est allé très vite finalement dans les années 2000 !

image3G.S : La France a toujours eu un haut niveau européen. C'était envisageable. L'élévation du surf français au rang international avec les succès actuels d'un Flores est le résultat d'une dynamique de fond. Au fil des années 90 et 2000, la fédération a bien structuré et stimulé le surf de haut niveau et la France a peu à  peu gravi les marches des podiums des championnats du monde ISA. Les surfeurs et surfeuses qui ont atteint la sélection du championnat du monde ASP, ces dernières années, sont aussi le résultat de l'investissement des marques dans le surf, sponsoring, compètes, entraînements...

En Australie, au Brésil, le vivier des bons surfeurs est naturel, tellement il y en a. En France, comme dans tous les sports, il faut vite repérer et soutenir, encadrer les quelques talents. Le problème avec la crise qui est passée par là , c'est que les marques veulent tout de suite miser sur le dit-gagnant et son potentiel image, sans se rendre compte que pour un grand gagnant, il faut conserver derrière de forts perdants pour stimuler le haut niveau. Le circuit ASP modifié est plus fermé, il y a beaucoup plus de surfeurs de très haut niveau dans le monde et on (Fédé, marques, scène du surf...) doit s'interroger sur comment continuer de créer un vrai vivier en France et en Europe.

M-S : Etes-vous toujours malgré tout un free surfeur dans l''me, plébiscitant le voyage...

G.S : Je n'ai jamais fait de compétition, n'ayant pas le niveau pour. Adolescent au début des 70's, j'étais de ceux qui la répudiaient même, symbole du système qu'on critiquait. Et le voyage fut le terrain d'apprentissage de la vie et du surf. Mais il y a aussi le rapport à  l'océan. J'ai navigué à  travers les océans et avec le surf j'ai gardé ce contact avec la mer en tant que telle, stimulé aussi par les grosses vagues du coin de Guethary. Par ailleurs le surf est une culture et une histoire très riche et j'ai plaisir à  en découvrir et observer tous les aspects. J'ai fait beaucoup de belles rencontres à  l'intérieur et à  l'extérieur du surf gr'ce à  cela. Le surf m'a beaucoup apporté et j'ai essayé aussi de lui rendre par ce que j'ai fait et partagé, les magazines, les livres, les expositions, le travail associatif...

M-S : Comment voyez-vous le surf dans 25 ans ?

G.S : Difficile. Je ne pense pas que le surf puisse être un sport de masse, même s'il devient plus populaire. La vague est difficile à  trouver, à  prendre, faut s'y accrocher, c'est frustrant souvent, le monde à  l'eau, les vagues sur la gueule, même si ça remplit de joie et qu'on s'obstine. Quelles que soient les envies, la cupidité de ceux qui veulent en tirer profit, on ne peut banaliser le surf et attirer tout le monde. Par contre je pense qu'on surfera de plus en plus partout où il y a des vagues, et que les assidus seront toujours des passionnés. J'ai vu, il y a quelques mois sur Thalassa un reportage sur Gaza et les méfaits du blocus. Il y avait un jeune garçon, jamais sorti de chez lui, qui surfait avec une vieille planche de wind et qui racontait sa passion, l'évasion que c'était pour lui. C'était fort...

Côté haut niveau, la dextérité, l'engagement vont continuer de s'élever, avec des talents de plus en plus pointus, mais le prochain Kelly Slater avec toute sa dimension, s'il existe, n'est pas encore là  je pense.

M-S : Que peut-on souhaiter à  Surf session pour les 25 prochaines années ?

G.S : De continuer à  faire son métier, à  tenir son rôle de -passeur et fédérateur'?, avec son magazine comme avec son site web : informer, faire rêver, être proche de son lecteur tout en dynamisant à  sa façon la scène du surf français.

Propos recueillis par mango-surf.com - PubliŽé le