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Gérard Chune, un tahitien à  Paris

Gérard Chune
Gérard Chune

Rencontre avec Gérard Chune, un polynésien exilé dans la capitale française. "Gé" nous parle de son île, de son parcours, de ses passions. Il vous attend dans son shop parisien !

Mango-surf : Ia orana Gérard, peux-tu te présenter à  la planète mango-surf ?!

Gérard Chume : Ia orana aux fidèles internautes de Mango Surf, Ia orana Emilie et Romain. Je m'appelle Gérard Chune, j'ai 35 ans et suis originaire de l'île de Tahiti en Polynésie française. Comme vous, je suis un passionné de sports de glisse et plus particulièrement de surf et de bodyboard, deux disciplines que j'ai pratiquées pendant plus de 20 ans, principalement à  Tahiti. Je vis sur Paris depuis maintenant deux ans avec ma compagne et mes deux chats tahitiens (rires).

M-S : Tu as quitté Tahiti pour venir t'installer en France... Cette décision peut paraître surprenante pour beaucoup de gens. Peux-tu nous dire ce qui t'a amené à  prendre cette décision ?

G.C : Je dirai « diplomatie de couple » ! (rires). Plus sérieusement, ma compagne a eu l'opportunité de poursuivre sa carrière professionnelle sur Paris. Cela aurait été dommage de refuser une telle proposition donc nous voilà  à  Paris. Je comprends que cette décision peut en étonner plus d'un car dans l'idéal, on préfèrerait réaliser le trajet inverse. Pour devancer la question suivante, je dirai que nous ne regrettons absolument pas de nous être installé sur Paris. La capitale reste très agréable même si parfois, la famille, les amis, le climat et l'ambiance des îles nous manquent.

M-S : Est-ce que tu connaissais déjà  Paris ? Ou bien c'était la découverte totale ?

G.C : Je ne suis pas arrivé en territoire inconnu. Mes parents m'ont offert la chance de visiter la France à  plusieurs reprises durant mon enfance. De plus, j'y ai fait mes études supérieures et vécu ma première grande expérience professionnelle. Sans compter qu'un certain nombre de membres de ma famille ont fait le choix de vivre sur la capitale. Je ne peux vraiment pas dire que je me sente seul. Autrement, Paris est une ville en perpétuel mouvement avec une foule d'activités proposées. Il y a toujours des sites à  découvrir, des choses à  faire et à  voir. Ça, c'est génial !

M-S : Tu as ouvert un surf shop dans le 13ème arrondissement, peux-tu nous en dire un peu plus ?

G.C : Effectivement, j'ai ouvert un petit surf shop au nom de Tahiti Surf situé au 16, rue Coypel, derrière la mairie du 13ème arrondissement et en perpendiculaire à  l'avenue des Gobelins. Une belle aventure qui a débuté en décembre 2008 en pleine période de crise économique et sous un temps glacial (rires).

Pour vous présenter un peu plus en détail le shop, Tahiti Surf propose des vêtements, des accessoires des produits dérivés et du matériel de pratique des marques core de l'industrie surf (Billabong, Quiksilver, FCS, ...). Un service de commande de produits techniques et shape-custom-repair de boards est également proposé pour les plus exigeants et pour combler le cruel manque de place que j'ai actuellement dans le shop. Je n'ai pas la possibilité de tout présenter.

Ah oui, pour compléter la gamme et apporter ma propre touche, une sélection de produits issue directement de Tahiti (perles, bijoux, monoï, chemises polynésiennes, ...) est également disponible au shop. Je trouve que la combinaison du surf et de l'exotisme des îles est une belle alchimie. Ceci me permet en outre de garder un lien étroit avec Tahiti.

D'une manière générale, mes collections sont tout de même plus calquées sur ce qui se fait dans le bassin pacifique. Après, je mets un point d'honneur à  écouter, conseiller et orienter le mieux possible mes visiteurs même si cela doit entraîner une non-vente dans mon shop. Les sports de glisse nautiques et notamment le surf sont des sports onéreux et « ingrats » où l'on souffre beaucoup avant d'avoir du plaisir, surtout lorsque l'on débute. Proposer du matériel inadéquat ne fait pas partie de ma vision des sports de glisse ... tant pis si cela n'est pas commercial.

M-S : Quels sont tes objectifs avec ce shop ?

image2G.C : La création de Tahiti Surf répondait à  mon besoin de vivre et partager ma passion du surf et du bodyboard avec le plus grand nombre de personnes. Le shop a été conçu en ce sens. Je voulais un endroit accueillant, chaleureux, agréable, représentatif des îles et vraiment ouvert à  tous. Quiconque a besoin d'informations ou de conseils avisés peut venir au shop ou me contacter. Le dialogue est ouvert.

Allez, je vais être franc, mon objectif caché est de gagner un peu de sous juste pour aller surfer de temps en temps avec mes amis et intégrer de plus en plus de produits originaux et/ou techniquement innovants dans le shop.

M-S : Toi qui es originaire de Polynésie française, tu fais comment pour surfer ? Sur la Seine ?

G.C : Oui quand le swell rentre. Il suffit juste de s'équiper avec un masque à  oxygène et une combinaison anti-pollution ! (rires). Question facile et ô combien citée au shop !

En vérité, je me suis mis très peu à  l'eau depuis mon arrivée sur Paris, principalement par manque de temps. Je vais me rattraper, ce ne sont pas les occasions qui manquent.

Pour surfer, j'ai la chance d'avoir des amis riders installés dans le Sud-Ouest qui peuvent m'accueillir toute l'année. Sinon, j'ai fait la connaissance du Road Surf Club, le seul club de surf et de bodyboard sur Paris. Cette petite communauté, recensant une centaine de membres, organise des trip surf partout en France selon les conditions, les niveaux et les disponibilités de chacun. Le club accueille sans distinction de niveau tous les riders, du débutant qui n'a jamais mis les pieds dans l'eau jusqu'au confirmé. Une très belle initiative qui mérite d'être souligné.

M-S : Et le rythme, la façon de vivre, ce n'est pas tout à  fait la même chose non ?

G.C : Oui, c'est vraiment différent. Sur Paris, c'est le « rush » et la planification pour quasiment tout : déplacements, activités, sorties ... Les gens ne prennent pas vraiment le temps de vivre ou de savourer les instants présents. Je dis ça mais d'un côté, j'ai pris le pli parisien (rires). Ce n'est pas une critique de la société française, juste une autre manière de vivre.

En Polynésie, le climat doux, l'ambiance des îles, les paysages cartes postales imposent un rythme de vie plus posé. Cela impacte sur la qualité de vie et sur les relations avec les personnes. C'est vraiment très agréable. On vit de manière un peu plus épucirienne. Il y a encore un sens du partage extraordinaire et une gentillesse innée de la part de la population. Est ce que votre voisin de palier taperait à  votre porte pour vous proposer une part de g'teau parce qu'il en a en rab ? En Polynésie, oui.

Attention toutefois, au niveau professionnel, beaucoup de personnes imaginent que travailler sur une île est plus « cool ». J'affirme l'inverse et ceux qui ont travaillé là -bas vous le confirmeront. On travaille tout autant qu'en métropole, si ce n'est plus. La seule différence est qu'en sortant du boulot, vous avez l'impression d'être en vacances. La cassure vie professionnelle et vie privée se fait très facilement.

Mais parlons plutôt du surf puisque c'est cela qui nous intéresse. En Polynésie, il n'y a aucune tension dans l'eau. Je ne me suis jamais battu pour prendre des vagues. Je n'ai jamais lynché, insulté ou été en colère à  cause un « cafard », il y a tellement de vagues. Dans mes souvenirs, je crois même que je ne me suis jamais fait taxer plus de 20 vagues... en 20 ans de ride... ah si, par les amis (rires). Le surf est vécu comme un loisir familial du week-end ou un moment de retrouvailles entre amis. C'est l'occasion pour échanger sur la semaine passée, parler de l'actualité, des projets personnels, des prochaines sorties, tester du matériel... Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai refait le monde à  l'eau avec les amis (rires). Cette ambiance particulière se ressent sur la manière de rider des polynésiens. La recherche de la performance n'est pas une priorité, on va surfer pour prendre du plaisir et simplement glisser sur une belle vague. De toute façon, il y a tellement de vagues.

M-S : Peux-tu nous faire rêver en nous racontant ta plus belle session en Polynésie ?

G.C : Oulalalalala, c'est une question difficile. J'ai eu tellement de belles sessions que j'aurai du mal à  en choisir une.

Allez, pour jouer le jeu, je dirai une session sur le magnifique reef break de Sapinus dans une eau cristalline avec en toile de fond l'île de Moorea d'un côté, la côte et les montagnes de Tahiti de l'autre. Des vagues glassy de 2 m - 2m50. J'ai pris le tube le plus profond et le plus long de toute ma vie sur quasiment plus de 60 mètres de ride en n'ayant pas à  travailler avec la planche. Ce ride m'a marqué parce que je suis parti sur une vague avec un ami, je n'avais pas la priorité et en voulant sortir, je me suis fait ramener directement dans la zone d'impact juste derrière lui (mon ami), en plein dans la caverne en formation. Je me suis fait complètement enfermé par la vague avec une lèvre qui se jetait loin, très loin devant moi. J'ai surfé la vague sur toute sa section en voyant mon ami réaliser des rollers et des floaters. Ce n'est qu'à  la fin que ce dernier s'est aperçu que j'étais toujours là . La sensation dans ce tube était magique. J'en ai la chair de poule rien que d'y penser. Merci en tout cas à  mon ami d'avoir accepté que je lui cafarde sa vague !

M-S : La carte postale est sublime, mais derrière ces paysages à  couper le souffle, y a't-il des choses un peu moins idylliques ?

G.C : Vous dire que tout va bien en Polynésie serait un mensonge. Vivre sur une île ne vous met pas à  l'abri des problèmes sociaux et économiques. Pour bien comprendre la situation, il faut savoir que le mode de consommation est similaire à  l'Europe et aux Etats-Unis. Comme sur ces continents, le chômage est présent, surtout parmi les populations les plus jeunes. La pauvreté existe également même si le climat et le décor ont tendance à  en atténuer sa visibilité. Tous les maux des sociétés modernes sont présents : alcoolisme compulsif, endettement des ménages accentués en plus par un fort phénomène d'ostentation, pollution, vols, ... Malheureusement, nous n'avons rien à  envier à  la métropole. Actuellement, la Polynésie souffre surtout de la crise économique mondiale. Ses répercussions sont conséquentes sur ses archipels qui vivent principalement du tourisme. Ajoutons à  cela une instabilité politique liée aux enjeux de pouvoir par les partis politiques présents ce qui empêche tous investissements et grands projets à  long terme.

Je ne veux pas vous donner une vision pessimiste de la Polynésie parce qu'il fait bon vivre là -bas et qu'heureusement, les polynésiens prennent la vie du bon coté.

M-S : Qu'est-ce qui te manque le plus à  Paris ?

G.C : La famille, les amis, l'ambiance des îles, les longues sessions de surf, les magnifiques paysages et les polynésiens.

M-S : Et qu'est-ce qui te manquait le plus quand tu vivais à  Tahiti ?

G.C : Ç la fin de mes études lorsque j'y suis retourné avec ma compagne pour nous installer, c'était davantage l'éloignement avec les amis de France et la famille de ma compagne.
Avec le temps et du recul, je dirai que rien de particulier nous manquait. Il y a tout ce qu'il faut pour être heureux là -bas.

M-S : Si tu devais nous donner 5 bonnes raisons d'aller rendre visite aux tahitiens, quelles seraient-elles ?

G.C : L'ambiance particulière des îles, les paysages à  couper le souffle, le climat, la population, les vagues !

M-S : Et une seule bonne raison de rester à  la maison ?

G.C : Plutôt que d'aller à  Tahiti ? Honnêtement rien, il faut y aller (rires).

M-S : Si tu as quelque chose à  ajouter, c'est le moment...

G.C : Je sais que toute l'équipe de Mango-Surf doit se rendre prochainement en Polynésie. Je vous souhaite un bon voyage, beaucoup de belles vagues et de merveilleux souvenirs.

Autrement longue vie à  Mango Surf et mes amitiés à  tous ses internautes !

Propos recueillis par mango-surf.com - PubliŽé le