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Christophe Darracq, le surf en partage

Christophe Darracq
Christophe Darracq - Darracq

Avec Ride made in France, Christophe Darracq a trouvé sa route en mettant à  l'honneur une brochette d'artisans shapeurs tricolores, tous plus talentueux les uns que les autres. Rencontre réalisé en 2010 avec un passionné.

Stéphane Frulo : Bonjour Christophe... Deux mots sur ride made in France ?

Christophe Darracq : Me faire plaisir en proposant d'excellents shapeurs et ainsi de bonnes planches. J'entends par bonnes planches, des planches avec de l''me, fabriquées et touchées par des mains expertes. J'aime aussi la notion de traçabilité.

S.F : Avec quels critères as tu choisi les shapeurs représentés dans ton shop ?

C.D : Mon choix s'est fait très vite. Par critères de coeur et de talents.

S.F : Peux-tu nous parler de chacun d'eux ?

C.D : Philippe Barland n'est plus à  présenter. Quand j'ai commencé le surf, il y a plus de 20 ans, Philippe travaillait déjà  en tant que shapeur et il l'est toujours. C'est un passionné avec dans les mains plus d'heures de shape que n'importe qui en France. C'est quelqu'un qui cogite sans cesse sur les courbes des planches, leur fonctionnement et leur performance. Il tente, il essaye, il refait encore et encore, invente des trucs et recommence. Il connaît les bons équilibres selon telle ou telle type de planche et il adore innover. C'est véritablement un doux dingue du shape, bourré de talent. Il réussit à  y mettre de la magie.

Alain Minvielle est dans cette lignée, plus spécialisé dans les longboards. C'est le shapeur et le collaborateur des meilleurs longboardeurs hexagonaux tels Antoine Delpero (champion du monde ISA) et Damien Castera entre autres. Alain Minvielle est un méticuleux et un amoureux du travail bien fait, ces planches sont pures. « Alain replace le surf au centre d'une communion exemplaire entre l'homme et la nature et renie ouvertement l'industrie du surf qui s'enrichit de manière démesurée en pervertissant les mentalités » (D.Castera).

Christian Bradley est basé à  Hossegor et shape pour plus de 20 surfeurs du top 45. Quand je suis allé le voir dans son atelier, je me suis amusé à  regarder les noms sur les boards en commande dans les racks. Duru, Bourez, Riou, Picon, Ross, Dantas, Hall, etc. Il fait un carton dans l'élite du surf mondial. Pour moi cela en dit déjà  long sur la qualité et la performance de ses planches. Je recherchais un shapeur axé sur la compétition pour pouvoir proposer des planches pour les kids qui fracassent et que la compétition attire. Avec Chris Bradley, je l'ai trouvé.

Mark Phipps est un Australien surfeur/shapeur atypique. Il est basé six mois en France et six mois à  Victoria en Australie. Il travaille en France dans les mêmes ateliers que Bradley. Shapeur phare de Jérémy Flores, Tim Boal, Gary Elkerton, Nic Muscroft, Toby Martin et autres... Mark Phipps était un compétiteur acharné. Il s'est ensuite tourné vers le shape mais sans jamais négliger une bonne session quand ça tarte. Il essaye ainsi ses propres boards et y apporte le feed back nécessaire. Il a collaboré et travaillé avec les shapeurs illustres que sont Wayne Lynch et Greg Brown à  l'époque de la Gash Factory.

Philippe Chevallier aussi est un ancien compétiteur devenu shapeur. Ancien membre de l'équipe de France en 84 et 86 et participant régulier du circuit EPSA. Aujourd'hui encore il est difficile de shooter plus à  l'intérieur que lui. Très tôt, et gr'ce à  la rencontre avec Guy Garcia, il se passionne pour le shape. Il cumule vite les heures dans l'atelier de Guy et s'intègre vite dans le réseau des shapeurs français. Il côtoie entre autres, Ivan Amelineau, Gérard Dabbadie et Maurice Cole. C'est l'époque où le surf explose dans le sud de la France. Les shapeurs étrangers aiment la France, sa culture et ses vagues. Ils sont nombreux à  l'époque à  faire des allers-retours. Philippe est alors sur la scène et collabore avec des shapeurs illustres comme : Pat Rawson, Gunter Rohn, Arakawa, DHD, Wayne Lynch etc. Enrichi d'expérience il shape ensuite pour Pipe Dream et Quiksilver Boards. En 93 et 94 c'est en Australie qu'il se perfectionne. Il shape alors pour lui et lance son label : Chevallier Surfboards. Aujourd'hui il shape des bijoux et s'occupe de quelques futurs champions locaux landais.

image2Jean Louis Le Guine est le créateur de Fluide Système basé à  Hendaye. C'est le shapeur "Soul" par excellence, spécialiste des channels, bonzers, twin-fin et autres singularités de l'histoire du shape. Il maîtrise parfaitement l'apport de ces spécificités et les intègrent avec brio dans ses shapes. Ses planches ont une glisse épurée et efficace. Il fait des planches que l'on regardait il y a pas si longtemps comme des objets d'un autre temps et qui aujourd'hui sont devenues la tendance. Elles correspondent à  ce que beaucoup de surfeurs souhaitent rider en ce moment. Jean Lou passe six mois de l'année dans son atelier à  Lanzarote. Cela lui permet de surfer les vagues du north shore Canarien et de rester en contact avec une multitude de surfeurs de talents dont il fait les planches comme Eric Rebière ou certains des meilleurs locaux. C'est un gars qui balade une bonne philosophie de vie et du coup ses planches ont ce truc que l'on s'explique mal. Cela n'appartient qu'à  lui et peu importe, tant le plaisir de surfer sur ses planches est immense.

Jérémy Ferrara est le plus jeune du groupe. Le plus artistique aussi, je pense. J'aime les gens qui écoutent leur passion et se jettent dedans corps et 'me. Pour le meilleur et pour le pire. Il vient de construire un atelier / shop / apart dans une ambiance à  mi-chemin entre Campbell, Davis et Ferrara. Jérémy a du talent dans divers expressions artistiques, sur un longboard (sa spécialité) et dans une salle de shape. Son haut niveau en longboard lui confère un terrible feed back sur ses shapes qu'il s'empresse d'essayer. Il maîtrise de mieux en mieux la difficile technique de la résine teintée. Du coup chaque planche devient un objet unique alliant plaisir du regard et plaisir de la glisse. Jérémy et ses boards sont à  découvrir sans plus attendre.

S.F : Made in France pourquoi ? Contre le tout chinois ?

C.D : Non pas exclusivement. Je n'ai rien contre le travail chinois et chacun est libre d'orienter ses achats comme il le souhaite. De toute façon, nous verrons bien avec le temps que tout faire fabriquer en Chine n'est pas forcément la solution. Pour ma part je fais les choses simplement et en écoutant ma conscience. Je surfe des planches de Jérémy ou d'Alain et j'en suis super content. Elles fonctionnent très bien et je sais quelles mains les ont fabriquées. La traçabilité me semble importante. Ça me paraît tellement absurde de surfer une planche portant un nom mais pourtant fabriquée par un autre gars. Surfer un logo ne m'a jamais inspiré. Et puis c'est tellement loin de l'essence même du surf. Nous devons une partie de l'histoire du surf à  ces artisans shapeurs. Sans eux, pas d'histoire, pas de surf.

S.F : Mais pourtant c'est moins cher le fabriqué chinois...

C.D : Moins cher que quoi ? Je ne compare pas l'incomparable.

Que penses-tu de l'évolution des planches en général ?

C.D : A part les nouveautés dans les matériaux composites qui ne m'intéressent pas beaucoup, je remarque que le shape des planches fait un énorme retour en arrière. Non pas forcément par goût du retro, mais simplement parce que les shapes d'autrefois étaient plus axés sur la notion de plaisir que celle de performance. Des planches plus larges, plus épaisses, plus rondes tout en ayant intégré l'évolution des rockers du surf moderne. Des planches pour glisser et ressentir. La demande pour ce genre de planche est de plus en plus significative. Il y a aujourd'hui une prise de conscience importante dans le surf. On dissocie davantage qu'il y a quinze ans, le monde des pros à  celui des surfeurs lambda. Je me souviens quand j'ai commencé le surf, beaucoup de monde copiait les pros à  travers le matériel qu'ils utilisaient. Le surf d'aujourd'hui n'est plus aussi élitiste.

Aujourd'hui, il y a deux mondes, le nôtre et celui des pros. Avant la performance, il faut rechercher le plaisir, et le plaisir est simple. Se mettre debout et partir en travers sur une épaule de vagues, manoeuvrer à  sa guise. Un des plaisirs du surf, c'est d'avoir des sensations différentes avec différentes planches. Tous les shapeurs de "made in France" offrent quelque chose de particulier dans leur planche.

S.F : Quelle est ta planche préférée ?

C.D : Une bonne 9 pieds.

S.F : Du coup, tu contribues au respect de l'environnement en diminuant le transport des planches. Es-tu sensible à  ça ?

C.D : Oui bien sûr, si par ce moyen je peux contribuer à  la protection de l'environnement, c'est tant mieux. Mais je n'en fais pas l'apologie. J'émets une réserve sur ces entreprises de tout bord qui font de l'écologie leurs campagnes publicitaires. En ce moment, c'est très vendeur car c'est une actualité forte. Aujourd'hui tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

S.F : Que penses-tu du surf business ?

C.D : Trop de pognon tue la passion... La quête du gain détourne à  la longue de la vérité des choses. Pour moi la vie n'est pas question d'argent mais de tempo. C'est là  que se trouve ma véritable richesse. Chacun sa route.

S.F : Quels sont les surfeurs que tu admires le plus ?

C.D : Tous les surfeurs qui s'éclatent.

S.F : Qu'est ce que tu aimes dans le surf ?

C.D : Tout. C'est tellement bon de surfer. C'est le fil conducteur de ma vie. Ma femme et mon fils surfent aussi. Au contraire de beaucoup de sport, le surf est un sport que l'on peut pratiquer jusqu'à  la fin de sa santé physique. C'est ce que je souhaite le plus.

S.F : Penses tu que les shapeurs français n'ont plus rien à  envier aux shapeurs étrangers ?

C.D : Il y a des shapeurs incroyables partout dans le monde et nombre de shapeurs Français font partie du lot. Mais j'ai tendance à  penser qu'il y a une histoire d'énergie dans tout ceci. Le shapeur pense aux vagues qui déferlent devant sa porte, à  la manière de les surfer, aux gars des environs qui surfent, à  leurs mentalités, à  leurs esprits. Les planches marchent mieux pour l'endroit où elles sont créées.

S.F : Où aimes-tu surfer ?

C.D : Chez moi. C'est capricieux, mais comme sur tous les spots du monde, il y a des jours incroyables. Des Beautiful Days. J'aime beaucoup Lanzarote aussi. Il y a une grande diversité de vagues. Je connais très bien l'île. J'y ai passé dix ans. J'adore.

S.F : Que fais-tu quand tu ne surfes pas ?

C.D : Je regarde mon fils grandir. Je m'occupe bien sûr du store. Un peu de zic, un peu de photo et un peu de jardin.

S.F : As-tu quelque chose à  rajouter ?

C.D : Que le surf soit un partage. Avec la nature et avec les autres.

www.beautifuldaysurfstore.com

Propos recueillis par Stéphane Frulo - PubliŽé le