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Amandine Sanchez : Profession coach de surf !

Mamandine
Mamandine - ASP Europe

Amandine revient sur sa carrière de surfeuse pro. Après avoir frôlé la qualification sur World Tour en 2009, Amandine enchaîne les blessures. Tout naturellement, elle se tourne vers le métier de coach sous la houlette de Patrick Florès !

ASP Europe : Parles-nous un peu de ton expérience de compétitrice et de surfeuse en général…

Amandine Sanchez : Je suis compétitrice sur le Tour ASP depuis 2005, j'avais peut-être même fait une compétition l'année d'avant, sinon je surfe depuis que je suis gamine parce que je suis de Biarritz.. Après je suis partie habiter à la Réunion à l'âge de 17ans et je suis devenue coiffeuse, je n'avais pas du tout envie d'être pro-surfeuse..

J'avais appris avec mon frêre, mais je ne pensais pas faire carrière ou quoi que ce soit, et puis O'Neill m'a lancé dedans en 2005.. Au niveau Européen ça a bien marché, du coup ils m'ont lancé sur le QS international.. Il y a eu des supers années, en 2009 j'ai failli me qualifier donc c'était top, et puis après 2009 ça a commencé à devenir difficile, avec des blessures etc. En fait j'ai commencé super tard le tour finalement, et au bout d'un moment le corps, il dit stop.. Donc je commençais à avoir de plus en plus de problèmes et c'est ça aussi qui m'a fait me décider.

ASPE : Du coup tu mets un terme à ta carrière en compétition ?

A.S : Oui j'arrête les QS, et je commence à entraîner à plein temps ! Ça fait à peu près un an et demi que j'entraîne l'équipe de France Junior, j'avais commencé officiellement au Panama mais en réalité depuis l'été d'avant.. En fait tout le monde m'appelait "Mamandine" et je m'occupais toujours des plus petits donc tout le monde me disait que ça serait bien que je passe gentiment de l'autre côté..

Pour l'instant je me spécialise dans l'entraînement des filles, c'est Patrick Flores qui me demandait de m'y mettre depuis deux/trois ans, mais tant que j'étais sur le tour je n'avais pas envie. Je faisais partie de l'équipe en tant qu'athlète, et je savais qu'à partir du moment où je commençais à coacher ça allait mettre fin à mes sélections en tant qu'Open..

Du coup j'ai mis du temps à passer le pas, l'année dernière j'ai passé toute l'année à m'occuper des Juniors et à surfer les QS et c'était vraiment trop. Il a donc fallu que je fasse un choix, et puis il y avait de plus en plus de demandes, les filles sont vraiment demandeuses d'avoir quelqu'un qui les accompagne.

Pour le moment je vais me concentrer sur Johanne Defay, parce qu'elle a perdu son sponsor et que j'ai vraiment envie de l'aider à passer cette année qui, sans sponsor, va être compliquée, il y a beaucoup plus de pression quand ce sont tes parents qui t'aident..

ASPE : Tu deviens donc officiellement coach de haut-niveau, tu as reçu une formation ?

A.S : Oui, fin 2009 on a reçu une formation pour les sportifs de haut-niveau, il y avait avec moi Caroline Sarran, Jean-Seb Estienne, Romain Laulhe et pas mal de monde.. On nous a fait cette formation pour passer le BE en accéléré, donc j'ai eu mon BE fin 2009, et puis de là, tout est allé super vite.. Ça a été ma meilleure saison sur le plan compétition, et en même temps l'année ou j'ai commencé à me faire mal et où les propositions d'entraînement sont arrivées..

ASPE : Du coup depuis 2009 tu as construit ton expérience pour en arriver à coacher Johanne et les toutes meilleures surfeuses ?

A.S : Exactement, en fait depuis 2009 j'ai participé aux camps d'entraînement de la fédération tous les hivers en Australie à Lennox, et puis le BASC mon club de Biarritz m'a aussi donné beaucoup de créneaux d'entrainement.

image2ASPE : Et tu prends autant de plaisir à entraîner qu'à participer aux compétitions ?

A.S : J'adore ça oui, je ne viens pas vraiment d'une famille de surfeurs, mon frêre surfe mais juste pour le plaisir.. C'est pas évident du coup de commencer toute seule et d'aller frapper à toutes les portes, et j'avais envie d'essayer de faire en sorte que le parcours soit moins galère pour les jeunes qui ne sont pas les "fils-de"..

Je trouve qu'il y a beaucoup de jeunes très bons mais qui n'ont pas de sponsors et en plus en ce moment avec la crise ça n'aide pas.. Du coup beaucoup méritent qu'on les aide, et moi on m'a toujours tellement dit "tu ne peux pas le faire parce que tu commences trop tard", que j'avais envie de démontrer le contraire.. Personnellement je vis encore du soutien de mes sponsors, et c'est le message que j'ai envie de faire passer aux jeunes, que même en partant de rien, on peut y arriver !

ASPE : Justement à propos de ta rémunération, est-ce que tu vas pouvoir vivre du coaching ou est-ce que ce n'est pas encore assez développé ?

A.S : Je pourrais vivre uniquement du coaching, parce que j'enseigne aussi aux touristes et que l'été il y a beaucoup d'argent généré par le surf pour les débutants.. Pour moi c'est un peu compliqué parce que je suis encore en contrat avec O'Neill et que je vais me concentrer sur du free-surf avec eux, ils m'encouragent à voyager et produire des clips vidéos lifestyle etc. Donc je dois diviser mon temps entre le coaching et les demandes de mon sponsor.. Ça fait presque dix ans que je suis avec O'Neill et ils m'ont toujours soutenu donc je n'ai aucune envie de les laisser tomber maintenant..

Voilà donc pour le moment je vais faire la balance entre les deux activités, et puis être avec O'Neill me permet aussi de travailler avec les Juniors de leur team donc tout s'articule plutôt bien ensemble.. Je me suis battu pour obtenir le soutien de mon sponsor pendant toutes ces années et ils sont contents du travail que je fais avec eux, mais il ne faut pas croire que tout arrive comme ça, en ce moment c'est très difficile de garder un sponsor. Je pense que les valeurs que j'ai envie de véhiculer sont saines et c'est sans doute ce qui leur plait aussi.

ASPE : Du coup tu crées ton entreprise de coaching de haut-niveau ?

A.S : Je suis auto-entrepreneur, donc je travaille en freelance, pour la fédération ponctuellement, et puis pour les surfeuses directement aussi. Avec Johanne, c'est vraiment un coup de pouce que j'ai envie de lui donner, on a un contrat mais plutôt informel et on verra en fonction de nos résultats ensemble..

J'essaie de m'arranger pour me retrouver avec elle, que ce soit sur les lieux de compétitions ou à la Réunion où j'ai encore beaucoup d'attaches.. Je lui prépare un planning assez carré et ensuite sur les événements, j'essaie d'être là pour le soutien. Parfois je profite d'un trip O'Neill, parfois d'un stage de la fédé, pour me retrouver où et quand les filles ont besoin de moi..

ASPE : Et comment ça se passe avec les autres filles ?

A.S : Par exemple en ce moment il y avait Justine (Dupont) qui était là aussi, et même si je ne l'entraîne pas précisémment je me sers de Justine dans les phases d'entrainement de Johanne, c'est plus sympa pour elle de simuler des séries avec ses copines, et vu que je suis souvent avec Pauline (Ado) et Lee-Ann (Curren) aussi, ça tombe plutôt bien..

ASPE : Donc techniquement comment se passe votre entrainement pré-compétition et pendant ?

A.S : Pendant les compétitions c'est pas franchement ce que je préfère, je suis là uniquement pour donner confiance à l'athlète, la filmer et ensuite définir des stratégies d'avant-série, mais ensuite c'est l'athlète qui doit faire le boulot.. Quand on est coach et que notre surfeur est dans l'eau, on se sent vraiment impuissant !

Donc le plus intéressant pour moi en tant qu'entraineur ce sont les mois qui précèdent les compétitions quand on prépare la saison. Avec Johanne après les championnats de France en Octobre dernier on a bossé à bloc, notre entrainement s'organise en trois parties: il faut que son mode de vie soit sain, donc là je la guide sur l'hygiène de vie, la nutrition etc. Ensuite il y a toute la partie préparation mentale : décortiquer, analyser, effacer toutes les pensées négatives et les transformer en réflexions positives pour avance..

Ensuite il y a la partie technique surf où je l'entraine, je la filme et puis je passe des heures à regarder les sessions et essayer de trouver les verrous de leur surf, ce qui va leur permettre de trouver la clef de leur problèmes..

ASPE : Donc dans l'exemple de Johanne, comment analyses-tu son surf ?

A.S : Johanne est très forte techniquement, son atout c'est sa puissance et sa tonicité ! En fait quand j'entraine quelqu'un, j'essaie de toujours trouver un surfeur modèle, que ce soit par le gabarit ou le style du surf, ça va être un surfeur référent. Pour Johanne par exemple c'est Carissa Moore, donc j'analyse aussi beaucoup le surf de Carissa et j'essaye d'orienter Johanne dans cette voie. Je pense que physiologiquement et techniquement, elle a tout pour réussir, son plus gros handicap c'est son manque de confiance en elle. Elle n'y croit pas, et c'est dommage parce qu'elle est très intelligente, elle réfléchit beaucoup et analyse très bien son surf, mais le problème c'est qu'on ne l'aide pas suffisamment.

Elle vient d'être lachée par son sponsor parce qu'elle ne correspond pas aux outils marketing que la marque recherche donc c'est très dur pour un athlète d'être jugé sur autre chose que ses performances.. Le surf business est un milieu assez macho et malheureusement le surf ne suffit plus, donc c'est vrai que les jeunes, j'essaie de les éduquer là-dessus aussi..

ASPE : Du coup à quoi ressemble ton début d'année ?

A.S : Burleigh est terminé, il y a Newcastle en ce moment et puis le stage de l'équipe de France de mi-février à mi-mars.. On va se concentrer sur les futures équipes de France et les jeunes que l'on espère voir atteindre le haut-niveau bientôt.. Ensuite il me restera environ trois semaines pour bosser avec O'Neill et faire quelques shoots photos et vidéos.

Ça passe vite, le peu de temps libre qu'il me reste je le consacre au free-surf et à d'autres projets, comme en ce moment je travaille sur un site internet où je vais partager mes goûts en matière d'art et de plein d'autres choses.. Je fais des lampes aussi à partir de radios et d'IRM et O'Neill m'a permis d'exposer l'année dernière avec d'autres artistes à l'occasion des 60 ans de la marque c'était hyper sympa..

ASPE : Des lampes à partir de radios.. Pardon ?!?

A.S : Ben écoutes, j'étais au CERS il fallait bien que je recycle toutes mes blessures en quelque chose de positif ! Je me suis mise à créer des abats-jour et des lampes avec les radios, tout le monde m'en donne et d'ailleurs j'en recherche toujours plus alors n'hésitez-pas à m'en envoyer !

Et donc mon site internet qui devrait voir le jour cet été 2013, reprendra tout ce que j'aime, du coaching, de l'art, des clips vidéos et plein d'autres choses ! En attendant je vais partager mon temps entre l'Australie et l'Indo pour aller donner des cours là-bas aussi dans les prochaines semaines.. Pour le moment tout se goupille plutôt pas mal, j'arrive à donner vie à quasiment tous mes projets grâce au soutien d'O'Neill donc je fonce !

ASPE : Bref la vie sans surf, c'est pas encore pour demain ?

A.S : Ah non là c'est pas possible je crois que j'ai le virus ! Bon mais il faut avouer quand même que quand j'entraine je n'ai vraiment pas beaucoup de temps pour surfer !

ASP Europe / Nicolas Leroy - PubliŽé le
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