» »

Antoine Quinquis, chasseur d'images de surf

Autoportrait
Autoportrait

Entraîneur et préparateur physique, Antoine Quinquis passe également beaucoup de temps à  immortaliser les plus belles vagues. Toujours à  la recherche d'adrénaline dans les grosses sessions de watershots, il nous parle de sa passion et de ses ambiti

Mango-Surf : Salut Antoine, on a souvent repéré ton nom sur le copyright des photos des mags de surf... Mais qui es-tu ?

Antoine Quinquis : J'ai eu 30 ans cette année. Je suis originaire de La Baule en Loire-Atlantique. Après avoir terminé mes études à  21 ans (CAPEPS - Prof d'EPS ), j'ai vécu 1 an aux Etats-unis, 3 aux Antilles, et enfin 3 autres dans les Landes. Et puis le cours de la vie (j'ai perdu mon père l'année dernière d'une longue maladie) s'est chargé de me faire comprendre que j'avais besoin de retrouver mes racines, de retourner aux sources au moins pour un temps. Donc désormais j'essaye d'organiser ma vie professionnelle pour pouvoir vivre entre La Baule et Capbreton. Sinon, je suis toujours célibataire et sans enfant.

M-S : Est-ce que tu te souviens de ta première photo de surf ?

A.Q : Ma première photo de surf, c'était en Martinique, ça c'est certain. Mais je ne me souviens pas bien de la session. Sans doute un line up.

M-S : Aujourd'hui, la photo de surf est devenu ton métier. Est-ce qu'il est facile d'en vivre ?

A.Q : En fait mes rentrées d'argent liées à  la photo constituent aujourd'hui environ un quart de mes revenus. Je considère mon activité de photographe comme mon second métier. Au quotidien, je suis entraîneur et préparateur physique pour des jeunes sportifs qui cherchent à  accéder au haut niveau... Dans certaines activités, la concurrence liée aux nombres de compétiteurs est telle que cela demande un investissement, une rigueur et des sacrifices énormes.

Aujourd'hui l'organisation professionnelle pour laquelle j'ai opté fait que j'ai besoin de générer des revenus gr'ce à  mes photos. C'est une activité dans laquelle je me réalise et que je ressens comme vitale à  mon épanouissement, mais... et c'est là  le luxe de ma situation, je ne ressens pas la même pression que si c'était mon unique profession. Je pense par contre que la situation s'est nettement compliquée depuis l'avènement du numérique. C'est une nouvelle technologie qui a facilité l'accès à  la photographie et qui a provoqué la multiplication des jeunes photographes. Tout le monde aujourd'hui peut sortir de très belles photos, il y en a d'ailleurs de plus en plus sur le marché et c'est tant mieux pour les lecteurs et les internautes.

M-S : L'émotion la plus forte que tu aies ressentie en prenant une photo ?

A.Q : Je n'ai pas un souvenir précis en tête, mais c'est sans aucun doute lorsque je faisais encore de l'argentique. Il fallait faire développer les pellicules, et c'est seulement lorsque tu réceptionnais tes diapositives que tu découvrais le résultat de ton travail. C'était toujours un moment assez fort avec des grosses déceptions parfois mais aussi avec des soulagements et des agréables surprises. En tout cas, c'était un moment qui me procurait toujours beaucoup d'excitation et de plaisir. Désormais je recherche l'adrénaline dans les grosses sessions de watershots.

M-S : Tu es plutôt numérique ou argentique ?

A.Q : J'ai toujours mon vieux boîtier F100 Nikon en état de marche, mais cela fait un petit moment désormais que je ne l'ai pas sorti. Progressivement j'en suis venu à  fonctionner à  100% en numérique.

M-S : Que penses-tu de la "gue-guerre" entre les pro argentique et les pro numérique ?

image2A.Q : Le premier discours que j'entends parfois, qui oppose l'argentique comme rendant compte de la réalité et le numérique qui la transforme, est totalement dénué de sens. L'acte photographique en lui-même, que ce soit en argentique ou en numérique, est une interprétation subjective de la réalité. Le photographe argentique aura moins de leviers d'action sur le résultat final, c'est tout. Par contre il est vrai qu'il n'aura pas la possibilité de récupérer des petites erreurs de prise de vue comme on peut le faire avec le numérique. D'autre part, au début, le numérique avait des limites techniques (marge entre les hautes et les basses lumières, bruit numérique, etc.) mais ce temps est en passe d'être révolu. Je pense donc que désormais le boîtier numérique est l'outil idéal pour faire de la photographie professionnelle. Maintenant à  titre personnel, l'excitation du développement et le contact avec l'objet "diapositive" me manque !!!

M-S : Qu'est-ce que t'inspire la photo aquatique ?

A.Q : La photo aquatique, c'est ce que je préfère ! Avant tout, je suis un sportif. Quelqu'un qui aime l'action, l'investissement physique et l'élément aquatique. Alors aller au charbon pour sortir des shots j'adore ça. Il y a de plus cette part d'incertitude qui ajoute toujours un peu de piment au shooting. Il y également un travail d'équipe qui est réel, et que j'apprécie beaucoup. Enfin il faut un sens marin prononcé et une connaissance aiguisée des vagues et du surf. Je pense que cela fait partie de mes compétences et les mettre en oeuvre me procure beaucoup de satisfaction.

M-S : Comment vois-tu l'évolution de la photo de surf d'ici 10 ans ?

A.Q : Je pense que c'est le surf qui est en train d'évoluer, plus que la photo. Le photographe témoignera de l'augmentation de la radicalité du surf proposé avec on le sait un développement de la dimension aérienne. Bien sûr l'exploration des différents angles de vue, jusqu'aux plus improbables (aérienne, embarquée, sous-marine...) va continuer. De même pour les techniques. je pense notamment aux photos avec flash déporté. Mais pour l'instant je ne vois pas de réelle révolution.

M-S : Tu pars souvent en trip avec des riders ?

image3A.Q : En 2007, j'ai fait 3 Trips. Le premier, c'était en Calif chez Tom Curren. J'ai amené 5 jeunes pour faire un film ("SURF LEGEND, Les Invités de Tom Curren" ) et un reportage photo qui a été diffusé dans Trip Surf. Je suis également allé au Texas avec Arthur Bourbon, Marc Milienne et Rudy Maréchal. On a scoré des petites sessions bien sympas dans une région du monde connu pour tout sauf pour ses vagues. L'article est paru dans Surf Session. Enfin je me suis calé 3 semaines en Indonésie sur un spot de rêve avec Paullou Laborde et Rudy Maréchal pour un reportage paru dans Trip Surf. En 2008, mon emploi du temps ne m'a permis que de faire un seul Trip aux Canaries. Les vagues ont été incroyables.

M-S : Quels sont les riders avec qui tu préfères voyager ? Pourquoi ?

A.Q : J'ai bien sympathisé avec quelques membres de la jeunes génération avec qui j'ai fait mes premiers Trips photos. Arthur Bourbon et Marc Milienne sont les 2 avec qui j'ai le plus shooté. Ils sont très forts et bien cool. Ce sont des potes maintenant et c'est toujours bon de voyager avec ses potes. Avant tout je redoute les riders qui ont la grosse tête. Qui oublient la chance qu'ils ont et ne perçoivent pas les enjeux qu'il y a derrière les reportages photos auxquels on les convie.

M-S : Quels sont les ingrédients d'un bon trip photo ?

A.Q : Une équipe pas trop nombreuse. Une bonne entente. Au moins un chargeur et un surfeur de petites vagues. Du swell bien et de l'ouverture d'esprit. Et enfin être organisé et un minimum rigoureux pour éviter les problèmes qui peuvent vite faire partir le Trip en fiasco et en prise de tête.

M-S : Cet été, tu as lancé une nouvelle version de ton site Internet ? Quelle est sa vocation ?

A.Q : En fait non, c'est la première version du site qui est pour l'instant en ligne. Je travaille actuellement sur la deuxième version. Je la lancerai sans doute dans l'hiver. J'ai décidé de faire un site tout d'abord pour faciliter les contacts avec mes partenaires (magazines, marques et site Internet). Puis c'est une façon de donner vie à  certains clichés que j'étais le seul à  connaître. Enfin c'est une façon de ré-affirmer que j'ai la conviction d'avoir ma place en tant que photographe de surf et que j'ai bien l'intention d'être présent pour un moment dans le paysage du surf Français.

M-S : Tu as déclaré dans une interview accordée à  Surf Report avoir été déçu de la sortie papier de ton trip chez Tom Curren ? Peux-tu nous en expliquer les raisons ?

image4A.Q : Oui sur ce coup-là  j'avais été déçu. Je ne trouvais pas que le reportage et le travail qui avait été fourni avait bien été mis en valeur. On en a longuement discuté avec Bertrand Portrat qui est le Rédacteur en chef du magazine et au-delà  de ça, j'ai toujours été très satisfait de nos relations. Et puis cette collaboration photographe/magazine est toujours un peu complexe. Le photographe est l'auteur des photos et le "metteur en scène" du reportage. Mais c'est le magazine qui se charge de l'agencement de l'article et qui met la dernière touche finale. C'est donc pas toujours facile de contenter tout le monde.

Après il y a également selon moi un vrai souci lié au numérique. Actuellement les magazines veulent garder la main sur le traitement du fichier d'origine en demandant les fichiers RAW (brut). Même si cela permet d'éviter les surprises liées notamment aux différences de calibrages des écrans, personnellement je trouve ça problématique. En fait la situation est la suivante : les magazines publient des photos copyrightées par l'auteur/photographe et pourtant c'est l'équipe du magazine qui s'est approprié une partie du travail artistique en se chargeant du traitement numérique. Je suis pour que le photographe garde l'entière propriété et toute sa liberté d'artiste de la prise de vue jusqu'au traitement numérique sur l'ordinateur. Et que le magazine garde son pouvoir de jugement et de décision sur la qualité du rendu final proposé par le photographe.

M-S : Quelles sont les relations entre les magazines de surf et les photographes ?

A.Q : Voilà  comment moi je fonctionne. Régulièrement dans l'année, je propose des sélections de photos pour tenter de motiver des parutions dans les portfolios des autres. Sinon, je développe mes propres idées de Trip que je soumets en amont aux différents rédacteurs en chef.

M-S : Quelque chose à  ajouter ?

A.Q : Pas vraiment. Je me suis déjà  pas mal exprimé. Longue vie à  Mango et bon surf à  tous.

Voir le site d'Antoine Quinquis

Propos recueillis par mango-surf.com - PubliŽé le