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Erwan Simon, entre Bretagne et exploration du monde

Erwan Simon
Erwan Simon

Le free-surfeur breton est entré très tôt dans une quête perpétuelle. Celle de la vague inconnue, oubliée, celle des rencontres du bout du monde, celle du voyage. Il nous parle ici de ses récentes découvertes du côté de la Méditerranée.

Mango-Surf : Salut Erwan, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Erwan Simon : Originaire de Fort-Bloqué en Bretagne sud, je vis à  Guidel près de Lorient. C'est là  que j'ai appris à  surfer il y a plus de quinze ans maintenant. J'aime beaucoup ma région et mon terroir, iodé et campagnard. La Bretagne est parfois rude, mais prenante. Le territoire offre une longue côte très découpée et formidablement variée. Les éléments y sont plus changeants et plus amplifiés qu'ailleurs, il faut donc toujours être à  l'affût de la bonne session.

J'ai toujours été à  la recherche de conditions meilleures ou différentes, et j'ai donc progressivement parcouru la côte bretonne avant de dépasser ses frontières pour aller prospecter ailleurs. La Bretagne est sûrement l'un des meilleurs terrains pour développer ce genre d'aptitude, je me suis donc progressivement tourné vers l'exploration. Aujourd'hui je continue à  chercher de nouvelles vagues ou à  redécouvrir des spots oubliés vers des destinations souvent improbables comme au Bangladesh, en Mauritanie ou aux Comores par exemple.

M-S : Tu es ce que l'on appelle un free-surfeur. Qu'est-ce que cela signifie pour toi ?

E.S : Çtre free-surfeur c'est être libre de surfer une vague comme on le souhaite, d'y adapter le style que l'on aspire. Mais c'est aussi choisir et donc chercher les vagues que l'on souhaite surfer. Personnellement, j'ai fait le choix de me focaliser sur ce dernier point, en recherchant des vagues hors des sentiers battus.

Au fil de mes voyages j'ai rencontré les plus grands spécialistes du genre, comme l'Hawaïen Randy Rarick, le plus grand baroudeur de l'histoire du surf (et actuel directeur de la Triple Crown), le célèbre photographe John Callahan, le journaliste Antony Colas, l'aventurier Stuart Butler et bien d'autres surfeurs-explorateurs comme EmiCat ou Sam Bleakley... Malgré l'augmentation du nombre de surfeurs sur toutes les mers, lacs et océans, il reste encore une infinité de vagues oubliées, ignorées ou insurfées.

M-S : Tu explores avec d'autres compères le potentiel de la Méditerranée, mais pas uniquement du côté de Marseille... Peux-tu nous en dire un peu plus sur tes récentes expéditions ?

E.S : Souvent vu comme un grand lac, le potentiel de la Méditerranée a longtemps été sous-estimé. C'est une Mer complexe qui peut être très active, particulièrement en hiver. Même si les surfeurs sont nombreux en Med française et italienne ou en Israël, il reste de nombreux pays qui comptent des kilomètres de vagues vierges. J'ai eu l'occasion de surfer en Tunisie, à  Malte, Chypre, au Monténégro, en Libye et en Algérie. Beachbreaks tubulaires, reefbreaks juteux, et pointbreaks à  rallonge : la Méditerranée offre de vraies vagues à  ceux qui se donnent la peine de chercher.

M-S : L'Algérie, territoire « dangereux » diront certains, magnifique et accueillant pour d'autres. Comment as-tu préparé ce trip et qui en est à  l'origine ?

E.S : Je ne crois pas que l'Algérie soit plus dangereux que d'autres pays. Les algériens sont très accueillants, c'est une très belle région du monde, étonnante et fascinante. Comme partout, il faut respecter les gens que l'on rencontre, et leur culture. Sur les cartes, le potentiel de surf algérien était si évident que nous avons lancé une expédition avec les photographes John Callahan et Emiliano Mazzoni, les britaniques Sam Bleakley, Tristan Jenkin et l'italien Emiliano Cataldi.

M-S : Comment avez-vous été reçu sur place ? Aviez-vous un guide local ou bien aviez-vous repéré les spots via Google Earth ou autres ? Est-il difficile de circuler dans le pays ?

E.S : Nous avions fait beaucoup de recherches préalables (houle, vent, bathymétrie, Google Earth...), puis nous avons exploré la côte avec un guide algérien qui connaît très bien son pays. Quelques zones sont militarisées, il faut parfois négocier certains accès, mais globalement il n'y a pas de problèmes.

Le Nord-Est de la côte algérienne est très bien exposé à  la houle. On a identifié et surfé une multitude de spots de qualité aux alentours de Skikda, Annaba, Cap Rosa, El Kala, etc. Et puis un jour, après des heures de routes sinueuses de montagnes dans les forêts de chêne liège, cette gauche magnifique est apparue sous un arc-en-ciel. Il s'agit d'un petit port isolé au pied des falaises. Les pêcheurs du village nous expliquaient qu'il y a souvent des vagues à  cet endroit, mais que c'était trop dangereux pour y surfer..! Selon notre guide, une légende algérienne raconte que lorsque les rayons du soleil traversent les nuages en formant un arc-en-ciel, on célèbre les "noces du loup". C'est donc comme ça que l'on a nommé cette gauche magique !

M-S : On peut voir sur les commentaires de la vidéo des "noces du loup" que les Algériens sont très enthousiastes quant au développement du surf sur leur territoire... Avez-vous rencontré beaucoup de locaux ?

E.S : Même si ce n'est pas une activité nouvelle en Algérie, les surfeurs locaux sont très peu nombreux, et la grande majorité des spots sont déserts. Avec plus de 1600 kms de côtes, il faudra des années avant de découvrir toutes les vagues du pays ! Les algériens sont de très bons sportifs et je ne doute pas que l'on y verra d'excellents surfeurs à  l'avenir.

M-S : La Méditerranée est un terrain de jeu immense avec de jolies pépites, mais qui demande aussi des conditions particulières pour fonctionner. Quelles sont les armes absolues pour réussir un trip dans un pays qui borde la med ?

E.S : C'est une mer complexe avec différents vents locaux. Je pense que l'arme absolue c'est d'avoir une bonne connaissance de la météo pour anticiper les prévisions, mais aussi du temps pour se rendre au bon endroit au bon moment. Savoir prévoir le vent et la houle est tout un art pour les surfeurs de cette région du monde.

M-S : Toi qui voyage beaucoup, comment vois-tu l'évolution du surf dans le monde ?

E.S : Même si les pays dit "riches" ont plus facilement accès au matériel, on voit que le nombre de surfeurs augmente un peu partout à  travers le monde. J'ai vu des endroits où parfois les jeunes se fabriquent des planches en bois avec les moyens du bord, comme à  Madagascar ou Haïti. Cela dit, il restera toujours des vagues vierges, pour la simple et bonne raison qu'elles sont très difficiles d'accès.

M-S : Quelles parties du monde aimerais-tu explorer ? As-tu des projets en ce sens dans les prochains mois ?

E.S : J'ai une multitude de projets passionnants dans les cartons, notamment en Afrique, dans l'Océan Indien, dans le Pacifique, et bien d'autres....

M-S : Passionnant tout ça... Si tu as quelque chose à  ajouter, c'est le moment.

E.S : Bon surf, Kénavo !

Propos recueillis par mango-surf.com - PubliŽé le