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Franck Lacaze : 7 ans de Trip Surf !

Franck Lacaze
Franck Lacaze - Muller

Ex-rédacteur en chef de Trip Surf, Franck Lacaze revient sur sa carrière de surfeur pro et nous confie ses impressions après le rachat du mag par le Groupe Sud Ouest.

Mango-Surf : Salut Franck ! Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Franck Lacaze : Salut, Franck Lacaze, 37 ans, ex-rédacteur en chef de Trip Surf, ex-surfeur pro, en couple, 2 filles, toujours résidant à  Anglet où j'ai grandi et surfé toute ma vie.

M-S : Quand et où as-tu pris tes premières vagues ?

F.L : A Anglet au début des années 80. Mes parents ont acheté un bar sur le front de mer aux Sables d'Or - La Chope qui est désormais tenu par mes frères Thierry et Olivier et où il m'arrive encore de faire des -piges'. J'ai découvert les vagues ainsi et depuis je suis resté fidèle au spot...

M-S : Tu as démarré sur une planche de bodyboard. Raconte-nous un peu tes débuts et l'ambiance de l'époque...

F.L : Ouais c'est exact. C'était les débuts du bodyboard et j'ai acheté une biscotte en mousse bleue sur laquelle j'ai apprivoisé mes premières vagues. J'ai ensuite investi dans une intégrale et à  partir de là  je n'ai cessé de progresser en m'attaquant aux vagues toute l'année. Puis il y a eu le Mach 7, révolutionnaire à  l'époque et les premières compètes de bodyboard sur lesquelles j'ai rapidement brillé. Cela m'a même valu de partir à  Hawai'i en 1985 pour participer au -Morey Boogie Contest' du Pipe - le premier trip d'une longue série de voyages... Evidemment côté ambiance, c'était nettement moins peuplé et donc beaucoup plus détendu. J'ai même l'impression que les vagues étaient meilleures à  l'époque...

M-S : Tu es ensuite passé au surf. Comment s'est fait la transition ?

F.L : J'ai surfé mes premières vagues debout en 1985. Une révélation. A partir de là , le bodyboard est passé au second plan. J'ai continué pour les sponsors pendant encore deux ans et demi, jusqu'aux Championnats du Monde ISA à  Porto Rico en 1988 en fait. J'ai terminé 7ème et après j'ai définitivement raccroché les palmes pour m'adonner exclusivement au surf où je commençais à  pas mal me démerder. Une chose est sûre : je ne peux renier le bodyboard sans lequel je ne serais jamais devenu le surfeur que j'ai été après.

M-S : Tu as une belle carrière de surfeur pro derrière toi. Peux-tu nous en parler ? Quels sont tes meilleurs souvenirs ?

F.L : Disons que j'ai obtenu quelques beaux résultats et que j'ai réussi à  me faire un nom durant les années 90. Surtout, j'ai eu la chance de vivre les débuts du surf professionnel en France. J'ai pu vivoter et voyager gr'ce au surf durant quelques années, une chance inouïe. Mais nos salaires et primes de l'époque n'avaient rien à  voir avec ceux des meilleurs Français d'aujourd'hui, c'était du simple au décuple. C'est vrai que le niveau n'a plus rien à  voir, mais je déplore que certains pros d'aujourd'hui ne mesurent pas la chance qu'ils ont de vivre exclusivement -et confortablement- grâce à  leur passion. Pour certains, l'après-surf risque d'être douloureux.

Côté souvenirs, mes quelques sélections en équipe de France resteront d'excellents souvenirs, mais le meilleur d'entre tous restera ma victoire lors de la Coupe de France 1994. A l'époque, tous les meilleurs Français y participaient et les Beven et Picon commençaient à  être réellement compétitifs. Avant la dernière épreuve de la saison (il y en avait 4), je pouvais encore remporter le titre, à  la seule condition de gagner la dernière compète à  Vieux Boucau. J'ai passé tous mes tours un à un jusqu'à la finale. Je ne suis plus sûr, mais je crois qu'il y avait Christophe Fagalde, Yannick Beven et Xabi Laffite en finale. J'ai gagné et j'ai coiffé Didier Piter sur le fil avec 10 points d'avance, genre 3550 contre 3540 points. Au rang des bons souvenirs aussi, la Quiksilver Cup en 1998 où je termine 4ème. Il y avait tous les meilleurs spécialistes mondiaux du crossover surf-snowboard et je termine au pied du podium à  quelques points à  peine de Dave Downing, légende du snow et de Nathan Fletcher.

M-S : Champion d'Europe Senior 2001, 2ème aux championnats de France Masters 2005... Belles perf' ! As-tu encore l'envie de faire des compét' ?

F.L : Ouh la, on parle de compètes -carte vermeil' là  ! J'ai moins eu le temps de surfer aussi assidûment que par le passé en raison d'une vie professionnelle bien remplie, mais ce goût de la compète est ancré profondément en moi. C'est clair que tant que mes bras me permettront de rejoindre le pic et que j'arriverais à  tourner correctement mon thruster, je risque de continuer à  participer aux Championnats de France Masters. D'autant que depuis l'année dernière les meilleurs de chaque catégorie sont qualifiés pour les Championnats du Monde Masters ISA. Une sacrée carotte, non ?

M-S : Tu as aussi pas mal voyagé... Un endroit préféré pour tripper ? La vague de tes rêves ?

F.L : Y'a quelques destinations que j'adore. Tahiti pour l'absolue perfection de ses vagues et la gentillesse de ses locaux. L'Afrique du Sud pour ses contrastes, la beauté du pays et Jeffrey's Bay bien sûr. G-Land à  Java, la vague la plus incroyable et changeante que j'ai jamais surfée... et Bali qui gardera toujours une place à  part dans mon coeur, surtout depuis octobre 2002 où, à  24 heures près, j'ai manqué d'y perdre la vie.

M-S : Aujourd'hui, tout le monde te connaît en tant que (ex) rédacteur en chef de Trip Surf. C'était une ambition depuis le début ou cela a plutôt été une belle opportunité que tu as su saisir au bon moment ?

F.L : Un peu des deux. Je suis diplômé d'une école de journalisme parisienne et mon ambition sitôt que j'ai décroché du surf pro a toujours été, après des années de piges, d'occuper un poste à  plein temps au sein de rédactions de magazines surf. L'opportunité s'est présentée à  l'automne 2000 lorsque le rédac-chef de Trip Surf de l'époque a souhaité abandonner son poste. J'ai postulé et j'en ai hérité jusqu'en avril dernier.

M-S : Quelles étaient tes missions en tant que rédacteur en chef d'un magazine surf ?

F.L : Elles étaient nombreuses. La priorité était de remplir le mag en accord avec une ligne éditoriale définie tout en tenant compte des attentes des lecteurs. Mon job consistait donc à  définir en amont les thématiques de chaque numéro puis à  missionner les collaborateurs, journalistes et photographes sur tel ou tel sujet. Je faisais aussi les sélections photos, essentielles sur un support aussi visuel qu'un mag de surf. Un peu de rédaction bien sûr, l'édito et quelques autres textes ponctuels... Et puis, il y a tous les à -côtés auxquels on ne pense pas nécessairement : comptabilité, relationnel, gestion de partenariats... Pas mal de boulot globalement.

M-S : Quels sont les avantages du poste ? Les inconvénients ?

F.L : Les avantages ? Trop nombreux pour les énumérer ici. Disons que c'est une chance de pouvoir vivre sa passion et d'essayer de la faire partager. Les quelques voyages que l'on peut faire bien sûr et l'opportunité de côtoyer des -grands' de la discipline. Côté inconvénients, les bouclages qui peuvent être tendus parfois... Le texte ou la photo qui n'arrivent jamais et qu'il faut remplacer à  -l'arrache'. Stress garanti. Et puis les relations avec certaines personnes qui, parce que l'intitulé de leur poste comporte -responsable', -directeur', ou -chef' se prennent pour ce qu'ils ne sont pas alors que ce sont de parfaits incompétents, voire de sinistres cons. Parfois les deux à  la fois.

M-S : Y a-t-il des qualités particulières à  posséder pour faire ce métier ?

F.L : De solides bases journalistiques ou à  défaut littéraires, une sensibilité photographique, un bon sens de l'organisation et du travail en équipe. Une certaine fermeté, un bon relationnel, et une vraie passion pour la discipline et l'envie de la partager. Et une connaissance technique et historique sans faille bien sûr.

M-S : Peux-tu nous dresser le bilan de tes sept années passées à  Trip Surf ?

F.L : Il est peut-être encore tôt pour dresser un bilan. Une chose est sûre, j'en garderai un excellent souvenir et je suis heureux d'avoir pu collaborer avec des gens merveilleux. Mais ce qui l'emporte actuellement, c'est une certaine amertume et l'impression d'un grand g'chis consenti par les nouveaux éditeurs au nom de la rentabilité. Toujours la même histoire en fait.

M-S : As-tu des regrets, des fiertés ? Peux-tu nous livrer quelques anecdotes croustillantes...

F.L : Pas réellement de regrets si ce n'est de n'avoir pas toujours eu les moyens dont je rêvais pour faire de Trip Surf un magazine encore meilleur. Pas de fierté non plus. J'espère simplement avoir été à  la hauteur de la mission initiée par mes prédécesseurs, comme je l'ai écrit dans mon dernier édito. Quant aux anecdotes croustillantes, juste le souvenir de réveils brumeux dans le canapé moisi de notre mythique rédaction de Biarritz qui, en plus de se situer à  un jet de planche des vagues de la Côte des basques, n'était pas non plus très loin de bars et discothèques de Biarritz. La fête et l'esprit de camaraderie a toujours fait partie de l'équipe Trip Surf. Nos soirées étaient mémorables.

M-S : Pour toi, Trip Surf, c'est quoi en quelques mots ?

F.L : Des trips, du surf... Tous les ingrédients essentiels à  la bonne pratique du surf, couché sur papier glacé. Sans blabla et sans -bullshit' comme disent les anglo-saxons.

M-S : Et comment qualifierais-tu un lecteur de Trip Surf ?

F.L : Un lecteur de Trip Surf, s'il ne devait y en avoir qu'un (ils sont 15 en réalité, on nous a enfin refilé les chiffres !), est plutôt masculin et jeune. Jeune en 'ge et jeune dans sa pratique. Avide de culture et de conseils pour devenir un -vrai' surfeur qui pourra fréquenter les autres avec assurance. En principe, il vit dans une station du littoral. Ce que je te dis là  fait très étude socio-économique, mais c'est ce que nous ont toujours révélé les études de lectorat.

M-S : En début d'année, on apprenait le rachat du mag par le Groupe Sud-Ouest qui détient déjà  les Editions Surf Session. Comment avez-vous vécu cette annonce à  la rédaction ? Quelles ont été vos réactions ?

F.L : Ça nous a fait un choc comme tu peux l'imaginer. Surtout que dans ce rachat, il y a eu trois licenciements secs. Xavier le secrétaire de rédaction et Lucie la graphiste que Surf Session n'a pas jugé utile de réembaucher. Sans oublier Sara, la rédactrice en chef de Chickspower mag, le féminin crossover que notre ancien éditeur n'a pas pu revendre.
Après s'en est suivi une période de flottement durant laquelle Bertrand, Pierre et moi-même (dont les contrats étaient rachetés avec le titre) nous sommes demandés ce qu'il allait advenir de Trip Surf avec la cohabitation future avec Surf Session, notre concurrent de 13 ans (éditoriale et physique puisque les bureaux de Trip Surf y ont été transférés).

M-S : Qu'est-ce que ça va changer concrètement pour Trip Surf ? Changement radical ou maintien de la ligne éditoriale qui a toujours fait son succès ?

F.L : J'ai préféré quitter Trip Surf et ne suis plus rédacteur en chef depuis le 14 avril donc je ne peux pas précisément te dire ce qui va changer. Mais avant mon départ, on m'a assuré que la ligne éditoriale de Trip Surf ne changerait pas radicalement. Seulement un réajustement plus continental des destinations pour titiller un lectorat plus jeune et donc moins fortuné qui ne peut donc pas s'offrir un billet pour la Nouvelle-Zélande tous les jours. Concrètement : Europe, Maroc, Atlantique nord et régions de France, le but avoué étant d'aller chercher un lectorat que Surf Session ne séduit pas forcément et ainsi rayonner - avec Surfer's Journal en plus - sur l'ensemble du lectorat surf français.

M-S : Comment vois-tu l'évolution de la presse surf dans les années à  venir ?

F.L : Une chose est sûre : l''ge d'or de la presse surf française est passé. Le milieu des années 90 faisait des cartons en termes de vente mais depuis, la multiplication des titres et l'émergence d'Internet qui offre de l'info immédiate, ont fini de morceler un lectorat capricieux et qui se renouvelle tous les deux ans.

M-S : Penses-tu que les médias surf via Internet ont un bel avenir devant eux ?

F.L : Internet est le média le plus fabuleux qui existe. Pour le surf et tout le reste. On y trouve tout, absolument tout, en temps réel. T'imagine qu'hier soir, j'ai pu regarder en direct live la finale du Billabong Pro à  Teahupo'o qui se déroulait à  l'autre bout de la planète. Quel intérêt après de lire le report du contest dans un mag avec un mois de retard ? En s'y prenant bien, on peut trouver toutes les infos surf sur Internet, mais il faut savoir également faire le tri. Mais Internet n'offrira jamais le confort visuel et la prise en main d'un magazine. Un beau magazine, on a envie de se poser confortablement et de le feuilleter tranquillement en savourant chaque page. On va peut-être même le garder précieusement durant des années. Rien de tel avec Internet qui offre de la -junk info' qu'on ingère et digère immédiatement. En ce sens, ces deux supports médiatiques sont parfaitement complémentaires, même si c'est sûr, Internet a plus fait de mal à  la presse papier que l'inverse.

M-S : Et toi, quels sont tes projets aujourd'hui ? A court terme, à  long terme...

F.L : A court terme, profiter de mon temps et de ma famille et de mes potes. Surfer, golfer, bricoler. A l'automne, trip familial à  Bali, le premier avec mes filles qui auront 5 ans et presque 2 ans. A moyen terme, postuler pour un job dans l'industrie de la glisse. Marketing, communication, relations presse, team manager, on verra ce qui se présente. A long terme, Inch' Allah !

M-S : Si tu as quelque chose à  ajouter, lâche toi (!) ...

F.L : Rien de particulier. Je souhaite une bonne continuation à  Bertrand qui a pris mon relais à  la rédaction en chef de Trip Surf. Je sais qu'il sera bien secondé avec Çléonore que j'ai vue à  l'oeuvre tout l'été dernier lors de son stage dans nos locaux. Ce sont deux personnes très compétentes, maintenant j'espère que les nouveaux éditeurs ne viendront pas tout foutre par terre. Et à  tous ceux qui me lisent ici, surfez à  fond et donnez vie à  vos rêves, on n'a qu'une vie bordel !

Propos recueillis par mango-surf.com - PubliŽé le